L'ex-empire du Milieu entreprend désormais de protéger ses champions nationaux, en s'asseyant sur les fondements de l'Organisation mondiale du commerce.
Ces derniers temps, la Chine a fait entendre une tonalité très nouvelle, comme si elle se moquait désormais éperdument de sa réputation internationale, patiemment tricotée au fil des ans. Personne ne conteste que la Chine puisse être légitimement fière de sa réussite économique qui l'a propulsée au deuxième rang des PIB mondiaux en 2010. Mais la planète attend de cette nouvelle puissance autre chose qu'une affirmation orgueilleuse de son seul poids matériel. Or, c'est le contraire qui se passe.
Sur le yuan, personne n'est autorisé à poser, même poliment, la question de sa convertibilité et de sa parité. Le président Barack Obama lui-même en a fait les frais de manière rugueuse à Pékin en novembre dernier. L'Europe, qui n'avait rien dit sur la monnaie chinoise, pose désormais la même question. Cela veut dire qu'il y a un vrai problème international, que l'on ne peut éluder par le déni.
Même déni brutal dans l'affaire Google. La voix officielle chinoise se pare de candeur virginale face à l'accusation de cyberattaques massives depuis son propre territoire. L'ennui, c'est qu'il ne s'agit pas de hackers incontrôlés : l'étau des contre-expertises se resserre sur un montage dans lequel sont impliqués les départements spécialisés de deux universités d'Etat, instrumentalisés au plus haut niveau.
A Copenhague, la Chine a noyauté les groupes de travail et a tenté de se poser en leader du tiers-monde, à la tête d'une cohorte de pays africains plus ou moins consentants, lesquels se sont ensuite réveillés pour reprendre leur liberté. Face à Obama, elle a aligné, à la séance de clôture, un sous-fifre, ce qui en langage (non-)diplomatique exprime un bras d'honneur. Elle a refusé de s'engager dans une vision climatique mondiale (au-delà même de la position américaine, pourtant faible) et a rejeté toute instance onusienne de vérification, sur le refrain usé de « l'ingérence dans les affaires intérieures ». Sa déclaration de réduction des émissions de CO2 de 40 % pour 2020 est faite sur la base de l'unité de PIB, ce qui, en clair, signifie que les émissions chinoises vont passer de 7 milliards de tonnes de CO2 en 2009 (record du monde) à 14 milliards de tonnes en 2020. Les premiers à ne plus pouvoir respirer seront les Chinois eux-mêmes.
Simultanément, nos entreprises ont peut-être mangé leur pain blanc sur le marché chinois. Forte des capitaux (90 milliards de dollars par an) et des technologies acquises des étrangers, via les investissements directs (automobile, électronique, chimie...) ou au fil de négociations au couteau (centrales nucléaires, aéronautique...), la Chine entreprend maintenant de protéger ses champions nationaux. Mais ce faisant, elle s'assoit sur l'Organisation mondiale du commerce, dont elle a signé le traité. Il est vrai que, dans l'histoire, la Chine n'a jamais eu d'alliés ni intégré les contraintes d'un traité. Déjà, dans l'acier, la porte s'est refermée en 2009 sur les étrangers. Bientôt, ce sera le tour d'autres industries. C'est la fin du tapis rouge pour les entreprises étrangères.
Barack Obama, après un temps de réflexion, ne s'est pas laissé attendrir par les rodomontades chinoises. Ayant perdu la face à Pékin et à Copenhague, il a décidé de vendre des armes à Taïwan et de recevoir le dalaï-lama à la Maison-Blanche. Que peut y faire la Chine ? Punir l'Amérique ? Ses souscriptions officielles de bons du Trésor américain viennent de baisser de 43 milliards de dollars. Mais c'est un leurre : en réalité, la position chinoise est passée de 800 à 900 milliards de dollars en 2009 lorsque l'on inclut la place de Hongkong, évidemment sous influence, et plus encore via les paradis des Caraïbes découverts à marée basse.
Le prochain terrain de jeu chinois va inclure l'Iran, l'Afrique, le commerce et le pétrole. Si la Chine ne communique pas avec un peu plus de finesse, elle risque de perdre le reste de son crédit auprès des opinions publiques mondiales.


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