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LA CONTRAINTE, MOTEUR DE L'EXCELLENCE

Par PAR CAROLE LEMBEZAT - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3242
Situé en centre-ville et encerclé de bâtiments, le site Airbus Saint-Éloi a réussi sa réorganisation pour devenir un site ultra-performant.
Situé en centre-ville et encerclé de bâtiments, le site Airbus Saint-Éloi a réussi sa réorganisation pour devenir un site ultra-performant.
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L'édition 2011 du Trophée des usines, organisée par « L'Usine Nouvelle » et l'Insead, récompense deux sites industriels. Ils ont, chacun à leur manière, tiré parti de leurs contraintes pour améliorer leurs performances.

Oui, il y a encore de belles usines en France ! Des usines qui cherchent à s'améliorer chaque jour, à être toujours plus performantes. Et ce, en dépit de contraintes environnementales, de localisation compliquée, d'objectifs ambitieux en termes de productivité et de compétitivité. C'est en tout cas ce que prouve la dix-septième édition de notre Trophée des usines, organisée par « L'Usine Nouvelle » et l'Insead. Que ce soit l'usine Saint-Éloi d'Airbus, l'usine de l'année 2011, ou son dauphin Timac, un fabricant breton d'engrais, tous deux ont su démontrer qu'ils savaient faire fi des obstacles, non pour les contourner mais pour les transformer en atouts.

Construite il y a quatre-vingt-dix ans, aujourd'hui encerclée de bâtiments, comme assiégée en plein coeur de Toulouse, l'usine Airbus n'avait plus d'espace à grignoter. Impossible de prendre ses aises ou de s'étendre, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Difficile, dans ce contexte, d'accueillir de nouvelles productions... D'ailleurs, en 2007, des rumeurs avaient placé le site sur la liste noire des usines à vendre dans le cadre du plan de restructuration Power 8. Mais les efforts consentis en matière d'organisation industrielle, de productivité, la chasse systématique à tout gaspillage, ont transformé l'atelier nonagénaire en un site ultra-performant. Il s'est imposé comme un maillon indispensable dans le dispositif industriel de l'avionneur. L'opération a réussi, au prix d'un investissement humain à tous les niveaux, des hauts gradés aux compagnons en bord de chaîne. « On sent une forte implication des salariés. Ils appliquent les principes du lean en connaissance de cause », souligne Stephen Chick, professeur à l'Insead et membre du jury.

Facile de gagner quand on fait partie d'un grand groupe, pensez-vous ? À tort. Pour le jury, cette place de numéro un est une demi-surprise ! Industrie stratégique au coeur d'une région Midi-Pyrénées bienveillante à son égard, l'aéronautique est bien sûr perçue comme un secteur de pointe. Mais il aurait, selon les experts de l'Insead, une fâcheuse tendance à s'endormir sur ses lauriers... plutôt qu'à être moteur dans le domaine de l'amélioration continue. L'installation d'une « moving line » inspirée du secteur automobile ou la mise en place d'une « lean room » ont donc étonné le jury. Une impression positive, corroborée par les chiffres de la performance : toutes les actions mises en place ont permis de gagner 20 % sur les temps de cycle.

Face à ce géant, le Petit Poucet Timac décroche une excellente deuxième place. Là aussi, cette usine de 65 salariés, située à quelques encablures du site historique de Saint-Malo, a su transformer des contraintes réglementaires et environnementales en atout. Timac, 60 millions d'euros de chiffre d'affaires, a en particulier dû composer entre une industrie polluante qu'est la fabrication d'engrais et l'emplacement de son usine à proximité d'un site touristique. Le chimiste a conquis les membres du jury par les progrès qu'elle a su accomplir, notamment sur plan du respect de l'environnement : réduction des nuisances sonores et olfactives ou des rejets de poussière. Des efforts sociétaux qui n'ont pas impacté, au contraire, sa productivité. Le taux d'utilisation des équipements est passé, en dix ans, de 85 % à 94 %. On vous l'a dit, de la contrainte peut naître l'excellence !

COMMENT NOUS SÉLECTIONNONS LES GAGNANTS

Après un appel à candidatures lancé à l'automne auprès d'industriels, notre jury a sélectionné les dossiers les plus prometteurs. Entre fin février et courant mars, cette équipe, constituée de journalistes de « L'Usine Nouvelle » et de professeurs de l'Insead, a visité les usines françaises finalistes. Une journée a été consacrée à chacune de ces visites, afin de passer en revue les différents critères permettant de départager les meilleurs. Au cours d'un véritable audit, le modèle économique, les processus, la chaîne d'approvisionnement, la R et D, mais aussi la gestion des ressources humaines et les actions en termes de développement durable ont été passés au peigne fin. Primés ou non, les finalistes ont reçu un compte rendu détaillé évaluant leur niveau de performance.

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