En République tchèque et en Jordanie, les nouvelles de ces derniers jours ne sont pas engageantes pour le champion français du nucléaire. Mais est-ce réellement une succession de coups durs ?
"L'entreprise n'a pas remis ses rapports à temps, et les découvertes d'uranium qu'elle a annoncées étaient inexactes". C’est en ces termes que la Commission jordanienne pour l'énergie atomique aurait justifié l’annulation d’une licence d'exploitation d'uranium d'Areva dans le pays.
"Un accord mutuel"
En fait d’annulation d’une licence d’exploitation, il s’agit de l’échéance normale d’une convention d’exploration. Areva a d’ailleurs démenti ces informations parues dans la presse, ce mercredi 24 octobre. "Les autorités jordaniennes ont décidé de ne pas prolonger la première étape du partenariat minier, arrivé à échéance début 2012. En conséquence, le partenariat minier a pris fin à l’amiable en application des accords conclus entre la Jordanie et Areva", justifie le groupe dans un communiqué.
Version identique du côté de l’agence de presse jordanienne Petra qui affirme que "la convention minière a été résiliée par consentement mutuel de toutes les parties".
Il semblait d’ailleurs étonnant que la Jordanie dénonce Areva et des "découvertes inexactes" alors même que le nucléariste français est présent dans le pays via sa filiale JFUMC (Jordanian French Uranium Mining Company). Or celle-ci a été fondée à parité avec l’Etat jordanien en janvier 2009.
"Cela ne remet donc pas en cause nos relations avec la Jordanie", essaie-t-on de rassurer chez Areva. Et pour cause. Le gouvernement doit annoncer sous peu le nom de la compagnie qui construira le premier réacteur nucléaire du royaume, pour laquelle Areva a fait une offre conjointe avec le japonais Mitsubishi. Ils sont confrontés au groupe russe Atomstroyexport. "Ce qui jouera dans cet appel d’offre, c’est vraiment le réacteur qui sera proposé", explique Nicolas Goldberg, consultant énergie chez Colombus consulting. "Le fait que le contrat d’exploration n’ait pas été renouvelé ne devrait donc pas remettre en cause la position d’Areva dans la course".
Si l’événement n’est donc pas aussi grave qu’il n’y paraît, il est toutefois le signe d’une certaine inquiétude, et de la fébrilité qui plane au-dessus de ce fleuron de l’industrie française. Les difficultés rencontrées en France et en Finlande ne sont pas pour rassurer. D’autant plus que Luc Oursel a fixé la barre haute - vendre 10 EPR d’ici à 2016 - et que le dossier d’Areva a été recalé une première fois en République tchèque.
Areva continue de croire en ses chances à Temelin
Le 5 octobre dernier, on apprenait que l’électricien tchèque CEZ avait écarté Areva de l’appel d’offres pour deux tranches supplémentaires de la centrale de Temelin. Le groupe avait pourtant bon espoir de tenir la dragée haute à Westinghouse (contrôlé par le japonais Toshiba) et au consortium des russes Atomstroïexport et Gidropress alliés au tchèque Skoda JS afin de vendre un EPR dans le pays.
Selon la presse locale, le français aurait été trop vague dans les réponses formulées à CEZ. Areva aurait notamment refusé de s'engager sur un prix fixe et sur la date de l'achèvement de la construction des EPR qu'il propose, rapporte le Lidove Noviny. Un flou qui aurait pu soulever une certaine inquiétude inhérente aux obstacles que rencontrent les EPR à Flamanville et Okiluoto.
"Nous ne commenterons pas", répond Areva, interrogé par L’Usine Nouvelle. "Ce que nous pouvons affirmer en revanche, c’est que nous sommes bien déterminés à revenir dans l’appel d’offres". Le groupe a effectivement remis des objections le 19 octobre dernier. CEZ doit désormais étudier le dossier. Il a jusqu’au 29 octobre pour se prononcer.
La bonne nouvelle pour Areva en ce début de semaine aura surtout été l’imminente finalisation de son plan de cession. Le spécialiste de l’atome a annoncé être entré en négociations exclusives avec le fonds d'investissement français Astorg en vue de lui vendre sa filiale de mesure de radioactivité Canberra. En vendant sa filiale, il pourrait finaliser plus tôt que prévu les 1,2 milliard d’euros de cessions prévus dans son "Plan d’Action 2016". Un plan imaginé afin de compenser les pertes de 1,9 milliard liées aux provisions passées pour les EPR et la dépréciation de la société minière Uramin... La boucle est bouclée !









