À Heudebouville (Eure), la business unit Renault Tech adapte les véhicules aux besoins des personnes handicapées. Plus de 1 000 voitures sortent chaque année des trois lignes de production.
C'est une drôle d'usine automobile. Ici, aucune des trois lignes de production - deux pour les Kangoo et Logan, une pour les Trafic et Master - n'est automatisée. "Nous produisons les véhicules à la demande, explique Laurent Delannay, le directeur des opérations de Renault Tech. Chaque voiture est adaptée aux besoins du client. Nous ne pouvons pas lancer de grandes séries." Et pour cause, le site ne fabrique pas de véhicules, il les transforme.
À Heudebouville, dans l'Eure, au bord de l'autoroute A13, cette business unit, créée en 2008, aménage des modèles de la marque au losange pour les personnes à mobilité réduite. "Nous avons trois segments d'activités : la transformation de véhicules utilitaires, celle de véhicules particuliers (pour auto-écoles) et le transport de personnes à mobilité réduite", précise Éric Lemonnier, le directeur général de Renault Tech.
L'usine d'Heudebouville est la seule du groupe qui soit exclusivement dédiée à cette activité. Pour en connaître l'origine, il faut remonter 25 ans plus tôt, quand le frère du patron du site - qui appartenait alors à la société Somac - perdit l'usage de ses jambes dans un accident. Son usine étant déjà spécialisée dans la transformation de véhicules, le dirigeant voulut adapter une voiture afin que son frère puisse y installer à l'arrière son fauteuil roulant, sans avoir l'impression d'être "trimballé dans le coffre". Au début des années 2000, Renault rachète l'usine.
En moyenne, les 110 opérateurs du site sortent quatre Kangoo ou Logan et un Master par jour. Il faut compter deux jours pour les Trafic. Le directeur des opérations, qui travaillait auparavant sur le site de Cléon (Seine-Maritime), une usine géante, relève les différences de cadence : "Ici, le rythme de production s'adapte à celui des commandes et évolue toutes les semaines." Le site d'Heudebouville s'est engagé à tenir des délais de livraison d'un mois à compter de l'arrivée de tout véhicule dans l'usine. "Pour une livraison en France", souligne Laurent Delannay.
Mais avant cette ultime étape, chaque voiture commence par être "déshabillée". On lui ôte des pièces pour faciliter sa transformation. Stockés sur un chariot, ces éléments seront remontés sur le produit fini. Puis le véhicule passe en salle "d'isolement", où des opérateurs démontent des pièces sous la caisse, comme le réservoir d'essence qui sera déplacé. Le plancher doit en effet être découpé, puis remplacé par un autre, plus bas, incliné et spécialement adapté au fauteuil roulant qu'il recevra.
La voiture revient ensuite sur les îlots de la ligne de montage. Les salariés la rhabillent et installent les rampes pour le fauteuil (manuelles ou automatiques). C'est là que sont réalisées les éventuelles retouches de la carrosserie.
Un peu à l'écart se trouve la zone du sur-mesure. Les voitures y sont transformées pour des besoins spécifiques, notamment tout ce qui relève de l'aide à la conduite, telles les commandes à main, centralisées au niveau du volant. "Nous avons produit 55 véhicules en 2011 avec ce système. Cela reste marginal, mais celui-ci est adaptable à l'ensemble de la gamme", précise Laurent Delannay.
Un marché de niche
L'an dernier, le budget R et D de Renault Tech a représenté 1,2 million d'euros, sur lesquels 800 000 euros ont été alloués au transport et à la conduite de personnes à mobilité réduite (TPMR). "Nous avons accès aux informations produits de Renault et cela nous permet de voir si les transformations sont possibles sur les véhicules", souligne Fabien Haglon, le responsable du développement de l'activité "adaptation réglementaire".
Chaque année, Renault Tech lance 15 à 20 projets de R et D. "Il nous faut à peu près un an pour déterminer la transformation, avant de pouvoir commercialiser la voiture." Ces tests ont ainsi montré que la configuration de la Scenic ne permettait pas d'accueillir des fauteuils roulants.
En 2011, l'usine d'Heudebouville a livré un peu plus de 1 000 voitures pour personnes à mobilité réduite, dont 30% à l'export, notamment au Royaume-Uni et en Italie. "Nous développons des contacts en Europe de l'Est, au Maroc, indique Éric Lemonnier. Dernièrement, un marché s'est ouvert pour nous à Singapour : nous avons engrangé 15 commandes en deux mois. Le marché des TPMR reste une niche, mais il répond à un réel besoin. Les mentalités changent, l'espérance de vie augmente, la réglementation et les besoins de mobilité des personnes âgées ou handicapées aussi."
Le coût moyen d'un Kangoo transformé s'élève à environ 25 000 euros pour la France (environ 40 000 dollars). Cela signifie-t-il que seules les personnes financièrement bien loties ont accès au TPMR ? "En France, commente sobrement le directeur général de Renault Tech, les familles reçoivent des aides de l'État pour faciliter l'adaptation de l'environnement de la personne handicapée."
Dernière fierté en date pour Renault Tech : l'apparition d'un Kangoo sorti de l'usine dans le film "Intouchables", grand succès du cinéma hexagonal en 2011. "Le seul hic, c'est que le personnage joué par Omar Sy lui préfère une belle et sportive Maserati..." On peut le comprendre...
Une moyenne d'âge de 35 ans chez les salariés
"À chaque opération, qui dure environ 1 heure 30, on valide une fiche de contrôle qualité. Mais c'est à la fin du processus que le super contrôle a lieu." Animateur d'îlot, Wilfried doit gérer une équipe et la productivité sur l'une des lignes de Renault Tech à Heudebouville (Eure). "Chaque opérateur est spécialisé dans son domaine, mais si un besoin se fait sentir sur un îlot, alors, une personne de l'îlot voisin change de poste et vient donner un coup de main." Lorsqu'un salarié intègre le site, il est débutant et "souvent jeune", indique Éric Lemonnier, le directeur général de Renault Tech. La moyenne d'âge dans l'entreprise est de 35 ans. Il faut deux mois pour que chaque nouveau salarié maîtrise sa fonction et devienne "autonome". Quelques mois lui seront encore nécessaires pour passer au rang d'"expert". "La polyvalence a l'avantage de permettre à l'opérateur d'acquérir de nouvelles compétences au fil du temps, et aussi d'adapter l'effectif au volume de commande", constate Laurent Delannay, le directeur des opérations.









