La Cour des comptes pose les bases du débat nucléaire
Par Ludovic Dupin - Publié le
La juridiction financière révèle les coûts de la filière nucléaire. Les coûts de production vont progresser massivement dans les quinze ans à venir. L'impact du démantèlement des centrales et du stockage des déchets restera faible.
Ce mardi 31 janvier, la Cour des comptes a publié son rapport sur "les coûts de la filière électronucléaire", commandé par le Premier ministre François Fillon au lendemain de la catastrophe de Fukushima le 11 mars 2011.
Ce travail inédit n'apporte pas de réponses sur le choix énergétique le plus favorables à la France. Mais il a le mérite de poser une base de coût commun pour les débats sur la filière… un outil particulièrement utile en cette période de campagne présidentielle.
Selon la Cour, la construction du parc nucléaire a coûté 188 milliards d'euros, dont 96 milliards pour les 58 réacteurs de deuxième génération d'EDF. Les investissements de la Cogema – absorbé depuis par Areva - pour la production de combustibles se sont élevés à 40 milliards d'euros, dont 19 milliards financés par la France. S'y ajoutent également la construction du parc de première génération (8 milliards) et du surgénérateur Superphénix (12 milliards).
EDF dépense 8,95 milliards d'euros par an pour l'exploitation de son parc de centrales. En 2010, la maintenance s'est élevée à 1,7 milliard d'euros. Sur la période 2011-2025, EDF a prévu 50 milliards d'euros, soit un cout annuel de maintenance moyen de 3,3 milliards d'euros.
Il faudra y ajouter le coût des prescriptions de l'Autorité de sureté nucléaire (ASN), à la suite des stress tests, soit 10 milliards d'euros. La Cour des compte estime qu'EDF avait anticipée la moitié de cette somme, l'électricien n'aura donc "que" 5 milliards à rajouter.
Au final, la maintenance va entrainer un accroissement du coût de production de 10 %. Ce dernier est toutefois difficile à fixer de manière sure. En considérant que les investissements déjà réalisés dans le parc sont une ressource gratuite, le coût du MWh est estimé à 33,4 euros/MWh.
Avec la méthode du coût courant économique, qui permet de comparer la production nucléaire à d'autres sources d'énergie, ce coût atteint 49,5 euros/MWh, soit un coût voisin d'une production au gaz et 20 euros moins cher que pour l'éolien à terre. Si l'augmentation des couts de production est limitée à 10%, le MWh d'origine nucléaire avoisinerait les 54 euros d'ici 2025.
La Cour des comptes considère que les acteurs français du nucléaire n'ont fait l'impasse sur aucune des provisions nécessaires mais que celles-ci se situent dans la fourchette basse des estimations. Le coût du démantèlement des centrales a été estimé à 18,4 milliards d'euros, un chiffre bas si on le compare, à périmètre égal, aux 20 milliards prévus en Suède, aux 39 milliards au Japon et aux 25 à 62 milliards en Allemagne.
Energies alternatives et économies d'énergies
De même, la Cour s'interroge sur les 28,4 milliards d'euros prévus pour le stockage des déchets ultimes. Un doublement des coûts de démantèlement entrainerait une hausse de 5 % du coût de production et le doublement des coûts de stockage de 1%.
La Cour des comptes invite l'Etat à prendre des décisions rapides sur les choix énergétiques de la France. D'ici 2022, la durée d'utilisation de 22 réacteurs atteindra 40 ans. Pour maintenir le volume d'électricité d'origine nucléaire, il faudrait soit prolonger la durée de vie des centrales jusqu'à 60 ans, soit construire 11 réacteurs EPR supplémentaires.
L'alternative consisterait à investir massivement dans les énergies alternatives et les économies d'énergies. "Des investissements importants sont à prévoir à court et moyen terme, qui auront des conséquences significatives sur le coût de production global, conclut Didier Migaut, premier président de la Cour des comptes. Il faut un choix énergétique explicite et transparent."
Reste des questions auxquelles la Cour ne répond pas. D'une part, quel sera l'impact de l'accroissement des coûts de production sur les prix ? D'autre part, si on sait ce qu'a coûté le parc, la Cour ne chiffre pas les gains en termes de compétitivité et de commerce extérieur.

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