La chimie lance son opération séduction
Par Olivier James - Publié le
articles liés
L'Année mondiale de la chimie en quelques datesSur le calendrier, les 27 et 28 janvier 2011 sonnent le lancement officiel de l'Année mondiale de la chimie. Un lancement effectué sous l'égide de l'Unesco, à Paris. L'occasion pour industriels et scientifiques de redorer l'image quelque peu ternie de leur secteur alors que les voyants économiques reviennent au vert.
Qui aurait songé que les roses puissent éclore dans le froid hivernal ? C'est pourtant ce que l'on peut voir sur l'esplanade de la Défense. Depuis le jeudi 27 janvier, et jusqu'au samedi suivant, un vaste dôme de 5 mètres de haut et de 15 mètres de diamètre est entièrement recouvert de fleurs issues de sacs plastique.
Sous l'impulsion de l'UIC (Union des industries chimiques), trois autres œuvres monumentales sont aussi visibles à Lyon, Lille et Marseille (cf. photos ci-dessous). Elles visent à susciter le dialogue entre le grand public et les industriels. Ou, comme le dit à sa manière l'artiste Marie-Hélène Richard : « Faire du beau avec du moche. » Une phrase qui résume bien l'objectif de l'Unesco.
Cette organisation des Nations Unies avait programmé pour les 27 et 28 janvier 2011, dans ses locaux parisiens, le coup d'envoi de l'Année mondiale de la chimie. « L'image de la chimie est abominable, estime Nicole Moreau, présidente de l'Union internationale de chimie pure et appliquée (UICPA), à l'origine de cet événement. Elle est très mal comprise, mal connue. Il faut arranger les choses ! »
Un monde d'hommes
Grands industriels, prix Nobel de Chimie, scientifiques, experts : des personnalités de tous horizons ont donc été mandatées, deux jours durant, pour inverser la vapeur et convaincre à tous prix. La chimie n'est pas un problème mais la solution. Notamment pour lutter contre le réchauffement climatique. Même si ce n'est pas le seul sujet abordé à la tribune officielle ou au hasard des rencontres.
La crise des vocations ? C'est parce que beaucoup d'étudiants vont « où il est question de faire du fric », affirme plein de verve Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie 1987. Les différentes réglementations qui encadrent la chimie ? « Elles vont trop loin, c'est beaucoup trop cher », répond le scientifique.
Les descendants de prix Nobel sont aussi de la partie. Hélène Langevin-Joliot, petite fille de Marie Curie, par exemple. Egalement directrice de recherche au CNRS, elle a raconté avec émotion lors d'une conférence sur la place des femmes dans la chimie, comment sa grand-mère a dû se battre dans un monde d'hommes.
un rôle important à jouer
Croisé dans le hall, Rajendra K. Pachauri, directeur du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), prend le temps de répondre à quelques questions. « La chimie est à la fois un problème et une solution », reconnait-t-il avec un grand sourire. Et s'il pense que les nouvelles technologies peuvent aider au développement durable, il reste convaincu que la mesure la plus efficace reste de donner une valeur au carbone. « C'est ce qui oblige les industriels à investir. Cela ne va pas être facile à mettre en place dans tous les pays. Mais certaines villes lancent déjà des actions concrètes. »
Dans le concert de discours enthousiastes, celui de Yuan Lee a fait un peu retomber l'ambiance. Ce prix Nobel de chimie 1986 le réaffirme : « Il ne fait aucun doute que le développement humain a un impact négatif sur l'environnement. » Et il en profite pour effectuer quelques tacles. « Le mode de développement des Etats-Unis et de l'Europe, basé sur la surconsommation et la surexploitation, ne doit pas être suivi par le reste du monde. Et les chimistes ont un rôle important à jouer. »
Globalement, dans l'assemblée, l'heure n'était pas à l'autocritique. Les problèmes de santé et d'environnement dus à la chimie ne sont pas abordés. Dans tous les discours, la chimie est présentée comme une solution aux grands défis de l'humanité que sont le réchauffement climatique, l'urbanisation galopante, la demande croissante en énergie et en produits alimentaires. Après ces discours, les chimistes vont devoir faire leurs preuves. Après tout, c'est leur année.



dans la même rubrique
26/05/2012 La sémantique de l'industrie26/05/2012 L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman
26/05/2012 "Je suis fasciné par les technologies sans fil"












