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"La consommation tiendra encore en 2012"

Par Solène Davesne - Publié le
Consommation - Rayon d'hypermarché
© D.R.

Que faut-il attendre des mois prochains en termes économiques et industriels ? Nouvel élément de réponse ajouté à notre série consacrée à la conjoncture 2012. Pour Karin Berger, économiste et conseillère économique de François Hollande, on évolue plutôt vers une croissance très affaiblie qu'une réelle récession.

L'Usine Nouvelle - Faut-il s'attendre à une récession en 2012 en France ?
Karin Berger - La situation n'est pas si défavorable. La sphère financière pose des problèmes mais l'économie réelle continue de tourner. La France a fait 0,4 % au troisième trimestre, on n'est pas à ce stade dans une perspective de récession. Autre indicateur : le nombre de défaillances d'entreprises n'augmente d'ailleurs pas. Même si il reste à des niveaux élevés, il n'y a aucun signal de faillites en chaîne.

On a tous les ingrédients pour faire en France entre 0 et 1 % de croissance, mais on n'aura pas de vrai récession mais si la croissance est très faible voire légèrement négative pendant quelques trimestres. Je n'arrive pas à croire à une vraie catastrophe comme en 2008.

Etre prêt de 0 % de croissance n'est pas tout à fait pareil que faire 1 % ?
Tout dépendra de l'évolution de la situation financière. La dernière note de Standard & Poor's souligne que la confiance dans le système bancaire français s'effrite. Une crise de liquidité est en train de se développer. On assiste à une sorte de lente mais permanente raréfaction du crédit.

Pour les PME industrielles, le mouvement est manifeste depuis août. Il n'y a pas de lignes de crédits qui s'effondrent comme en 2008, mais un resserrement durable.

Sur quels moteurs la France peut-elle compter en 2012 ?
La consommation des ménages évolue au ralenti mais positivement. Les revenus et le pouvoir d'achat des Français devraient croître autour de 1 % en 2012. Les salaires progressent, l'inflation se modère et l'emploi ne devrait plus subir de forte contraction.

Cela n'est pas grand-chose et cela veut dire que la consommation ne devrait pas dépasser 1 % en 2012, ce qui reste faible. On n'est pas dans une situation très agréable mais où les entreprises peuvent ne pas perdre trop d'argent en 2012. Les marchés domestiques ne vont pas s'effondrer. Du coup, elles n'ont pas intérêt à trop réduire leurs structures de coûts. Celles qui arriveront à maintenir de bons niveaux d'investissements seront les premières à repartir.

En quoi une aggravation de la crise des dettes souveraines réduirait la distribution de crédit ?
S'il y a une crise de liquidité, c'est qu'on a en amont un problème de bilan des banques européennes.  Les banques doivent tenir compte de la dégradation de la valeur des dettes souveraines dans leur bilan et prendre des actifs ailleurs pour compenser cette dégradation. Donc elles font moins de crédit. La cacophonie au niveau européen n'aide pas. La dette grecque n'est pas réglée. En pratique, le FESF ne trouve pas de financement extérieur. Le traité européen adopté par le sommet européen du 9 décembre ne donne pas la bonne réponse qu'attendent les marchés : qui va payer au final ? Ce qui impliquerait d'accepter que la politique monétaire soit le dernier rempart.

Une explosion de la zone euro est-elle envisageable ?
C'est vraiment impossible car pour moi cela signerait la fin de l'Union européenne et la décadence de l'Europe. On entrerait dans une période de 30 ou 40 ans de contraction de l'activité, de fuite des cerveaux... Même si c'est au dernier moment, la raison l'emportera forcément.

Pourquoi les Etats-Unis résistent mieux ?
Il va falloir vivre avec un peu moins de crédit dans les années qui viennent. C'est un problème pour l'Europe, mais surtout pour les Etats Unis. Ceci-dit, la réserve fédérale américaine a fait son travail et continue à le faire en maintenant ses taux à 0,25 % ! Mais elle ne va pas pouvoir continuer à le faire longtemps car son bilan a déjà été multiplié par quatre depuis le début de la crise. Les USA vont devoir s'européaniser avec des taux de croissance entre 1,5 et 2%. Cela restera toujours mieux que l'Europe car les Etats-Unis ont l'avantage d'avoir des pilotes à bord.

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