La chute des prix du carbone gêne les investissements verts de certains industriels
Par Anne-Sophie Bellaiche - Publié le
Le prix du carbone est un signal pour investir dans des solutions très nouvelles et sa chute ne facilite pas les business plans de certains industriels. Pour d’autres, en revanche, un mouvement de fond est en cours même chez les émergents qui offrent des opportunités à tous ceux qui développent une offre verte. Un soutien cohérent des politiques est en revanche essentiel pour tous.
Les certificats de réduction d’émissions des Nations Unis ont perdu 50 % de leur valeur depuis juin. En Europe, les EUA (European Union Allowance) sont tombés en dessous de 8 euros la tonne ce mois-ci. Cette situation est due principalement au ralentissement de l’économie européenne car les règles du jeu ont été créées avant la crise de 2008.
Aujourd’hui, il y a trop de permis pour trop peu de pollueurs. Et les pays les plus émetteurs (comme les Etats-Unis et la Chine) ne sont pas soumis à ce système. Cette situation est particulièrement préoccupante pour un industriel comme Alstom qui travaille sur des projets de captage et stockage de CO2. Patrick Fragman, vice président chez Alstom expliquait lors d’une réunion organisée à l’initiative du Cercle de l’industrie le 6 décembre sur l’économie verte : "Dans l’énergie, il faut un signal clair pour investir à long terme, nous sommes sur des cycles longs la stabilité du prix du carbone est essentiel pour passer du pilote à la phase d’industrialisation."
Patricia Crifo, économiste et chercheur à l’école Polytechnique qui a réalisé une étude sur 7 filières de l’industrie française face à l’économie verte, confirmait que la conversion écologique est tiré par la dimension réglementaire. "Plus que la pression de la demande , c’est la politique environnemental mis en œuvre par la puissance publique qui tire les évolutions, à côté bien sûr du prix des matières premières et de l’énergie". Pour l’économiste, "l’effondrement des prix du carbone est un problème majeur".
Solutions performantes
Certains industriels, en revanche, en particulier sur des marchés matures comme le ciment par exemple, sont plus confiants sur l’idée que des solutions performantes en matière environnementale leur offrent un avantage compétitif, prix du carbone élevé ou pas. Jean Desazars de Montgaillard, directeur adjoint de la stratégie de Lafarge explique que pour ce qui concerne la Chine par exemple, il faut distinguer entre "la parole officielle dans les réunions internationales type Durban", qui rejette l’idée d’une contrainte extérieure sur les émissions et "la volonté de mise en œuvre patente sur le terrain de sites et de productions plus propres."
Une vision confortée par le directeur général adjoint de Rhodia. "En Chine des unités sont fermées, des industries sont restructurés aujourd’ hui pour des raisons environnementales." Les industriels européens veulent-ils encore plus de règlementations et de taxes pour accélérer leur investissement dans l’innovation verte ? On n’en est pas là. Mais il n’y a pas d’opposition de fonds à une règlementation plus contraignante. "Tout est une question d’équilibre", estime Denis Ranque, président du cercle de l’Industrie qui pense que "faire la course en tête c’est bien mais la faire tout seul est préjudiciable".
Pour le représentant des trente plus grands groupes industriels français , la vision politique est de trop courte vue et son action au contrainte trop lente. "Il y a quelques années, les politiques étaient à fond dans le Grenelle et en oubliaient la compétitivité. Aujourd’hui, ils sont à fond dans la crise et en oublie les enjeux de conversion écologique." Et c’est un industriel qui le leur dit.

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