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La crise de l’Europe vue de Hong Kong

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
Hong Kong
© betta design - Flickr - C.C

Alors que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel doivent se rencontrer à midi pour définir des propositions pour garantir l'avenir de l'Europe, à Hong Kong, la crise de l’Europe est vue comme une menace théorique et incertaine.

La région, porte d’entrée du commerce en Asie mise sur le développement de ce continent et des autres émergents pour se développer. Pourtant dans la finance, quelques rouages se grippent à cause de la crise des marchés financiers et les exportations chinoises ont ralenti leur hausse. Les marques de luxe européennes, italiennes, françaises ou suisses, en revanche, continuent elles de s’arracher .

A 10 000 kms de l’Europe, la Région Administrative Spéciale de Hong Kong  n’est pas seulement loin du vieux continent sur le plan géographique, elle semble aussi à mille lieux de sa morosité. En pleins préparatifs des fêtes de Noël, la ville bat au rythme d’un shopping effréné. Des milliers d’asiatiques et en particulier des chinois aisés du delta de la rivière des Perles tout proche, se pressent dans les immenses et luxueux magasins des grandes marques essentiellement occidentales  qui bordent Queens Road.

Ils y sont encouragés par le chef de l’exécutif Hongkongais, Donald Tsang, qui concluait son discours d’accueil aux dirigeants des fédérations mondiales des associations de business avec Hong Kong le 2 décembre par cette sollicitation très directe : "rappelez-vous qu’il n’y a pas de meilleur endroit au monde pour  faire ses courses de Noël . Rien ne me rendrait plus heureux que d’entendre vos cartes de crédits bruisser d’activité grâce à une bonne petite thérapie d’achat."  

En bord de baie, à Wan Chai, dans le centre des expositions géré par le HKTDC, le Hong Kong  Trade development Council,  ce n’est pas du shopping que l’on fait mais des affaires. La ville accueille en ce moment deux grands salons :  l’un dédié au design, l’autre aux PME.  Au programme, visite de stands exposants et une foule d’ateliers et de conférences sur comment développer son business.

Absence d'Europe

De crise de l’Europe, il n’est pas vraiment question pour la simple raison que l’Europe est relativement absente du paysage. Peu de sujets de conférences abordent la situation. L’Allemagne est là de manière très institutionnelle avec un pavillon qui vante son expertise en matière de design industriel. Une petite poignée d’entreprises d’outre Rhin seulement a fait le déplacement. Sur leur stands, deux consortiums d’entreprises italiennes de la région de Pavie peinent à arrêter le chaland.  Mais les deux Italiens ne comptent pas dessus, ils ont calés des rendez-vous en ville avec des distributeurs auprès desquels leur produits gastronomiques rencontrent un grand succès.

Un seul français a fait le déplacement, le cabinet de design Millot, il travaille déjà avec les chinois du continent depuis 20 ans et s’agace de l’inertie de ses compatriotes. Chez les patrons de PME hongkongais,  on compte surtout sur l’Asie et d’autres pays que l’Europe pour se développer. La conférence "les opportunités dans les  émergents" fait salle comble. Le consul indien, le directeur des PME de Taïwan, un professeur Turc de l’Université de Hong Kong, Ali Beba, vantent la vitalité des économies de leur pays.

Mais sur scène, c’est le consul du Chili, un vrai showman,  qui fait un tabac en expliquant qu’il est le pays de l’Amérique Latine qui fait la plus forte croissance du continent et  qu’il est déjà le troisième exportateur de vins à Hong Kong, bienvenue aux distributeurs et à tous ceux qui veulent s’installer au Chili pour dynamiser encore son économie. En aparté, un chef d’entreprise hongkongais confie que le pays le tente mais que les 36 heures d’avion le rebute. 

30% du PIB mondial

Personne ne semble très passionné par la présentation d’un représentant  de la direction du commerce de l’Union Européenne qui omet soigneusement de rappeler que la zone malgré ses difficultés fait encore 30 % du PIB mondial, alors que l’ensemble de l’Asie est à 23 %. Un Hongkongais, patron d’une entreprise d’ingéniérie, le docteur Joseph Sui, qui n’a pas perdu de vue cette donnée s’avance à lui demander vers quel pays d’Europe, il pourrait s’orienter pour prendre pied sur le continent et vendre son expertise en matière d’efficacité énergétique.

