L’usine hydroélectrique de Belo Monte devient un enjeu électoral
Par Yann Le Houelleur - Publié le
Face au tir de barrage de l’opposition, à l’approche des élections présidentielles (premier tour en octobre), Lula défend la mise en œuvre de ce méga chantier en pleine région amazonienne. L'enjeu lui évoque de très mauvais souvenirs : un black-out géant, en 2002.
Celle qui devrait bientôt devenir la troisième usine hydroélectrique au monde, le barrage de Belo Monte, devient un vrai enjeu électoral. Le résultat de l'appel d'offres et la contestation de l'ouvrage par les écologistes intervient au moment même où démarre la campagne. En octobre et novembre prochains en effet seront élus non seulement le président de la Fédération brésilienne, mais aussi les députés ainsi que les gouverneurs des 27 Etats (scrutin à deux tours). Le président Lula semble avoir fait du futur méga barrage en pleine région amazonienne l’un des fers de lance du programme du Parti des travailleurs, clef de voûte d’une vaste coalition actuellement au pouvoir, face au PSDB, le Parti social démocrate brésilien, le principal parti d’opposition.
Lors d’une émission télévisée, le lundi 26 avril, Luiz Inacio Lula da Silva a justifié la mise en œuvre du chantier de Belo Monte en attaquant ce que les Brésiliens appellent «apagão eletrico». En 2001, pendant plusieurs jours, le courant vint à manquer dans plusieurs régions du pays, en raison d’une consommation d’électricité excessive par rapport au parc hydroélectrique et autres sources d’énergie. A cette époque, Fernando Henrique Cardoso, l’un des grands pontes du PSDB, présidait aux destinées du Brésil, et Lula se sert bien évidemment de tels souvenirs, peu concluants, pour attaquer la gestion du PSDB.
En raison de la croissance du PIB attendue...
L’ex syndicaliste Luiz Inacio Lula da Silva veut se forger l’image d’un chef d’état moderne incarnant le renouveau industriel du Brésil, certains de ses discours rappelant, étrangement, les visions futuristes des militaires dans les années 70. Mais Lula veut aussi défendre l’idée selon laquelle le Brésil ne saurait aller de l’avant, sur le plan industriel, sans l’élargissement de son infrastructure énergétique. Les prévisions économiques et autres statistiques semblent lui donner raison: la croissance attendue de l’économie brésilienne (+ 5 % envisagés cette année) suppose que la capacité de production soit accrue de 4.000 à 5.000 mégawatts par année, exactement ce qu’est censé produire le futur barrage hydroélectrique de Belo Monte, appelé à entrer en fonctionnement dans cinq ans.
Le président Lula est la cible de critiques, notamment, de Marina Silva. Fille d’une famille de travailleurs pauvres de l’Amazonie qui donnèrent leur sang pour la prospérité de la défunte industrie du caoutchouc, elle fut son ministre de l’Environnement jusqu’en 2008. Cette figure charismatique devrait défendre les couleurs des écologistes lors de l’élection présidentielle et elle tire à boulets rouges sur la future usine de Belo Monte.
Très énervé, l’actuel président, face à de telles attaques, répond que sans nouvelles usines hydroélectriques, le Brésil sera obligé de se doter d’usines thermiques, dont on connaît les nuisances en terme de pollution. Et d’ajouter : «Chaque megawatt/heure produit à Belo Monte devrait coûter 78 reais (33 euros) contre 200 reais s’il s’agissait d’une usine thermique.»
Yann Le Houelleur

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