La cosmétique s'appuie sur l'excellence de sa recherche
Par DE NOTRE CORRESPONDANT, JEAN-CHRISTOPHE SAVATTIER - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3130La filière peut compter sur un potentiel de plus de 5 500 chercheurs privés et publics. Le pôle de compétitivité Cosmetic Valley a déjà labellisé près de 40 millions d'euros de projets de recherche et développement.
La filière cosmétique, qui emploie près de 25 000 personnes en régions Centre, Haute-Normandie et Ile-de-France, ne se contente pas d'aligner les sites de production. « Il y a sur ce territoire une puissante dynamique de recherche. Celle-ci s'appuie sur un potentiel académique et privé de premier plan évalué à plus de 5 500 chercheurs privés et publics », explique Alban Muller, le PDG de la société éponyme, spécialisée dans la recherche et la production de principes actifs naturels. Alban Muller préside le pôle de compétitivité Cosmetic Valley qui a déjà labellisé « près de 40 millions d'euros de programmes de recherche et développement. »
À Tauxigny, près de Tours (Indre-et-Loire), une unité de recherche baptisée C et T vient d'ouvrir, avec trois chercheurs. Elle est dédiée au cosmétotextile. Plusieurs entreprises, comme le tourangeau Lytess et le rouennais RCP Blondel, spécialisé dans l'ennoblissement de textile et la microencapsulation, développent des sous-vêtements avec des microcapsules qui délivrent par frottement des principes actifs aux vertus amincissantes ou relaxantes. « La mission principale de C et T est d'élaborer une certification qui s'imposera à tous les opérateurs de ce marché encore émergent », précise Patrick Beau, le PDG de la société tourangelle Spin Control, spécialisée dans les tests in vivo d'efficacité et de tolérance des produits cosmétiques.
Le projet Hélios de LVMH
Le C et T sera l'un des protagonistes d'une plate-forme de recherche et développement dédiée au sensoriel (lire encadré p. 35) en gestation à Tours. Celle-ci se concrétisera par la création d'une « matériauthèque » financée par les collectivités locales, notamment par la communauté d'agglomération Tour(s)plus. « Le C et T aura également vocation à améliorer les procédés d'intégration et de délivrance des principes actifs », indique Patrick Beau. Des entreprises de cosmétotextile - c'est notamment le cas de Lytess, qui s'est dotée d'une unité de recherche interne ad hoc - étudient la possibilité de proposer des produits traitant des affections dermatologiques.
De son côté, LVMH Recherche a lancé un très important programme de développement baptisé Hélios, à Saint-Jean-de-Braye, près d'Orléans, dans le Loiret, sur sa plate-forme de recherche et développement, qui compte 250 salariés. Près de 30 millions d'euros seront consacrés à la construction d'un bâtiment HQE de 16 000 m² « qui permettra d'accroître les capacités d'un centre qui travaille pour les grandes marques (Dior, Guerlain, Givenchy) du groupe », assure Frédéric Bonte, le responsable de la communication scientifique de LVMH Recherche. La plate-forme sera réceptionnée à la fin de l'année 2010. À terme, LVMH Recherche, qui embauche entre cinq et dix chercheurs par an, emploiera 280 salariés.
L'unité de LVMH Recherche prend également part à des programmes mutualisés. Elle s'est associée à Adonis, une entité du groupe Alban Muller, à Greenpharma, à l'Institut de chimie organique et analytique d'Orléans et au Laboratoire de biologie des ligneux et des grandes cultures, basé à Orléans, dans un programme d'identification de composants « tout naturels ». « Nous sommes aussi le chef de file d'un programme de recherche sur le rajeunissement cutané », précise Frédéric Bonte. Celui-ci associe Sederma, une société basée dans les Yvelines qui conçoit des ingrédients actifs, et le Lussi (Université François-Rabelais de Tours/CNRS) qui se consacre à l'imagerie médicale par ultrasons.
Une charte pour le développement durable
« Les grands sujets de demain sont probablement ceux liés au développement durable », assure Alban Muller. Les acteurs de la filière ont mis en chantier la création d'une charte. « C'est une démarche globale qui ne s'attache pas seulement aux caractéristiques intrinsèques du produit », assure Hervé Sachot, le directeur de Caudalie. Ce fabricant de produits de soins dermocosmétiques fondés sur la vinothérapie est implanté à Saint-Jean-de Braye, où il exploite une unité de production, une plate-forme logistique ainsi qu'une unité de recherche et développement. « Nous avons travaillé sur de nombreux aspects de notre développement, du packaging à la production d'énergie, en passant par la logistique et le transport », explique-t-il.
Une activité motrice pour toute la région
Toute cette effervescence est « de nature à accroître l'attractivité du territoire », se félicite Jean-Luc Ansel, le directeur général de Cosmetic Valley. « Il suffit de se reporter aux projets d'investissements industriels et d'implantations qui se succèdent depuis plusieurs mois. » Paco Rabanne (Groupe Puig) a achevé à Chartres le regroupement de ses activités alcooliques et doublé sa production. Le fabricant de matériel de PLV dédié à la cosmétique Bleu Capital va reprendre une usine orléanaise et une centaine de salariés abandonnés par le spécialiste de la monétique Gemalto. Quant à Lisi Cosmetic (métallisation, bouchage plastique), il va construire 4 000 m² à Nogent-le-Phaye (Eure-et-Loir).
Cette attractivité séduit jusqu'au sous-continent indien : le producteur de principes actifs naturels Indus Cosmecuticals vient ainsi d'implanter près d'Orléans une plate-forme de stockage...

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