L’éminent représentant de l’Europe est gêné, regarde ses chaussures, hésite à répondre, son mandat lui recommande la neutralité, il lui conseille de faire une étude de marché et de se tourner vers les chambres de commerce de chaque pays. Monsieur Lui n’a plus qu’à faire la tournée des 27 pays pour autant que chacun dispose d’une délégation à Hong kong ! Le professeur d’entrepreunariat turc, n’a pas ces préventions, il prend la parole pour lui conseille de venir s’installer dans son pays. "De toute façon les cleantech, ça boume partout".

Pour les patrons de PME d’ici, la crise de l’Europe,  c’est un sujet qu’il faut contourner. Les autorités savent pourtant que l’étanchéité n’est pas garantie. Dans son allocution, le chef du gouvernement Donald Tsang  ne cache pas que la crise de l’euro représente une menace pour  l’économie. "Et si, comme certains économistes le prédisent, les choses empirent avant de s’améliorer, Hong Kong ressentira inévitablement  un pincement."

De fait Hong kong est l’une des principales portes d’entrée et de sortie du commerce mondial en Asie, grâce à des infrastructures logistiques performantes. C’est aussi par elles que passent 50 % des investissements directs en Chine. Il n’a échappé à personne ici, car l’info est largement commentée dans les journaux locaux, que la production industrielle chinoise a ralenti au troisième trimestre et  que la  croissance de ses  exportations s’est élevé dans le même temps de +3,2 % contre +10,1 % au trimestre précédent.

Du côté des banques

A Central dans le quartier des banques, autre pilier de l’activité économique avec la distribution, la crise de l’Europe et la chute des bourses mondiales sont plus palpables. Elles ont touché les activités de financement et d’investissement. En particulier les filiales européennes qui totalisent 20 % de part de  marché ici. BNP Paribas veut réduire la voilure sur ce secteur d’activité dans le monde et dans cette zone, elle a du mal à trouver les liquidités, en particulier des dollars, à un bon prix. La banque française licencie. Les grandes banques hongkongaises  comme HSBC ou Chartered Standard, aussi selon les confidences d’un jeune suisse qui suit en ce moment un MBA à la Hong Kong University of sciences and technology. Un de ces amis vient d’être remercié par la BNP.

Pour les "financiers blancs" c’est selon lui "un blod bath en ce moment" (un bain de sang) . "Ce sont surtout les occidentaux qui trinquent, ils sont payés plus chers et les banques préfèrent garder les chinois." Le jeune Suisse finira son MBA dans un an et espère que la situation sera assainie d’ici là pour continuer à travailler en Asie. Pour le CEO de BNP Paribas, Paul Yang, l’affaiblissement  des banques en particulier françaises présente un autre risque pour les chinois, celui de perdre une expertise spécifique et relativement unique sur les financements de projets de long terme. 

"Le financement de grandes infrastructures, de bateaux, d’avions, de barrages, c’est historiquement un savoir-faire français, les chinois savent le faire sur leur marché domestique mais ne sont pas au même niveau pour ce qui concerne  l’international", affirme-t-il. Pour Oriane Chenain, directrice du développement à la Chambre de Commerce française de Hong Kong, la crise en Europe, c’est surtout, un afflux de demandes de missions d’investigation de la part d’entreprises françaises. "Je me demande s’il n’y a pas une corrélation avec le climat là-bas", s’interroge-t-elle.

Les démarches débouchent souvent  car les secteurs où les entreprises françaises excellent ( agro-alimentaire, luxe, immobilier, environnement) sont aussi ceux qui sont prisés  ici. Depuis 2008, les ressortissants français résidant à Hong Kong ont doublé pour atteindre officiellement 10 000 personnes (en réalité il y en aurait plutôt 15 000). Mais Oriane reçoit assez peu de demandes de la part de PME industrielles. En 2010, elle a tenté d’organiser en partenariat avec Ubifrance, un pavillon d’éco-industries pour un salon à Hong Kong. Elle avait 20 places mais malgré un travail acharné de prospection et une contribution limitée de la part des entreprises (2000 € sur 4500 €, le reste étant pris en charge), elle n’a trouvé que trois candidats.

Avec son régime fiscal attractif, sa sécurité juridique et son accessibilité linguistique (l’anglais partout),  Hong Kong est pourtant selon elle, une zone idéale pour se projeter dans le grand bain de la Chine continentale.
 

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