La crise rebat les cartes du marché du C02
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Faut-il intervenir sur le marché du carbone pour fixer un plancher aux prix ? C'est l'opinion de certains experts, face à la chute vertigineuse des cours.
La tonne de C02 coûte moins de 10 euros. Elle se négociait hier à 9,74 euros au comptant de BlueNext, basé à Paris. Sur ce marché européen du carbone, sur lequel s'échangent des permis d'émission de CO2, ou "droits à polluer", le prix de la tonne a été pratiquement divisé par trois depuis l'été 2008. A l'époque, il flirtait avec les 30 euros.L'explication est simple: c'est la crise. Chaque Etat membre de l'UE s'est vu allouer pour la période 2008-2012 un quota d'émissions de CO2 (ou "droits à polluer") qui a été réparti entre les différentes industries. Or la baisse de l'activité chez les producteurs d'électricité, cimentiers, sidérurgistes, leur fait émettre moins de CO2. Dans la pratique, les entreprises qui émettent moins que leur quota peuvent vendre des droits d'émission sur le marché. Le calcul est limpide. Selon David Rapin, directeur du développement de BlueNext, un point de croissance de PIB en moins en Europe, c'est 30 millions de tonnes de CO2 émises en moins. Et autant proportionnellement de permis de polluer à vendre, au prix bas.
Course aux liquidités. Outre la triviale histoire d'offre et de demande, cette baisse des cours s'explique aussi par la course aux liquidités de certaines entreprises qui ne trouvent plus de quoi financer leur trésorerie auprès des banques. Elles ont donc décidé de vendre sur le marché au comptant des quotas reçus gratuitement. Les volumes enregistrés sur la plate-forme Bluenext sont passés de 1 à 14,6 millions de tonnes depuis octobre dernier.
En Espagne, c'est le secteur du bâtiment qui a vendu. Ismael Romeo, le directeur général de Sendeco2, la bourse du CO2, estime que l'industrie lourde espagnole, tout particulièrement celle liée au secteur de la construction (briqueteries, cimenteries, ...) a encaissé en 2008 400 à 500 millions d'euros en vendant les droits d'émission de 20 à 25 tonnes de CO2.
Côté acheteurs, ces droits ont trouvé preneur chez des entreprises du domaine énergétique (électriciens, raffineurs) et des investisseurs internationaux. Qui les revendront en temps voulu au prix fort. Le résultat un peu fou de la crise immobilière particulièrement virulente en Espagne : la crise de liquidité du secteur financier fait qu'il est plus rentable de vendre des droits à polluer que d'emprunter.
Interventionnisme ? Certes, la baisse des émissions de gaz à effet de serre liée à la crise que traverse l'économie mondiale est une bonne nouvelle pour l'environnement. Mais la crainte est que les investissements dans les énergies renouvelables et les technologies vertes en souffrent. Plusieurs experts considèrent par exemple que les technologies de captage de C02 deviendront rentables quand le prix de la tonne de C02 atteindra 100 euros. A 10 euros, on en est loin.
Pour certains, la situation actuelle plaide en faveur d'une réforme, ou d'un aménagement, de ce marché du C02. Certains imaginent un prix plancher et un prix plafond, sorte de « crawling peg » du marché du carbone.
Mark Lewis, directeur de la recherche carbone pour la Deutsche Bank, a publié cette semaine une étude d'une quarantaine de pages intitulée « Revue du marché du CO2 : un travail inachevé ». L'analyste affirme que la Commission européenne peut persister à refuser d'intervenir pour inverser la tendance. Mais il affirme qu'elle prend un risque politique majeur alors que la réunion de Copenhague sur l'avenir des négociations internationales sur le climat doit se tenir en décembre prochain.
A.L.

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