La compétitivité, ce n'est pas qu'une histoire de TVA sociale

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Thibaut de Jaegher, rédacteur en chef
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Définir la compétitivité d'une industrie seulement par le coût du travail, c'est n'est pas faire fausse route, c'est n’est faire qu'une partie du chemin.

C'est un des travers de ces périodes électorales. Les débats se concentrent souvent sur une mesure choc, médiatiquement porteuse, et délaisse tous les autres sujets. La campagne pour l'élection présidentielle ne déroge pas à cette règle. En ce début d'année, Nicolas Sarkozy a lancé l'idée d'une TVA anti-délocalisation pour alléger le coût du travail en France et promouvoir l'industrie française. Son idée, en tout cas celle que ses lieutenants rabâchent en son nom, est de transférer les charges finançant la politique familiale des salaires vers les produits en augmentant la TVA. Cela aurait pour effet de renchérir les produits importés tout en abaissant le coût de fabrication des produits français. Le but, comme le rappelle François Baroin, le ministre de l'économie, serait in fine d'abaisser le coût du travail en France pour regagner en compétitivité.

 

Le débat est intéressant, l'idée séduisante mais nous ne saurions nous arrêter là. Définir la compétitivité d'une industrie seulement par le coût du travail, c'est n'est pas faire fausse route, c'est n’est faire qu'une partie du chemin. Oui, la question des charges sociales pèsent lourdement dans les comptes des industriels. Oui, c’est un vrai problème qu'il faut résoudre. Mais il serait naïf de penser qu’une telle réforme, qu’un tel basculement permettra aux entreprises françaises de retrouver subitement de marges de manœuvre ou de se transformer en championne de l’export. Tout simplement parce que la compétitivité ce n’est pas qu’une question de coût. La question de la formation (inadéquate), la question du positionnement des produits (trop bas de gamme), la question du dialogue social (très conflictuel), de l'organisation du travail (trop hiérarchique ?), de l'investissement (trop faible) font aussi la compétitivité d'un pays, de son industrie, de ses usines. Lors des Assises de l'Industrie organisées par L’Usine Nouvelle fin octobre 2011, le vice-président de la conférence nationale de l'Industrie, Jean-François Dehecq, et Patrick Pierron, secrétaire national aux politiques industrielles de la CFDT, n'ont d’ailleurs cessé de pointer du doigt cette compétitivité hors coût comme étant un des sujets, si ce n'est LE sujet majeur sur lequel il fallait travailler.
 
Faut-il alors abandonner toute volonté de réformer la fiscalité du travail ? Evidemment non. Mais il ne faut sans doute pas traiter de manière isolée ce sujet. Si les transferts de cotisation sont mis en œuvre, il faut s'en servir de levier pour changer aussi un certain nombre de handicaps profonds chez nos industriels, les inciter à investir plus dans leur appareil productif, à former différemment, à revoir leur positionnement produit…
 
Thibaut De Jaegher
Rédacteur en chef
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