La colère des aubergines
Le 22 février 2010 par Ana Lutzky
Trop de raffineries françaises
Les raffineries françaises sont en grève. Du moins, les six (sur treize) appartenant à Total, inquiètes des menaces pesant sur l'usine de Dunkerque. Le contexte n'est pas très réjouissant, rappelle l'éditorialiste Dominique Seux des Echos au micro de France Inter. En un an, les marges du raffinage hexagonal ont été divisées par deux. Elles représentent aujourd'hui à peine 4% du prix d'un baril de pétrole contre 16% il y a un an. La raison est simple : la demande n’est pas en adéquation avec l’offre. En France, les raffineries produisent trop d’essence et pas assez de gazole : elles tournent à peine aux deux tiers de leur potentiel. C'est le plus faible taux d'Europe. Total perd des centaines de millions d'euros par an sur cette activité. La demande d'essence et de gazole diminue en France, de façon structurelle. Jusqu'à maintenant, les raffineries françaises s'en sortaient en vendant beaucoup d'essence aux Etats-Unis, et en achetant du gazole de Russie. Mais en Amérique aussi, la consommation diminue. Et surtout, les groupes pétroliers ont décidé avant la crise de bâtir de nouvelles raffineries au plus près des zones de production, au Moyen-Orient, ou bien là où la demande progresse, en Asie. L'an dernier, sept nouveaux sites ont été inaugurés, en Chine, au Qatar, au Vietnam, en Inde. Certes, la crise des raffineries françaises peut s’assimiler à celui des « bateaux mis au chômage par les chemins de fer au XIXe siècle », comme le souligne l’éditorialiste Alexandre Adler. Une chose est sûre : pour les pétroliers, la place des nouvelles raffinneries se situe dans les BRIC.
Kiev s’éloigne de l’Europe
La princesse du gaz jette l'éponge, raconte Le Figaro. Ce week-end, Ioulia Timochenko, l'actuelle première ministre ukrainienne, a retiré le recours en justice destiné à annuler les résultats du scrutin présidentiel du 7 février, qu'elle avait perdu par plus de trois points d'écart. La dame de fer à la couronne de tresses blondes risque néanmoins de donner du fil à retordre à son rival vainqueur, Victor Ianoukovitch. Avec ce dernier, une nouvelle ère plus que jamais pro russe s’annonce. Moyennant une nouvelle aide financière russe, le protégé de Moscou multiplie les promesses de faveurs au Kremlin. Torpiller une éventuelle adhésion de l'Ukraine à l'Otan en se déclarant favorable à un maintien de la présence de la flotte russe à Sébastopol au-delà du terme légal de 2017, par exemple. Prévoir d'ouvrir les gazoducs ukrainiens, par lesquels transite 80 % du gaz destiné à l'Europe, au géant russe Gazprom. Ou bien, étudier la possibilité de faire adhérer son pays - alors que celui-ci est déjà membre de l'OMC - à une union douanière concurrente réunissant la Biélorussie, le Kazakhstan et la Russie.
Inde et OGM : la colère des aubergines
Surnommée « frankenfood », l’aubergine OGM de Monsanto aurait été légumineuse non grata dans le recueil des 12 recettes littéraires succulentes de Bulbul Sharma. Elle l’est aujourd’hui dans toute l’Inde. Le ministre indien de l’Environnement, Jairam Ramesh, a en effet annoncé que son gouvernement n’autoriserait pas l’introduction de l’aubergine génétiquement pour incorporer un insecticide (!), malgré le feu vert accordé par l’organisme public chargé des évaluations, après neuf ans de tests. Un conflit d’intérêt de taille a été révélé la semaine dernière : le comité indien chargé d’approuver la culture de l’OGM a dû s’appuyer sur des données fournies par les développeurs des semences. Pris à partie par des manifestants déguisés en aubergines géantes, le ministre était accusé de faire le jeu des multinationales. «Je ne suis pas un agent de Monsanto !» avait-il dû justifier, en référence au géant américain, qui possède 26% de la société Mahyco, l’inventeur de cette fameuse aubergine.
Pour l’instant, seules les céréales OGM sont autorisées dans le monde : soja en Argentine, riz en Chine depuis fin 2009, ou coton en Inde : implanté voici 7 ans, il recouvre aujourd’hui 80% des surfaces indiennes cultivées.
Outre la biodiversité, les ONG environnementalistes indiennes sont mobilisées contre la pollution des nappes phréatiques par l’arsenic, qui contamine aujourd’hui 140 millions de personnes dans le monde. Une nouvelle technique développée par une équipe de scientifiques européens et indiens, libre d’utilisation, a d’ailleurs fait ses preuves au Bengale occidental, dans six usines d'approvisionnement en eau potable. Principe : projeter de l'oxygène dans la couche aquifère, ce qui permet de libérer l'arsenic. Bhaskar Sengupta, professeur à la Queen University (Royaume-Uni) a ajouté qu'un autre bienfait de ce traitement est que les bactéries responsables de diarrhées seraient détruites au cours de ce processus. Coût de mise en place : 2200 dollars, la plupart des pièces nécessaires à la mise en place de ces structures pouvant être achetée sur le marché local. Coût d'exploitation : 1 dollar par jour.
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Brésil, Russie, Inde, Chine, les BRIC sont l'avenir de la croissance mondiale. De pays émergents, ils sont désormais les pays dominants. La formation de nouveaux blocs renversent les anciens équilibres mondiaux. Ana Lutzky et Pierre-Olivier Rouaud décryptent les nouveaux enjeux géopolitiques au travers du prisme de l'actualité. L'information du monde pour écouter la planète.

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