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La blockchain sur les traces de la supply chain

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Les acteurs de la chaîne d’approvisionnement s’intéressent à cette technologie, née avec le bitcoin, pour rendre les échanges plus transparents et pour en assurer la traçabilité.

La blockchain sur les traces de la supply chain
Walmart, le géant américain de la distribution, teste un registre blockchain pour garantir la traçabilité de ses approvisionnements en porc chinois.

Etes-vous sûr que les lasagnes dans votre assiette sont bien au bœuf ? L’étiquette l’indique. Mais comment être certain que l’industriel qui les a emballées s’est assuré qu’il s’agissait bien de bœuf ? La réponse est moins évidente. Et plus on remonte la chaîne logistique, moins elle l’est. L’agroalimentaire n’est pas un cas à part. Dans tout secteur d’activité, les questions de transparence et de traçabilité de la chaîne d’approvisionnement se font pressantes. Extracteurs de matières premières, producteurs, transporteurs et distributeurs s’échangent, en plus des produits, une multitude de documents (factures, certifications…). Autant de papiers éparpillés – ou de fichiers numériques dispersés dans des systèmes d’information hétérogènes – à gérer… Tracer un produit en suivant ces documents s’avère complexe. Une opacité qui se double d’une défiance croissante des consommateurs et des acteurs de la supply chain.

Walmart semble avoir trouvé une solution avec la blockchain. Début 2017, le géant américain de la distribution a mis en place un projet pilote pour contrôler ses approvisionnements en porc chinois. L’identité de tous les acteurs de sa supply chain (éleveurs, abattoirs, transformateurs, centres logistiques) ainsi que les informations concernant chaque transaction sont enregistrées sur un registre blockchain développé par IBM. Toute personne ayant accès à ce registre peut voir par où, par qui et à quel moment le produit est passé.

Blockchain. Derrière ce buzzword se cacherait donc un outil logistique. Née en 2008 avec la monnaie virtuelle bitcoin, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations. Elle s’apparente à une façon originale et innovante d’organiser une base de données : un grand registre, partagé par l’ensemble des ordinateurs d’un réseau, où il est impossible de modifier une information sans le consensus de tous les ordinateurs. « La blockchain possède trois caractéristiques majeures : elle est transparente, sécurisée et fonctionne sans organe de contrôle », explique Blockchain France, une start-up de conseil, dans son livre « La blockchain décryptée » (éditions Netexplo Observatory, 2016). Transparente puisque chacun peut consulter l’ensemble des échanges inscrits sur une blockchain depuis sa création. Sans organe de contrôle car elle est décentralisée. Sécurisée pour trois raisons : premièrement, l’utilisateur utilise une clé pour entrer sa transaction ou son information ; deuxièmement, la validation des blocs est soumise à un processus, appelé minage, qui certifie certains éléments comme l’identité des parties ; troisièmement, le registre est dupliqué sur les différents serveurs du réseau. Pour falsifier une information, il faut corrompre simultanément plus de la moitié de ces nœuds. Mission quasiment impossible.

Un outil sécurisé parfait pour la logistique

Une technologie garantissant transparence et confiance et une chaîne d’approvisionnement à la recherche de traçabilité. Les deux sont faites pour s’entendre. « La blockchain est un outil parfait pour la logistique. Elle a d’abord été utilisée par des financiers et des informaticiens, parce qu’ils étaient les seuls à la comprendre. Mais ce sont les logisticiens qui auraient dû s’en emparer », assure Clément Bergé-Lefranc, cofondateur de Ledgys, une entreprise qui développe des solutions de blockchain, et consultant. Des démonstrateurs, preuves de concept (POC) autour de la blockchain et de la supply chain, commencent à apparaître. « Après une phase d’acculturation, en 2016, où l’on s’interrogeait sur les défis que pouvait relever la blockchain, 2017 sera une année d’expérimentation. Le déploiement massif de la technologie ne devrait pas commencer avant 2018 », estime Alexandre Stachtchenko, l’un des cofondateurs de Blockchain France.

Tous les secteurs sont concernés. « Nous sommes contactés par les grands acteurs de l’automobile, de l’agroalimentaire, de l’énergie, du luxe… », assure Sébastien Couture, l’un des cofondateurs de Stratumn, une start-up spécialisée dans les infrastructures de blockchain pour les entreprises. Les POC sont réalisés par divers acteurs : des industriels, des logisticiens, des distributeurs, voire des tiers de confiance comme Bureau Veritas. Reste que « les projets, même quand ils concernent la supply chain, sont souvent lancés par les directions financières. La technologie n’est pas encore assez connue des directeurs supply chain », regrette Laurent ­Grégoire, de la chaire supply chain de Centrale Supélec.

Les industriels y voient un outil précieux pour tracer la provenance de leurs produits. « Le label Origine France Garantie nous a contactés pour mettre au point une solution », raconte Christophe de Courson, le directeur général d’Agentic France, consultant en nouvelles technologies. Ce label exige qu’au moins la moitié de la production d’un produit soit effectuée en France. Il est attribué après un audit d’un organisme de certification, renouvelé tous les trois ans. « La blockchain permettrait de faciliter ces audits. Une fois qu’un producteur ou un sous-traitant sera identifié comme français, ces informations seront enregistrées dans le registre et ne pourront pas être falsifiées. » À terme, le consommateur aura accès à une partie de ces informations via une application mobile en scannant un QR code ou un code-barres. La technologie devrait être déployée en septembre?2017.

