La baisse du brut continue
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié leLes risques politiques font peser une menace importante sur le marché des hydrocarbures.
Depuis son sommet du 14 juillet 2006, la cotation rapprochée (livraison octobre) du baril de WTI coté au Nymex a reperdu plus de 20 dollars pour toucher les 60 dollars tout rond durant la séance du 20 septembre. Toutefois, le marché ne semble pas avoir altéré de manière aussi drastique sa vision des cours à moyens termes. La cotation du baril pour livraison janvier 2009 s'est mieux défendue. Depuis son pic à 77,73 dollars le 7 août, elle ne s'est dépréciée que d'une dizaine de dollars pour retomber à 66,13 dollars. Cette divergence des cours indique la sur-réactivité des marchés aux facteurs à court-terme, souligne l'analyste de Barclays Research, Kevin Norrish. Les incidents climatiques (ou leur absence quant aux ouragans), la baisse des tensions au Moyen-Orient et un accès de faiblesse technique du marché de l'essence aux Etats-Unis se sont conjugués pour provoquer la baisse des cours actuels, précise Norrish.

Les estimations provisoires des réserves commerciales de brut dans la zone OCDE pointent sur une augmentation de 15 millions de barils à fin août par rapport à l'année dernière. Si les stocks d'Amérique du Nord ont augmenté de 35 millions de barils, les autres régions en ont perdu 20. Toutefois, rappelle Norrish, exprimé en jours de consommation, les stocks sont à un niveau légèrement inférieurs à celui de l'année dernière.

A terme, l'offre de pétrole pourrait se trouver fortement accrue par la mise en œuvre de nouvelles technologies permettant de forer en eaux profondes à des niveaux non encore atteints. Dans le Golfe du Mexique, à 280 kilomètres au sud de la Louisiane, le puits expérimental Jack a commencé d'extraire du pétrole à 8 000 mètres de profondeur. Chevron Corp. et ses partenaires, Devon Energy et Statoil, pourront également utiliser cette technologie d'avant-garde au large de la Mauritanie ou de la Malaisie. Les puits en eaux profondes, qui extrayaient 3 millions de barils par jour en 2000, pourraient en extraire 10 millions en 2015 estime le directeur de Cambridge Energy Research Associates, Robert Esser.
Ces perspectives pourraient cependant se heurter à une recrudescence des risques politiques pour le secteur des hydrocarbures. Les conditions favorables dont avaient bénéficié les compagnies pétrolières pour investir quand le baril était tombé à 10 dollars sont aujourd'hui violemment remises en cause par les pays producteurs. Une récente étude de l'agence de notation Standard & Poor's dresse la liste des pays qui ont récemment changé les règles de l'extraction de gaz et de pétrole. Pas moins de six pays (Venezuela, Algérie, Russie, Pérou, Tchad et Argentine) ont augmenté leurs impôts ou leurs royalties. Le Venezuela a modifié sa fiscalité pas moins de quatre fois en deux ans.
De plus, expropriation en Equateur, nationalisation en Bolivie et nationalisation rampante au Venezuela touchent désormais les compagnies pétrolières. Si l'on considère que depuis la grande grève de PDVSA, le Venezuela produit largement en dessous de son quota, ses capacités peineront encore plus sans les investissements et la technologie des grandes compagnies pétrolières. Et ce, malgré l'arrivée des nouveaux amis russes, chinois ou iraniens du président Chavez. Dans le tableau des risques politiques des pays pétroliers et gaziers dressé par Standard & Poor's, ce sont les producteurs majeurs dotés des plus grandes réserves qui arrivent en tête : Iraq, Russie et Venezuela. Avec trois autres grands de l'énergie - Iran, Algérie et Nigeria - classés dans un deuxième groupe, ce n'est pas moins d'un quart de la production mondiale d'hydrocarbures qui serait à risque. Un pourcentage qui ne peut qu'augmenter vu l'importance des réserves de ces pays, met en garde l'agence de notation.
Daniel Krajka

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