imprimer

"La crise financière n’est pas ressentie par l’industrie"

Par Mirel Scherer - Publié le
Tom Johstone
© D.R.

Alors que le GFI ou la CGPME s'inquiète des conséquences de la crise financière sur le crédit, Tom Johnstone, PDG du suédois SKF, se veut rassurant. Son groupe, leader mondial des roulements à billes, a réalisé près de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2010. Soit le même niveau qu’avant la crise.

L’Usine Nouvelle - Que pensez- vous de la crise très grave que traverse la zone euro ?
Tom Johnstone - Je constate comme d’autres industriels, que la crise qui affole les marchés financiers n’est pas ressentie par l’industrie. A part la vente de petites voitures qui baisse, surtout en Asie, et la situation de l’industrie éolienne en Chine, nos marchés ne faiblissent pas. Ce qui nous inquiété surtout c’est la situation incertaine dans laquelle nous nous trouvons. Personne n’est capable de prévoir l’avenir. Ce qui nous oblige à être très attentifs au moindre soubresaut pour pouvoir réagir très vite. Cela dit, je suis sûr que l’euro survivra à cette crise. Mais il faudrait que les responsables politiques prennent vite des décisions fortes pour que la situation de l’Union européenne, sa gouvernance, soient claires.

Comment se porte SKF ?
Nous avons réalisé en 2010 un chiffre d’affaires mondial de 6,7 milliards d’euros, plus précisément 7 milliards d’euros si nous comptions dans ce résultat le rachat l’année dernière de Lincoln Industrial. Nous revenons ainsi au niveau de 2008. Notre effectif mondial est de 44 742 personnes qui travaillent dans 130 sites de production répartis dans 32 pays. Plus de 15 000 points de vente assurent la commercialisation de nos produits et cette distribution pèse 47% de notre chiffre d’affaires. Près de 40% de notre production est commercialisée en mode OEM (original equipment manufacturer). L’Europe de l’Ouest achète 41% de notre production et l’Asie/Pacifique 27% (en valeur). Un quart de notre personnel se trouve en Asie. Les Etats-Unis sont notre premier marché au monde avec 18%, suivi par l’Allemagne et, bien sûr, la Chine dont la croissance est très rapide.  Comme celle de l’Amérique Latine d’ailleurs. Nous sommes leader du marché mondial de roulements et de la lubrification et quatrième du marché de l’étanchéité.

Et en France ?
Le marché français a connu les mêmes soubresauts que le marché mondial. Après une baisse du chiffre d’affaires de 20% en 2009, nous avons réalisé 980 millions d’euros l’année dernière. Sensiblement le même qu’en 2008. Près de 3 800 personnes travaillent dans nos 11 sites de production français. Dont 240 personnes ici dans l’usine très innovante de S2M à Vernon (Eure) que nous avons rachetée en 2007.

Que prévoyez-vous pour 2011 ?
Il est difficile de répondre à cette question. Notre croissance au premier semestre 2011 a été de 22%, ce rythme sera différent au cours des prochains mois.

Quelle est en fait votre stratégie industrielle ?
Notre offre est structurée autour de cinq domaines technologiques : les solutions d’étanchéité, les systèmes mécatroniques, les roulements et les ensembles, les systèmes de lubrification et les services. Et nous mettons le client au centre de ce dispositif. C’est ainsi qu’ont vu le jour les dix-sept SKF Solution Factories, les usines de solutions, dans lesquelles les clients trouvent une réponse rapide à leur besoin particulier. L’innovation joue aussi un rôle central dans notre politique industrielle. Un exemple : les ressources allouées à la R & D connaîtront une croissance de 20% cette année. Concevoir pour l’environnement est un défi permanent pour nos équipes. Avec un objectif ambitieux : la croissance forte de notre chiffre d’affaires doit s’accompagner d’une baisse de 5% par an de nos émissions de CO2.

Vous avez intégré Lincoln Industrial, un spécialiste de la lubrification et des outils. Avez-vous d’autres projets d’acquisition à court terme ?
Nous avons réalisé 21 acquisitions entre 2003 et 2010 dans les cinq domaines technologiques que je viens de vous citer. Dont six dans le domaine de la lubrification, extrêmement stratégique pour les utilisateurs. Il s’agit à chaque fois d’entreprises qui, comme dans le cas de Lincoln, présentent une forte complémentarité technologique et géographique avec notre offre. Société américaine, Lincoln Industrial emploie 2000 personnes, possède neuf centres de production et d’ingénierie au monde et a réalisé un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars en 2010.  Nous allons continuer ces acquisitions, mais il s’agira sans doute de petites sociétés capables de renforcer notre offre globale.

Nous sommes dans l’usine de S2M, un des pionniers du palier magnétique. Pensez-vous que cette solution trouvera un jour sa place sur une machine-outil ?
Rappelons que cette technologie qui illustre au mieux le concept mécatronique permet la transmission de mouvement sans frottement.  Elle autorise par exemple, des vitesses de 180 000 tr/min dans une application de rectification de roulement. La vitesse et la durée de vie de ces paliers sont des atouts qui ont séduit de nombreux utilisateurs dans la fabrication de semi-conducteurs, des climatiseurs, des appareils pour le traitement des eaux, le pétrole et le gaz…

Dans ce dernier domaine, S2M a mis au point une innovation majeure : le premier compresseur à palier magnétique capable d’être immergé à 300 m sous l’eau. Une solution destinée à la compagnie Statoil qui l’implante sur ses exploitations d’off-shore profond dans la Mer de Norvège. Mais pour répondre à votre question, je crois que le principal handicap de la broche à palier magnétique a été son coût prohibitif. Elle sera cependant une solution incontournable pour les constructeurs de machines-outils dans quelques années. Pour deux raisons. Les machines ne cessent de se sophistiquer et l’usinage à très grande vitesse n’est plus une chimère. En même temps, à nous de chercher les moyens pour réduire le prix de ces broches. Il est évident que, si les quantités vendues seront importantes, leur coût baissera…

Quelles sont les voies de développement de SKF ?
Nous allons investir en augmentant les ressources et les ventes en ingénierie. SKF aura plus d’usines sur les marchés en croissance comme la Russie, l’Inde et la Chine. Nous allons d’ailleurs accélérer nos projets dans ces deux derniers pays. Il y aura toujours plus de SKF Solution Factories et nous allons investir davantage dans la R & D tout en améliorant l’efficacité de notre réseau mondial de centres de développement…

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter