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La belle fringale de Danone

Le 23 juin 2010
Laurent Guez dir. rédaction USN
© B. Martinez

Faire des affaires en Russie, c'est s'exposer à des difficultés et à des imprévus. Mais peut-on faire du business sans prise de risque ?

Ami de Zidane, sponsor du foot et mordu de golf, défenseur de la candidature d’Annecy pour les JO 2018, Franck Riboud vient de jouer un joli coup. Cela fait un peu de bien à la nation, au moment où le drapeau tricolore est quelque peu malmené ! Cette belle performance, le patron de Danone ne l’a pas réalisée sur le fairway ou dans la surface de réparation. Il s’agit d’une action de jeu menée sur le terrain des affaires. En effet, à moins d’un veto des autorités de la concurrence, Danone devrait bientôt devenir le champion du yaourt en Russie.

En fusionnant ses produits laitiers avec ceux du russe Unimilk, il prend la tête du championnat sur un vaste territoire qui comprend la Russie, mais aussi l’Ukraine, le Kazakhstan et la Biélorussie. Une semaine après l’annonce d’une importante acquisition aux États-Unis, cette nouvelle opération illustre la fringale de Danone.

Le numéro un français de l’alimentaire ne découvre pas le pays à cette occasion. Il y est présent depuis vingt ans comme actionnaire minoritaire de Wimm Bill Dan, un fabricant russe de jus de fruits et de produits laitiers dont il devrait bientôt divorcer. Mais avec cette nouvelle fiancée slave, Danone passe à la vitesse supérieure. Le deal qu’il vient de signer avec Unimilk prévoit des apports mutuels d’actifs et un achat de titres (ce qui augmentera son endettement de 1,3 milliard d’euros). À court terme, il contrôlera ainsi la majorité du capital, et même 100% d’ici 2022. Un horizon certes lointain, mais qui montre que Franck Riboud, échaudé par sa mauvaise expérience chinoise (deux ans de conflit fatal avec son partenaire Wahaha), veut maîtriser son destin russe. Il faut lui souhaiter de mieux réussir dans l’ex-empire soviétique que dans l’empire du Milieu.

Ce ne sera pas simple, bien sûr. Nouveau numéro un du yaourt dans une région qui correspond, grosso modo, à l’ex-URSS, Danone est condamné à la vigilance. Faire des affaires en Russie, c’est s’exposer à des difficultés et à des imprévus. Dans son analyse du risque pays, la Coface met en garde les impétrants : « Sur le plan interne, les événements extérieurs ont confirmé la prédominance de l’État et de son premier ministre, Vladimir Poutine, notamment dans l’économie. La Russie pâtit toujours d’un environnement des affaires peu sécurisant. » Mais peut-on faire du business sans prise de risque ?

Alors que la croissance tarde à repartir en Europe, et que la réglementation sur les « allégations santé » menace certaines de ses positions, Danone s’active à juste titre pour grandir dans les pays émergents. Ces derniers, on le sait, modifient leur alimentation à mesure qu’ils se développent. À Moscou, Kiev et Astana, on se lèvera bientôt pour Danette. Et puis, le premier scientifique à avoir démontré les bienfaits du yaourt sur la longévité humaine était un Ukrainien, bactériologiste et Prix Nobel de Médecine en 1908 !

Laurent Guez
Directeur de la rédaction

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