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COP21

"La COP21 a 40 ans de retard", dénonce Mikå Mered, spécialiste de l'Arctique

Pierre Monnier

Publié le

Des ours blancs qui voient leur banquise fondre. C’est une image forte qui symbolise le réchauffement climatique. Pourtant, début décembre à Paris lors de la COP21, la conférence sur le climat, le sujet de l’Arctique ne sera pas évoqué. Mikå Mered milite pour que les Pôles ne soient pas les oubliés de ces négociations. Spécialiste des zones polaires depuis 2008 au sein de Polarisk, il a pris la tête de cet institut de conseil géostratégique il y a trois ans. En parallèle, il a également fondé le Cluster Polaire Français. Cette association, regroupant les acteurs français opérant en Arctique, organisera les rencontres arctiques pour sensibiliser aux problèmes de la région.


La fonte de l'océan Arctique pourrait arriver avant la fin du siècle. DR
 

L'Usine Nouvelle : Le centre national pour la recherche atmosphérique est expert en prévision climatique. Croyez-vous, comme il l’a annoncé en septembre, que l’Océan Arctique fondra entièrement en période estivale dès 2100 ?
Mikå Mered : En fonction des différentes estimations qui ont pu être faites par les climatologues, la Marine américaine mise sur 2035, la Nasa a plusieurs scénarios qui vont de 2030 à 2075. On est même avant 2100. Donc c’est quelque chose de clair, net et précis, la fonte totale de l’océan Arctique arrive.

Et le fait de limiter le réchauffement climatique à 2°C, qui est l’objectif principal de la COP21, n’y changera rien ?
L’Arctique fond et il fondra qu’il y ait la COP21 ou non. Quelle que soit la puissance de l’accord de la COP21, il continuera de fondre.

Pourtant, le sujet de l’Arctique ne sera pas abordé lors de la COP21.
Il y a 74% de la surface du globe qui ne sera pas traité durant la COP21. Vous avez des demi-journées ou des journées thématiques, par exemple sur les peuples ou les forêts. Mais il y a deux thèmes qui n’auront pas de journée, ou même de demi-journée spéciale : les zones polaires et les océans. Cela peut paraître complètement aberrant mais les océans et les pôles ne seront pas abordés à la COP21.

Comment l’expliquez-vous ?
L’Arctique, l’Antarctique et les océans peuvent être des "deal breakers", des briseurs d’accord. C’est-à-dire que vous pouvez avoir un début d’accord mais que lorsque l’on arrive au sujet des océans ou des pôles, il y a un blocage.

"La parole doit être donnée au Groenland"

En quoi aborder un sujet directement impacté par le réchauffement climatique pourrait empêcher un accord ?
Si vous faites rentrer les négociations sur les océans à la COP21, vous allez donc engager une révision de la convention de Montego Bay de 1982, qui régit le droit international de la mer. Hors, cette convention a été obtenu après de longues et difficiles négociations. Ce serait une cacophonie absolument considérable. De même pour le traité de l’Antarctique et le protocole de Madrid, qui est censé garantir la bonne utilisation pour la science et l’environnement de l’Antarctique.

Il y a Montego Bay pour la mer, le protocole de Madrid pour l’Antarctique, mais aucun traité concernant l’Arctique. Pourquoi n’est-il donc pas inclus dans les négociations ?
L’Arctique est habité, l’Arctique est partagé, l’Arctique a une structure juridique existante et les pays riverains de l’Arctique ont une zone économique exclusive. En partant de ce principe, ce ne serait pas à l’avantage de la France, dans l’optique d’obtenir un accord à la COP21, de faire entrer ce sujet de manière spécifique dans les négociations.

Pourtant, les rencontres arctiques, Arctic Encounter, que vous organisez, traiteront de l’Arctique de manière spécifique.
C’est exact, néanmoins, Arctic Encounter Paris 2015 se veut être un forum de discussion et non un début de processus vers des engagements. Le 11 décembre, juste après la clôture de la COP21, des experts vont revenir sur ce qui aura été fait, ou non, lors de la conférence afin de voir comment l’Arctique a été prise en compte et analyser les impacts sur la région.

Le lendemain, vous donnerez la parole aux acteurs locaux, pourquoi ?
Le Premier ministre du Nunavut, la province inuit du Canada, ouvrira la journée du 12 décembre, et le ministre des Affaires étrangères, de l’Economie et des Ressources minérales du Groenland la conclura. Ces personnes doivent avoir la parole. Ils sont impactés avant nous. Cela devrait être la logique. Hors, ce n’est pas celle qui a prévalu à la COP21.

"La possibilité d’une marche arrière est révolue"

Vous pensez que la COP21, c’est un coup d’épée dans l’eau ?
Paul-Emile Victor, le célèbre explorateur français, disait déjà dans les années 70 qu’il faudrait idéalement une prise de conscience écologique mondiale. Mais il y a 40 ans, on pouvait encore faire quelque chose. C’est-à-dire que si à cette époque, il y avait eu la COP21 et donc, un accord concret. L’Arctique ne fondrait pas et nous ne serions pas en train d’en parler.

Il est donc trop tard pour agir ?
Les personnes nées après les années 80 sont peut-être les plus engagées et conscientes des enjeux. Hélas, elles n’ont plus de prise sur le climat. La nouvelle génération de leader politique qui va émerger, ceux qui ont aujourd’hui entre 15 et 30 ans, va devoir gérer le réchauffement climatique. La possibilité de faire machine arrière est révolue.

 

Propos recueillis par Pierre Monnier

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