La crise grecque pourrait pénaliser les Balkans
Le 15 mars 2010par Sam Cage et Radu Marinas
BUCAREST (Reuters) - La crise de la dette grecque pourrait pénaliser les autres pays des Balkans, largement dépendants des investissements étrangers et où les filiales des banques grecques pourraient réduire leurs crédits, ce qui mettrait en péril la reprise économique dans une des régions les plus fragiles d'Europe.
La Grèce est un investisseur majeur dans la région depuis la chute du bloc communiste. Ses problèmes semblent n'avoir eu pour le moment que des conséquences limitées sur les pays voisins et il est difficile d'évaluer précisément leurs répercussions, d'autant que les événements consécutifs à la dégradation de la note souveraine grecque, à la fin 2009, sont encore trop récents pour se refléter dans les chiffres publiés jusqu'ici.
La semaine dernière pourtant, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) s'est inquiétée de l'impact possible de la situation d'Athènes, soulignant que de nombreuses banques et entreprises grecques sont très actives dans les Balkans. En comparaison, les banques grecques comme la Banque du Pirée, la Banque nationale de Grèce, Alpha Bank, EFG Eurobank ou encore Emporiki sont moins présentes en Europe centrale et orientale, par exemple en Pologne, Hongrie et République tchèque.
En Roumanie, deux des dix plus grandes banques sont grecques et représentent 15% des actifs bancaires. Dans ce pays, une croissance de plus de 50% des encours de prêts bancaires entre 2004 et 2008 a favorisé la forte croissance économique roumaine ces années-là.
En Serbie, trois des dix plus grandes banques sont grecques et contrôlent ensemble 15% du système bancaire. Elles seraient sous surveillance de la banque centrale serbe depuis fin novembre, selon des sources proches du dossier.
En Bulgarie, quatre banques grecques figurent parmi les dix plus grandes banques du pays et totalisent 30% des dépôts et 20% des crédits. Début mars, le gouverneur de la banque centrale bulgare a toutefois rejeté les craintes du gouvernement en indiquant ne pas avoir observé de retrait de liquidités de la part des banques grecques.
CHUTE DES INVESTISSEMENTS DIRECTS
L'autre aspect qui inquiète les analystes est celui des investissement directs à l'étranger (IDE).
Les IDE grecs en Bulgarie ont ainsi chuté à 48,5 millions d'euros l'an dernier, contre 400 millions d'euros en 2008, ramenant la part des investissements grecs dans ce pays de 7% à 2%.
En Serbie, les investissements directs de l'étranger ont chuté de 60% à 70% l'an dernier à 1,5 milliard d'euros. La part de la Grèce, deuxième investisseur en Serbie, est restée à peu près stable avec 46 millions d'euros, un niveau très inférieur aux 336 millions d'euros investis en 2007, avant la crise financière et économique, montrent des données fournies par la banque centrale.
En Roumanie, l'investissement étranger a presque diminué de moitié en 2009, à 4,9 milliards d'euros contre 9,5 milliards en 2008, et Bucarest en a appelé au FMI pour faire face à la récession. Dans ce pays, la Grèce était au sixième rang des investisseurs étrangers à la fin 2008, avec une part de 6,5%.
"Les problèmes grecs et la situation roumaine envoient des signaux inquiétants. Tout ceci affecte l'attitude des investisseurs et la capacité du pays d'attirer des capitaux frais", estime Kiril Avramov, du centre de réflexion Political Capital, à Sofia.
Les experts de Capital Economics s'attend à une stagnation économique cette année en Roumanie, alors que les prévisions tablent officiellement sur une croissance d'environ 1,3%.
Pour la Bulgarie, le gouvernement et les économistes s'attendent à une année très délicate avec une hausse du PIB de 0,2% à 0,3% seulement. Capital Economics est là aussi plus pessimiste et table sur une contraction du PIB de 1,5%.
Dans ces conditions difficiles, les investisseurs pourraient être incités à s'orienter vers des pays plus stables comme la Pologne, seul pays de l'Union européenne qui a su éviter la récession l'an dernier, ou des pays qui ont une exposition à la Grèce limitée comme la République tchèque.
Vincent Chauvet pour le service français, édité par Dominique Rodriguez
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