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La Chine, sa croissance économique et son sens de la débrouille

Publié le

Dans Pékin Pirate, Xu Zechen dresse une galerie de portraits de débrouillards dans la Chine contemporaine. Loin du misérabilisme, il préfère une écriture vive et rythmée, à l'instar d'une ville en perpétuelle mutation.  Même dans l'adversité, ses personnages trouvent des ressources, quitte à détourner d'un système paradoxal, où ce qui n'est pas interdit semble licite. Ou pas.

La Chine, sa croissance économique et son sens de la débrouille © Philippe Rey éditeur

 

Xu Zechen, retenez bien ce nom, car il témoigne d’une nouvelle génération de romanciers chinois à suivre de très près. Pékin Express qui n’est pas son premier roman traduit en français, est de ces perles à lire sans modération, car il fait de la comédie chinoise l’équivalent de ce que fut la comédie italienne au cinéma il y a quelques années. Où malgré la rudesse des conditions de vie, les protagonistes conservent une forme de légèreté, de joie de vivre plus forte que tout.

On est dans ce roman, plus chez les cousins du Voleur de bicyclettes de Vittorio de Sica, un film qui est d’ailleurs cité, que chez les neveux de Karl Marx.

En route pour Pékin donc, où DunHuang, l’anti-héros sort de prison, après avoir trafiqué des faux papiers. Âgé de vingt ans et quelques, le voilà qui cherche à s’en sortir dans la grande ville que ce grand naïf venu de la campagne connaît à peine.

De la publicité pour vendre des contrefaçons

Par chance, il croisera une jeune fille qui lui offrira outre des consolations sentimentales et sensuelles, la possibilité de se refaire dans le commerce de DVD contrefaits, surtout les pornos, ceux qui valent le plus chers, mais aussi les plus risqués.

Mais dans la chine d’aujourd’hui, même les trafiquants se sont mis aux méthodes capitalistes. Pour écouler ces DVD, DunHuang élabore une stratégie commerciale des plus fines, à base de publicité, de réseau privilégié, y compris au sein d’une administration d’Etat et fidélisation de clients avides de films occidentaux. "A la cinquième « Chienne », il repense aux affichettes à l’époque où il vendait des faux papiers. Ecrites au feutre ou à la bombe, elles étaient placés çà et là pour qu’on les voie bien : Papiers appeler le 130 … Pourquoi ne pas faire pareil pour les DVD ? DanHuang rédige cette fois une minipub avec son numéro personnel : DVD appelez le 133…" Où l’on vérifie que pour survivre en Chine mieux vaut avoir un téléphone portable !

L'ironie plutôt que le misérabilisme

A travers les aventures de ce débrouillard made in China, Xu Zechen dresse un portrait plus ironique que critique de la modernité chinoise, entre pollution et tempête de loess, corruption généralisée et amours contrariés. Si DonHuang s’adonne à des commerces réprimés, il a son code d’honneur et voudrait gagner suffisamment d’argent pour payer la caution de son ex-collègue malandrin resté derrière les barreaux.

Ce faisant, l’auteur dresse une galerie de portraits de personnages qui comme le anti-héros se débrouillent tant bien que mal pour survivre malgré tout. On est loin des enseignes de luxe et des lieux touristiques, dans une ville parallèle, cernée de périphériques et d’immeubles en construction, où les campagnards viennent tenter leur chance. "Ce n’est que grâce à la pluie artificielle que la poussière est finalement rabattue au sol. Le ciel se dégage, remonte, bleuit enfin. DunHuang recompte le stock, il est temps d’aller chez Cosmos".

Ecrit par un auteur né en 1978, le roman frappe par sa modernité littéraire, ce style très vif, ce montage serré de scènes qui s’enchainent très vite, à un rythme qui n’a rien à envier à celui de la transformation de la capitale chinoise. Réaliste sans sombrer dans le misérabilisme  ou la dénonciation à tout prix, Pékin Pirate réussit à rendre le quotidien des laissés pour compte de la croissance chinoise. "Une simple couche de briques fait office de murs, quelques plaques servent de plafond, le tout étant couvert de lambeaux d’amiante pour protéger de la pluie. Que pareil gourbi soit considéré comme habitable tient du miracle, un prodige de l’histoire de l’architecture". Lisez le vite.

Christophe Bys

Pékin pirate, Xu Zechen, Editions Philippe Rey, magnifiquement traduit par Hélène Arthus.

A noter la couverture très réussie du livre

 

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