L'usine militaire d'antidotes
Par PAR GAËLLE FLEITOUR - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3251
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Installée à Chanteau, au nord d'Orléans, la Pharmacie centrale des armées (PCA) produit des médicaments utilisés par les soldats sur les théâtres d'opérations. Elle suscite l'intérêt de nombreux visiteurs venus du monde entier.
Niché au coeur de la campagne orléanaise, le site militaire de Chanteau passe inaperçu. C'est pourtant ici qu'un bâtiment moderne, monobloc blanc, héberge la Pharmacie centrale des armées (PCA). Une structure agréée par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), au donneur d'ordre atypique : le ministère de la Défense. Cette spécificité est due à l'histoire. Après la bataille de Valmy en 1792, l'état-major réalise que si l'approvisionnement avait été mieux organisé, de nombreux soldats auraient pu être sauvés. C'est ainsi que naît en 1794 le Magasin général des médicaments, ancêtre de la PCA, où 70 % des médicaments fabriqués sont à visée opérationnelle. « Notre priorité est de concevoir des antidotes contre les risques nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques, explique Annick Pech, commandant de la PCA. Tout comme des médicaments adaptés à une utilisation en opérations extérieures. » Un dispositif unique en son genre, qui attire des visiteurs du monde entier, car la plupart des États sous-traitent leurs commandes à des laboratoires privés.
Après avoir franchi les contrôles de sécurité du site, l'accès à la PCA n'est pas plus réglementé que celui d'un laboratoire classique. Douze lignes de production, toutes séparées par des sas de confinement, occupent une grande partie des 19 000 mètres carrés de surface développée. Une odeur d'iode flotte. Car c'est ici que sont produites chaque jour 55 000 boîtes de comprimés d'iodure de potassium. Ce médicament, que la PCA est la seule habilitée à fabriquer en France, est utilisé en cas de risque nucléaire. Une partie de son stock a d'ailleurs été distribuée en mars au Japon aux expatriés français, après la catastrophe de Fukushima.
Dans une pièce, deux opérateurs mélangent dans un fût le principe actif d'iode et des excipients. Le produit est ensuite compacté afin d'alimenter plus facilement la presse à comprimés. Au plafond, un système de traitement de l'air permet de maîtriser les taux d'oxygène et d'humidité, auxquels l'iode est sensible. Dans une salle attenante, un technicien contrôle la sécabilité et l'épaisseur des comprimés. Ils sont ensuite déversés dans une troisième pièce, via une trémie d'alimentation, où ils sont conditionnés sur un plateau autour duquel cinq opérateurs évoluent. Placés dans des blisters en aluminium, les médicaments pourront être consommés dans les sept ans.
Sur la centaine de personnes travaillant à la PCA, près de 80 sont des civils. Mais les neuf postes de pharmaciens sont principalement occupés par des militaires. Comme le pharmacien en chef Sébastien Bardot, qui manage le processus industriel. Il est également chargé du développement galénique, qui s'effectue dans les laboratoires situés dans une autre aile du bâtiment. Ici, 29 spécialistes (techniciens, manipulateurs...) effectuent une R et D appliquée. Limitée aux développements galénique, analytique et réglementaire, la recherche et le développement sont focalisés sur les besoins des militaires sur le terrain qui nécessitent des modes d'administration et des conditionnements de produits spécifiques. La PCA a ainsi mis au point un dispositif d'auto-injection de morphine pour qu'un combattant blessé puisse traiter lui-même sa douleur.
En joue, prêt, auto-injecter !
Sur la trentaine de produits fabriqués à la PCA, c'est l'Ineurope qui a nécessité le plus de travail : dix ans de développement. « Il s'agit d'un dispositif d'auto-injection prérempli que les soldats s'administreront sur ordre des autorités en cas d'attentat terrestre chimique, explique Annick Pech. Il contient une trithérapie dont les principes actifs se reconstituent en quelques secondes. Une fois la sécurité d'injection retirée, l'injection peut être faite à travers le treillis. » En espérant qu'il ne sera jamais nécessaire d'y avoir recours.
1794 Création du Magasin général des médicaments au sein de l'École militaire, par deux pharmaciens aux armées. 1903 Installation de l'établissement dans des bâtiments spécifiques aux Invalides. 1971 Son industrialisation conduit la Pharmacie des armées (PCA) à déménager sur le site de Chanteau. 2003 Inauguration par le ministre de la Défense de la PCA, reconstruite dans un établissement monobloc pour être en conformité avec les bonnes pratiques de fabrication. 2005 Prix Galien de la recherche pharmaceutique pour le développement du dispositif d'auto-injection Ineurope.











