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La capitaine d'industrie

Par PAR OLIVIER JAMES - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3232
Notre héritage constitue une force. Et je dois m'assurer d'en tirer le meilleur.
Notre héritage constitue une force. Et je dois m'assurer d'en tirer le meilleur.
© LUC PERENOM

Christel Bories est arrivée début 2011 à la tête d'Alcan EP, héritage de l'ex-fleuron français Pechiney. Après avoir survécu à l'histoire mouvementée du groupe dans les années 2000, cette femme d'influence doit redresser coûte que coûte une entreprise fragilisée.

Une cafetière solaire trône dans un coin du bureau. Sa petite parabole peut chauffer du café dans une carafe en aluminium en moins de vingt minutes. Alcan Engineered Products (EP) en équipe certaines ONG présentes en Afrique. Pourquoi un tel geste ? « Parce que nous les fabriquons », répond tout à trac Christel Bories. Cette mère de deux enfants, âgée de 47 ans, est pour le moins directe et... pragmatique. Ce qui n'a pas empêché son ascension jusqu'à la tête d'Alcan EP, restes de l'empire Pechiney. L'entreprise réalise 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires, quand l'ancien fleuron industriel français pesait quelque 12 milliards d'euros au début des années 2000. « Notre héritage constitue une force. Et je dois m'assurer d'en tirer le meilleur », assure la directrice générale, nommée en janvier.

À vrai dire, elle n'a pas trop le choix... Christel Bories doit composer avec des actionnaires très... présents. Le Fonds stratégique d'investissement (FSI), qui représente les intérêts de l'État français, a pris 10% du capital. Il est l'un de ses interlocuteurs. Mais c'est surtout au fonds américain Apollo Management, majoritaire avec 51 % des actions, que la capitaine d'industrie doit rendre des comptes. Son actionnaire de référence attend un retour rapide à la rentabilité. « Leurs exigences financières sont très importantes », admet Christel Bories, souriante et ferme. Elle se doit donc d'effectuer des « reporting» réguliers. Une tutelle renforcée début mars avec la nomination d'Arnaud de Weert au poste de « chief operating officer », un transfuge d'Apollo. Chez les syndicats, on l'estime du coup « corsetée », n'ayant d'autres choix que « d'appliquer des décisions ». Une vision que ne partage pas un ancien proche collaborateur : « Ce n'est pas dans sa nature d'être une simple exécutante. »

Une survivante redoutable

Christel Bories devra jouer de toute sa pugnacité pour gagner en autonomie, redonner confiance à 10 000 salariés et remettre sur pied un groupe au passé agité. Un challenge qu'on ne lui a pas confié par hasard. « Christel connaît bien les méthodes des fonds. Elle est capable d'absorber notre culture », estime, confiant, Jean-Luc Allavena, associé au fonds d'investissement Apollo.

L'homme d'affaire a joué les entremetteurs : ancien de Pechiney, il a initié le rachat d'Alcan EP, en 2010, par Apollo et le FSI. C'est encore lui qui a poussé pour que Christel Bories soit nommée à la tête du groupe. Ils se connaissent de langue date : tous deux sont issus de la promo HEC de 1986. Après ses études, Christel Bories a commencé sa carrière dans le conseil, d'abord chez Booz Allen et Hamilton puis au sein du cabinet Corporate Value Associates (CVA). Ses qualités de chef d'équipe apparaissent très vite. « C'est toujours mon modèle, assure Pascale Guasp, sa collègue de l'époque chez CVA. Elle savait dire des choses difficiles avec le sourire. » Et son ancienne collègue de se rappeler les innombrables soirées pizza passées à travailler jusqu'à 2 heures du matin. Christel Bories est une acharnée du travail. « Je n'aimerais pas être son ennemie, car elle peut être redoutable », reconnaît Pascale Guasp. La carrière industrielle de Christel Bories commence réellement en 1993. Elle rejoint alors l'Union minière et y fait une rencontre décisive : celle de Jean-Pierre Rodier. Devenu PDG de Pechiney de 1994 à 2003, le dirigeant deviendra son mentor. « C'est lui qui m'a proposé d'intégrer le groupe en 1995 », se rappelle-t-elle. Depuis, elle n'a pas quitté le navire. D'abord directrice de la stratégie, elle prend ensuite la tête du pôle emballages en 1999, où elle est chargée de « nettoyer le portefeuille ».

Le groupe traverse les années 2000 dans la douleur, mais Christel Bories tient bon et siège au comité exécutif durant toute la décennie. OPA surprise d'Alcan en 2003, rachat par Rio Tinto en 2007, qui se défait de la branche Alcan EP en 2010... « Christel Bories est une survivante », constate Jean-Luc Allavena. Début 2011, elle est nommée administratrice de la banque Natixis. Assurément, cette amatrice de randonnées en montagne ne manque pas de souffle ni de charisme. « Elle m'épate par sa maîtrise du sujet. C'est une femme brillante, une femme d'influence, reconnaît une syndicaliste. Mais elle pourrait avoir une oreille plus compatissante pour ses salariés. » Nombre d'entre eux craignent des coupes sombres dans les sites français. Christel Bories évoque la possibilité de procéder à des cessions. Une « respiration du portefeuille », corrige-t-elle dans un sourire. Sans états d'âme.

Jean-Luc Allavena, associé au fonds Apollo Management

« Christel connaît bien les méthodes des fonds. Elle est capable d'absorber notre culture. »

EN QUELQUES MOTS

Réseau. Issue de la promotion 1986 de HEC, elle y a rencontré Jean-Luc Allavena, qui intégrera plus tard le fonds Apollo. Fidélité. Elle a vécu l'histoire mouvementée du groupe depuis son arrivée en 1995. Travailleuse. C'est sans doute ce trait de caractère reconnu qui explique son ascension croissante au sein du groupe. Décoration. Elle a été élevée au rang de chevalier de la Légion d'honneur en 2010.

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