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La coopérative, une solution en acier

Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3176
Acieries de Ploermel
© DR

  Comme près de 350 entreprises industrielles en France, les Aciéries de Ploërmel ont pris le statut de société coopérative de production. Un modèle que le ministère de l'Industrie veut dynamiser, d'autant qu'il valorise le maintien durable de l'activité dans les territoires.

A quelques encablures de la place centrale de la petite ville bretonne, jouxtant la gare désaffectée, se dressent les Aciéries de Ploërmel. Plus pour longtemps. En 2010, l'entreprise créée en 1885 pour forger des outils agricoles et aujourd'hui spécialisée dans le ferroviaire s'installera sur un site plus accessible, en périphérie de cette cité du Morbihan. Bureaux, fonderie et ateliers d'usinage quitteront le vieux bâtiment de type Eiffel pour une usine toute neuve. Coût du projet : 12 millions d'euros.

Une belle renaissance pour une entreprise qui a déposé son bilan en 2004 après vingt ans de pertes continues et les retraits successifs de deux actionnaires, le groupe Thomé et l'américain Amsted. L'opération ne relève pas de la magie, même si la forêt de Brocéliande est à deux pas. En 2005, les salariés des Aciéries de Ploërmel, des Bretons têtus et taiseux qui se font un peu violence pour raconter leur histoire, ont repris leur entreprise en redressement judiciaire sous forme de Scop (société coopérative de production). En 2009, la société devrait enregistrer 11 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 9,6 millions l'an dernier, et 600 000 euros de résultat. « L'économie sociale n'était pas notre préoccupation, avoue Alain Sabourin, son PDG, c'est l'administrateur judiciaire qui nous a soufflé cette option consistant à impliquer l'ensemble des salariés. » De fait, compte tenu de la faible notoriété de ce statut, c'est souvent le hasard des rencontres plus que l'idéologie qui suscite la création de Scop.

Qu'est-ce qu'une Scop ?

> Une Scop est une société commerciale (SA ou SARL) à capital variable dont au moins 51 % du capital est aux mains des salariés, avec le principe « un homme, une voix »

> La répartition des bénéfices y est encadrée : 16 % minimum en réserves, 25 % minimum en participation, 33 % maximum en dividendes

> Tous secteurs confondus, les Scop représentent - 883 sociétés (+ 20,6 % depuis 2004) - 40 000 salariés - 3,8 milliards de chiffre d'affaires

> Poids dans l'industrie:
- 335 sociétés (+ 5,6 % de 1997 à 2007) - 9 270 salariés (+ 11 %) - 1,22 milliard d'euros de chiffre d'affaires (+ 67,7 %) - 63 millions d'euros de résultat net (+ 200 %)

Source: Confédération générale des Scop

Cela pourrait changer puisque, lors de son discours d'ouverture des états généraux de l'industrie, le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, a vanté ce système comme l'un des modèles de « l'entreprise du futur ». Il veut valoriser le statut de « coentrepreneur ». La formule n'est pas anodine puisqu'elle renvoie à une innovation de la présidence Sarkozy, « l'autoentrepreneur ». Mais la ressemblance s'arrête à la terminologie. Car les « coentrepreneurs » d'une Scop disposent de vrais emplois et non de compléments de revenus, et leur société est un outil pérenne et non une solution d'amorçage.

GESTION RIGOUREUSE ET COMBATIVITÉ COLLECTIVE

Les Aciéries de Ploërmel sont une SA avec ses attributs classiques : un PDG qui gère, un comité d'entreprise qui consulte et un conseil d'administration qui décide. Au conseil, autour du PDG, Alain Sabourin, on trouve le responsable commercial, Alain Noblet, mais aussi Michel Calazano, un opérateur à l'usinage, Hervé Eon, un premier fondeur... Les douze membres élus décident des orientations stratégiques et des investissements. Cela n'avait rien d'évident au début mais, aujourd'hui, techniciens et ouvriers se sentent aussi légitimes pour s'exprimer que les cadres. Alain Sabourin explique qu'il a usé de toute sa pédagogie pour signifier à chacun des associés : « Ta voix compte autant que la mienne. » La Scop, c'est une révolution culturelle. Le pouvoir de gouvernance transgresse les hiérarchies du terrain. Michel Calazano est ravi d'avoir fait un pari qui n'avait rien de gagné au départ : « J'ai gardé mon emploi et maintenant on travaille pour nous, ici. » En 24 ans de maison, il n'avait jamais touché de participation. Depuis 2005, entre son intéressement, sa participation et ses dividendes d'associé, il touche l'équivalent de deux mois et demi de salaire en plus par an. Bien sûr, il a fallu apporter du capital. Au démarrage, 50 % des 80 salariés repris ont accepté de mettre trois mois de salaire dans l'entreprise. Pour faciliter l'opération, ceux qui n'avaient pas de liquidités pouvaient payer en abandonnant leurs congés payés. L'ancien propriétaire avait laissé un chèque de 1,5 million d'euros pour solde de tout compte. Des subventions régionales et le fonds de la fédération des Scop ont bouclé la reprise. Celle-ci dispose en effet d'outils financiers alimentés par une cotisation de ses membres pour l'investissement, l'apport en fonds propres et les cautions.

Dès leur première année en Scop, sous l'effet d'une gestion plus rigoureuse, de la combativité collective et de clients comme Alstom ou Bombardier qui lui restent fidèles, les Aciéries de Ploërmel retrouvent rentabilité et marges de manoeuvre pour investir. Si la ferraille de récupération enrichie de matière vierge bouillonne toujours dans son four à arc vieux de trente ans, dans l'atelier d'usinage, des tours à commande numérique tout neufs ont fait leur apparition. « Le dernier actionnaire n'investissait plus », explique Alain Sabourin. Le salaire du directeur général local du groupe américain (250 000 euros par an) et les neufs cadres de l'entreprise pesaient, en revanche, lourd sur le compte d'exploitation. A la reprise, le salaire du nouveau PDG a été divisé par deux et l'encadrement réduit à quatre collaborateurs. Ils ont plus de travail mais, pour les assister, d'autres collaborateurs ont élargi leurs tâches. Selon Rémi Garin, le responsable sécurité : « L'ambiance et la motivation des salariés ont complètement changé. Chacun a le souci d'éviter tout gaspillage. » Les taux d'absentéisme et d'accidents du travail ont été divisés par deux en quatre ans. Les salariés reconnaissent que l'entreprise a été portée par la conjoncture dynamique du ferroviaire. Prudents, prenant soin d'alimenter les fonds propres, les associés coopérateurs s'estiment bien armés pour poursuivre leur route.

Qu'attendent les Scop des états généraux ?

Pour les Scop, le service minimum consisterait à promouvoir cette forme d'entrepreunariat méconnue via des campagnes de pub. Leur confédération générale milite aussi pour que, dans certaines filières, les Scop bénéficient d'investissement public via la Caisse des dépôts, ou pour que le fonds de financement géré par la fédération soit aidé.

Pour faciliter l'investissement des salariés, il serait souhaitable que l'Arce (Aide à la création et reprise d'entreprise) de Pôle emploi soit versée même dans les cas où il y a une continuité de l'entreprise reprise. Les partisans des Scop proposent enfin d'étendre aux autres PME industrielles les outils de fonds propres intéressants dont elles disposent : les titres participatifs et les obligations convertibles, qui évitent de diluer le capital. Ils permettent en outre de ne pas sortir une plus-value lors de la cession des parts (à la retraite par exemple) mais d'obtenir des versements réguliers d'intérêts.

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