Un moyen efficace pour lutter contre la contrefaçon

Dans l’agroalimentaire, face à la méfiance des consom­mateurs, la technologie gagne du terrain. L’initiative vient souvent des distributeurs, comme Walmart aux États-Unis et Coop au Royaume-Uni. Mais les industriels se tournent aussi vers la blockchain, tel Fleury Michon, qui a initié un POC pour tracer ses approvisionnements en viande. Autre application prometteuse : la lutte contre la contrefaçon ou toute autre forme de corruption. Elle intéresse particulièrement le luxe. La start-up britannique Everledger a développé un réseau numérique de certification et de suivi des diamants fondé sur la technologie blockchain d’IBM. La jeune pousse recense 40 attributs par diamant (taille, pureté, lieu d’extraction…), qui constituent 40 métadonnées à partir desquelles un numéro de série unique est créé, puis gravé microscopiquement sur la pierre et ajouté à la blockchain. Toutes les données et le numéro de série sont cryptés et répliqués sur chacun des serveurs du réseau Everledger, protégeant ainsi le registre contre toute attaque.

« Le marché du diamant est pertinent pour son utilisation, car la fraude et les problématiques de provenance sont prégnantes », explique Blockchain France dans son livre. Des certificats papier existent, mais Everledger promet un registre inaltérable, mis à jour continuellement et accessible partout. De quoi séduire les distributeurs, notamment Amazon et EBay. Près de 60 % des médicaments achetés en ligne étant contrefaits, selon l’Institut international de recherche anti-contrefaçon de médicaments, la pharmacie est elle aussi intéressée. « La plupart des grands labos lancent des initiatives », avance Christophe de Courson, qui estime que le modèle d’Everledger pour les diamants pourrait être facilement dupliqué.

Les industriels voient aussi dans la blockchain un moyen de contrôler les conditions de travail de leurs sous-traitants. Le textile en tête, souvent épinglé pour les mauvaises conditions sociales et sanitaires dans ses usines. Une loi française adoptée le 21?février contraint les grandes entreprises à s’assurer que leurs sous-traitants respectent les règles minimales en matière d’environnement et de pratiques sociales. La technologie blockchain n’éradiquera pas les mauvaises pratiques, mais elle permettra « de relever des incohérences » selon Clément Bergé-Lefranc. En comparant le nombre de travailleurs déclarés d’un sous-traitant à l’historique de ses volumes de production inscrit dans un registre blockchain, par exemple. Outre la traçabilité, les industriels ont d’autres ambitions pour la chaîne de blocs. Grâce à des smart contracts, des programmes liés à la blockchain permettant de déclencher automatiquement une transaction, ils espèrent accélérer les paiements, et donc les flux. Ces smart contracts permettraient aussi d’automatiser les commandes et d’éviter les stocks dormants.

L’homme, responsable de la véracité des informations

Une supply chain plus transparente, plus fluide et moins coûteuse. Ces promesses sont alléchantes, mais le potentiel de la blockchain ne doit pas être surestimé. « Toute seule, elle ne peut pas tout faire, explique Alexandre Stachtchenko. Si elle sait gérer formidablement bien les actifs numériques, dès que des produits physiques rentrent en compte, il faut ajouter des QR codes, des objets connectés, des capteurs… La blockchain n’est qu’une architecture qui catalyse toutes ces technologies. » Elle repose également sur les hommes, responsables de la véracité des informations qu’ils entrent dans le registre. Une information stockée dans la blockchain est difficilement falsifiable. Mais si elle est fausse au départ, elle restera fausse. En 2017, les premiers résultats des projets pilotes seront dévoilés. Les espoirs se confirmeront ou non. Un moment décisif pour le déploiement de la technologie.

Le vin veut adopter l’outil

Pour les logisticiens, la blockchain promet d’être un bon outil de gestion. C’est du moins l’avis de Dartess, filiale du groupe Tesson spécialisée dans la logistique du vin. L’ETI familiale réfléchit à une solution blockchain adaptée à la filière. « La technologie associée à une puce RFID pourrait permettre de reconstituer l’histoire d’une bouteille, estime Jean-Eudes Tesson, le président du groupe. Elle permettrait aussi de lutter plus efficacement contre la fraude et le vol, de fluidifier les échanges et les traitements douaniers. » Tesson a travaillé avec des start-up et a déboursé une dizaine de milliers d’euros pour lancer une preuve de concept (POC) en novembre. « Nous sommes en train d’évaluer comment intégrer la blockchain à notre système d’information », précise Jean-Eudes Tesson. « La prochaine étape sera de partager les résultats du POC avec d’autres acteurs de la filière pour pouvoir les intégrer à la réflexion et ensuite de déployer la technologie », prévoit-il. Au contact des producteurs, des négociants, des transporteurs, mais aussi des particuliers ­(25% de son chiffre d’affaires est réalisé grâce à l’e-commerce), Dartess est bien placé pour lancer le mouvement.?

 

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