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La BCE brandit à nouveau le spectre de l'inflation

28/03/2008

par Krista Hughes et Gordon Brown

LUXEMBOURG/LE CAP (Reuters) - Une baisse des taux d'intérêt anticipée semble plus éloignée que jamais après les propos sur l'inflation élevée et la croissance économique plus résistante que prévu tenus vendredi par des membres de la Banque centrale européenne.

Axel Weber, président de la Bundesbank et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a indiqué que les taux directeurs de la banque permettraient, à leur niveau actuel, de contenir les anticipations inflationnistes alors que l'inflation se situe à un niveau record de 3,3%.

Le principal taux directeur de la BCE se situe à 4% depuis juin.

"Non seulement les tensions sur les prix sont à un niveau alarmant mais, compte tenu d'une croissance économique de la zone euro modérée quoique fondamentalement solide et d'une croissance de la masse monétaire qui reste forte, il y a encore des risques à la hausse à moyen terme pour la stabilité des prix", a déclaré Weber.

Ces commentaires n'ont fait que renforcer la conviction des investisseurs que les taux d'intérêt n'étaient pas prêts de baisser pour les Quinze, à la différence de ce qui se passe aux Etats-Unis. Ce qui a fait monter l'euro face au dollar.

Autre facteur de maintien des taux, Jürgen Stark, membre du directoire de la BCE, a estimé lors d'une conférence en Afrique du sud, que la croissance économique de la zone euro pourrait être meilleure que prévu.

"Il est fort probable que la croissance économique sera meilleure que prévu (...). A nos yeux, les fondamentaux de la zone euro sont bons", a-t-il dit.

Il a souligné que la zone euro n'avait pas de gros déséquilibres, que la rentabilité des entreprises était bonne et que le marché de l'emploi s'améliorait.

Mais le président de l'Eurogroupe des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a semblé plus préoccupé.

"On voit les premiers signes que l'économie réelle de la zone euro commence à souffrir de l'état général de l'économie mondiale", a-t-il déclaré aux journalistes à Luxembourg.

"Les signes sont là d'un fort ralentissement économique", a-t-il ajouté.

CRAINTES INFLATIONNISTES

Juncker a également critiqué "la volatilité excessive des taux de change". Fait rarissime, Axel Weber a également émis une critique en ce sens.

"L'euro, très récemment, est excessivement volatil, comme les cours de nombreux autres actifs sur les marchés financiers, (...). Nous nous trouvons dans un environnement de volatilité accrue et excessive des marchés financiers", a-t-il déclaré.

L'euro a progressé de 12% par rapport au dollar en 2007 et a enregistré une hausse de 8% depuis le début de l'année, la monnaie unique ayant inscrit un record de 1,5904 le 17 mars.

Le recul du billet vert est lié à la fois aux craintes de voir les Etats-Unis entrer en récession et aux perspectives de nouvelles baisses des taux d'intérêt américains.

"Nous ne pensons pas que le dollar est encore surévalué mais nous sommes d'avis que l'Europe ne devrait pas supporter à elle seule le poids des déséquilibres mondiaux", a déclaré Jean-Claude Juncker.

Le bureau de la statistique de l'Union européenne publiera lundi son estimation d'inflation pour le mois de mars. En Allemagne, elle s'est accélérée (3,2% contre 2,9% en février), selon l'estimation publiée vendredi. nL28701903]

L'inflation en Belgique a atteint 4,4% en mars, son niveau le plus élevé depuis 23 ans.

Jean-Claude Juncker a indiqué être en accord avec la BCE, quand elle dit que la lutte contre l'inflation est sa priorité absolue au moment où la hausse des prix atteint des records.

Jürgen Stark a souligné qu'il fallait distinguer les injections de liquidités décidées par la BCE pour fluidifier les marchés monétaires de la politique monétaire de la banque centrale.

Tout en laissant le coûts du crédit inchangé, la BCE a, depuis l'été, injecté d'importantes liquidités sur le marché monétaire en vue de faire baisser des taux interbancaires qui ont augmenté en raison de la crise du crédit.

Vendredi, la BCE a annoncé qu'elle allait porter de trois à six mois la durée de ses prêts aux banques pour peser sur les taux interbancaires.

Version française Danielle Rouquié

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