Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

La chimie en tablettes !

Olivier James , , ,

Publié le

Enquête La révolution numérique est aussi entre les mains des chimistes. Grâce à une large palette de solutions, ils voient s’ouvrir devant eux un immense marché.

La chimie en tablettes !

Les chimistes s’incrustent dans les smartphones et les tablettes ! Benoît Potier, le PDG d’Air liquide, a récemment martelé l’importance croissante des technologies numériques lors de la présentation des résultats annuels de son groupe. "Ce n’est pas encore très visible dans notre chiffre d’affaires, mais elles génèrent de plus en plus de marges dans nos activités électroniques", a-t-il affirmé. Quelques semaines plus tard, preuve en était faite : le groupe annonçait la signature de deux contrats avec BOE Technology, l’un des plus grands fabricants d’écrans plats en Chine, pour la fourniture de gaz servant à la production des téléphones mobiles. Il y a peu, l’américain Air Products affirmait de son côté qu’il approvisionnerait directement le géant sud-coréen Samsung avec des gaz similaires.

Derrière ces exemples, une tendance de fond se dessine : la croissance vertigineuse des ventes de tablettes numériques et de smartphones ouvre aux grands acteurs de la chimie un nouveau champ d’investissement. Ils se retrouvent aux avant-postes de la révolution numérique. À grand renfort de polymères spéciaux, de molécules gazeuses et autres substances chimiques complexes, ces industriels fournissent des composés aux innombrables acteurs du secteur. Ils sont censés répondre aux exigences de plus en plus fortes de grands constructeurs comme Apple et Samsung. Dans cette course contre la montre, ils s’ingénient à rendre les objets nomades numériques toujours plus légers, sans cesse plus solides et performants, mais assurément moins énergivores.

Les chimistes doivent désormais développer des solutions en moins de vingt-quatre mois, parfois même en douze, alors qu’ils disposaient auparavant de délais supérieurs à cinq ans ! Ces industriels sont les artisans invisibles de la révolution numérique… "Depuis plus de dix ans, nous travaillons sur les écrans plats pour les téléviseurs, mais nous fournissions toujours les mêmes molécules, explique Olivier Blachier, le directeur des marchés électroniques chez Air liquide. Depuis l’arrivée des smartphones et des tablettes, nous avons basculé d’un seul coup d’une dynamique d’échelle vers une dynamique d’innovation."

Air liquide a mis au point une gamme de gaz dénommée Aloha. Parmi eux, des précurseurs gazeux composés de silicium ou de métaux (cuivre, manganèse, cobalt…) permettant la production de couches minces isolantes ou conductrices des circuits électroniques. "Les transistors qui animent les puces ont atteint une dimension de 20 nanomètres, précise Olivier Blachier. Nous synthétisons de nouvelles molécules innovantes dans la formation de matériaux isolants et conducteurs qui amélioreront in fine les performances de transistors."

Adaptations rapides

Comme ils doivent réagir vite, beaucoup de chimistes tentent d’optimiser des solutions existantes pour le secteur du numérique. "Nous plaçons beaucoup d’espoirs dans l’électronique organique, souligne Ian Cayrefourcq, le directeur des nouvelles technologies chez Arkema. C’est un bon exemple du recyclage de nos savoir-faire historiques dans un champ d’applications à forte valeur ajoutée." Grâce à l’acquisition en 2010 de la start-up française Piezotech, spécialisée dans les films et les capteurs à base de polymères fluorés électroactifs, Arkema développe les vibreurs de troisième génération : un film plastique mince à base de polyfluorure de vinylidène – "polyvinylidene fluoride" en anglais (PVDF) –, disposé sous l’écran. Il vibre de lui-même sous l’impulsion des doigts par effet piézo-électrique. Objectif : développer l’électronique haptique, c’est-à-dire faire ressentir à l’utilisateur d’une tablette sa frappe sur les touches du clavier. "Cette solution intéresse les géants de la téléphonie mobile car elle est moins chère, plus fiable et plus fine que celle des pièces céramiques et métalliques utilisées pour le moment, précise Ian Cayrefourcq. Elle pourrait arriver dans le commerce en 2014."

Un autre exemple d’adaptation rapide concerne BASF, qui produit de la poudre de fer carbonyle. "Notre force, c’est de maîtriser le process de production complexe de ce produit, assure Christian Böhme, le porte-parole du groupe pour les innovations scientifiques. Nous l’avons optimisé pour obtenir du fer carbonyle ultra-pur à destination du secteur des tablettes et des smartphones." Employé dans de très nombreuses applications, le fer carbonyle est intégré au cœur des bobines présentes dans les microprocesseurs. Les propriétés électromagnétiques de ces billes de fer de 5 micromètres limitent les pertes d’énergie et aident à contrôler l’intensité du courant électrique dans les composants.

BASF est aussi engagé, comme de très nombreux chimistes, dans la bataille stratégique du stockage de l’électricité. Il ouvrira à la fin de l’année un centre de R & D au Japon dédié au stockage de l’électricité, en particulier pour les tablettes et les smartphones. "Nous valorisons des synergies entre l’automobile et les biens de consommation, car les mêmes matériaux sont en jeu", assure Christian Böhme.

Les batteries pour tablettes et smartphones sont aussi un axe important pour le groupe Solvay. "Nous élaborons un polymère spécial à base de PVDF, destiné à augmenter la densité énergétique des batteries lithium ion, explique Augusto di Donfrancesco, le directeur général de la branche polymères de spécialités. Nous le commercialisons déjà pour les modèles haut de gamme." De son côté, Arkema met au point des sels d’électrolyte fluorés et des additifs pour électrodes à base de nanotubes de carbone, qui allongent la vie des batteries et permettent des recharges plus rapides.

De l’avis de tous ces industriels, la chimie sera très bientôt à l’origine d’une révolution : des tablettes et des smartphones flexibles comme du papier. L’utilisation d’Oled (des LED organiques) et d’électrodes en polymères ouvre la voie à l’électronique organique, mettant fin au règne du silicium. L’écran souple présenté en janvier par Samsung lors du Consumer electronics show (CES) de Las Vegas en est une première illustration. Ces tablettes et smartphones pliables pourraient être commercialisés dès 2015. Plus que jamais, les chimistes devront se montrer innovants !

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus