imprimer

La centrale qui a électrifié la Bavière

Par PAR LUDOVIC DUPIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3252

Bijou industriel, la centrale hydroélectrique de Walchensee, opérée par E.on, a contribué à l'essor industriel du puissant land du sud de l'Allemagne.

A tout moment, le visiteur s'attend à voir surgir Julie Andrews de derrière un arbre. Elle danserait et chantonnerait l'un des airs de « La Mélodie du bonheur », qui fut tourné à quelques kilomètres de Walchensee, où est implantée l'une des plus spectaculaires centrales hydroélectriques d'Allemagne... La station est accrochée à une falaise dans les contreforts des Alpes bavaroises. À ses pieds, le lac de Kochelsee se ride doucement au gré du vent. « Cette station est un petit trésor pour la région munichoise », s'exclame Dominik Grodde, le directeur des activités hydrauliques de l'électricien allemand E.on, l'opérateur du site.

Depuis 1924, la centrale accompagne la croissance économique de la Bavière, le plus riche des länder allemands, pauvre en charbon. En juin 1918, alors que la Première Guerre mondiale n'en finit pas, le parlement local autorise la construction de la plus grande centrale à stockage du monde. Il y est encouragé par l'ingénieur Oskar von Miller, le « père » de l'hydroélectricité allemande, qui y voit une solution pour électrifier le pays. Walchensee fournira l'énergie pour alimenter les installations industrielles et les voix de chemins de fer. Le 15 janvier 1924, la centrale produit ses premiers kilowattheures. La station affiche bientôt une puissance de 124 MW... Ce site, classé en 1983 au patrimoine industriel de l'Allemagne, se visite quasiment dans l'état où les quelque 2 000 ouvriers l'ont livré.

À quelque 1 200 mètres du lac de retenue, on rencontre d'abord la salle des machines. Dans cet imposant bâtiment de 100 mètres de longueur s'alignent, martiales, huit turbines, quasiment d'origine. C'est tout juste si elles ont reçu un coup de jeune en 1990 afin d'améliorer l'efficacité de leurs systèmes de contrôle. « La grosse différence, c'est qu'aujourd'hui nous avons de l'électronique autour des turbines mais nous la cachons », s'amuse Markus Krinner, le directeur de l'information de Walchensee. Cette salle des machines est découpée en deux. Deux tiers de l'énergie sont distribués à une fréquence de 50 Hz pour alimenter des sites industriels en Bavière. Le tiers restant, qui affiche 16,7 Hz, est fourni à la Deutsche Bahn, pour faire rouler ses trains dans le land.

Viennent ensuite les conduites forcées qui mènent l'eau jusqu'aux turbines. Ces impressionnants tuyaux en acier de 1,9 à 2,3 mètres de diamètre peuvent supporter une pression de 28 bars. Curieusement, ces tubes énormes font un coude serré juste avant d'atteindre la salle des machines... Une complète hérésie en termes de dynamique des fluides assumée par les concepteurs de l'époque. Ils souhaitaient qu'en cas de rupture des tuyaux, l'eau s'écoule à côté de la coûteuse salle des machines. Une précaution inutile : depuis quatre-vingt-sept ans, aucune portion n'a jamais été remplacée. Ici, l'eau est si pure que la corrosion est limitée. « L'eau de cette vallée ne répond pas aux critères de potabilité définis en Europe. Mais dans d'autres pays, elle serait sans doute mise en bouteille », plaisante Markus Krinner.

À pleine puissance en trois minutes

Sur la crête, dans un bâtiment doté d'une fosse de 10 000 mètres cubes, la pression de l'eau en provenance du lac de Walchensee est régulée. Une vingtaine de personnes entretiennent la santé de la vieille nourrice qui a soutenu pendant tant d'années la Bavière grandissante. Si sa puissance n'est plus qu'une goutte sur le réseau électrique allemand, elle n'en conserve pas moins de bons réflexes. En cas de besoin, elle peut passer de zéro à sa pleine puissance en trois minutes... En la faisant visiter, son exploitant E.on montre son savoir-faire. Un plaidoyer pro domo à quelques mois du renouvellement des concessions de plusieurs barrages en France. E.on est bien décidé à concurrencer EDF et GDF Suez, ses deux grands rivaux en Europe.

DOMINIK GRODDE Directeur des activités hydrauliques de l'électricien allemand E.on.

« Cette station est un petit trésor pour la région munichoise. »

EN QUELQUES DATES

1882 Une expérience présentée lors d'une exposition à Munich montre qu'il est possible de transporter l'électricité sur de longues distances. 21 juin 1918 Sous l'influence de l'ingénieur Oskar von Miller, le parlement bavarois lance la construction de la centrale électrique de Walchensee. 24 janvier 1924 Après six ans de travaux, la plus puissante centrale hydroélectrique du monde est livrée. 1983 L'Allemagne donne le statut de monument industriel à la centrale de Walchensee.

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cet article sur Wikio envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
À la une
Jean-Baptiste Collin de Sussy

La sémantique de l'industrie

Ne dites plus industrie, mais redressement productif. C'est désormais le nom de ce ministère qui a vu le jour pour la...

Neri Oxman

L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman

L'architecte et designer Neri Oxman expose au Centre Georges Pompidou, à Paris, ses sculptures...

Guillaume Klossa

"Je suis fasciné par les technologies sans fil"

Guillaume Klossa, qui vient de publier un rapport sur l'impératif industriel, répond à notre...

Arnaud Montebourg

La semaine chargée d’Arnaud Montebourg, et le reste de l’actualité industrielle

On le savait déjà. Ministre est un métier à plein temps. Arnaud...


© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation - RSS - Pour nous contacter