La course contre la montre de Matra
Par Thibaut de Jaegher - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3104L'inventeur de l'Espace entend profiter du boom de l'électrique. Mais il ne dispose plus que de trois ans pour rentabiliser cette activité.
2010 ! La date fatidique pend comme une épée de Damoclès au-dessus du dernier site de Matra Manufacturing et Services à Romorantin-Lanthenay, dans le Loir-et-Cher. Le groupe Lagardère, qui détient encore 100 % des vestiges de l'ancien constructeur (inventeur du Renault Espace en 1984), lui laisse encore trois ans pour réussir à faire décoller sa nouvelle activité de véhicules électriques. « Le contrat passé avec notre maison mère était simple : réussir à lancer une activité en utilisant le cash généré par les pièces détachées », confie Bernard Labet, le président de Matra M et S, qui a trente-quatre ans de maison derrière lui.
Cette branche perd mécaniquement 12 à 14 % d'activité chaque année, mais génère encore 80 % des 50 millions d'euros de chiffre d'affaires de Matra M et S, en offrant des marges très confortables faute de concurrence. Une aubaine dont se sert une poignée de cadres de l'ex-Matra pour lancer une gamme complète de véhicules électriques allant des deux-roues (vélos ou scooters) aux quatre-roues (quads ou voiturettes). Ils s'appuient pour cela sur une technologie américaine de moteurs électriques, dont ils ont acquis les droits de propriété. Pour les quatre-roues, Matra M et S assemble sous licence les véhicules de l'américain GEM. « Nous ne voulons pas faire des voitures électriques mais des véhicules urbains légers », confie Jacques Bonneville, le directeur général adjoint. Des sortes d'ULM de l'automobile.
Quantités « artisanales »
Pour réussir leur pari, les 97 rescapés de l'ex-Matra ont dû apprendre la production de niche. Habitués aux grandes séries, les salariés ont dû se couler dans la peau d'artisans. Le site est passé de 350 unités assemblées quotidiennement à quelques dizaines pour les vélos et les voiturettes. « Nous avons dû revoir complètement nos repères par rapport au monde de l'automobile et réapprendre à compter les euros », sourit François Couzy, le directeur du site.
L'investissement de base est resté modeste, les ambitions aussi. L'équipe espère écouler 1 500 quatre-roues et 3 000 deux-roues par an en 2010. Ce seuil permettrait à l'activité de s'auto-entretenir. Mais pour asseoir sa pérennité, Matra M et S devra faire encore mieux. En 2014, l'activité pièces de rechange prendra fin et les vélos électriques devront alors rouler sans assistance. .

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