En pleine contestation de la loi Pécresse sur l'autonomie des universités, Microsoft a signé un partenariat avec l'université Claude Bernard à Lyon. Le groupe privé apportera 180 000 euros sur trois ans, dont un tiers servira à financer des bourses d'étud
En pleine contestation contre la loi sur l'autonomie des universités, l'annonce ressemble à un pied de nez. Cette semaine, le géant mondial de l'informatique Microsoft a signé un accord de partenariat avec l'université de Lyon 1 . Une première pour une université française.
Le groupe privé devrait apporter 180 000 euros sur trois ans à l'université dont 60 000 euros seront alloués à l'attribution de bourses aux étudiants défavorisés.
Pour Lyon 1, cet accord ne devrait être que « le premier d'une longue série ». « Nous sommes en contact avec d'autres grands groupes. Un projet de charte partenariale est en cours de finalisation avec le Medef, la CGPME et le pôle métallurgie de Rhône-Alpes pour étendre cette collaboration aux PME. Des accords similaires devraient être signés en février avec les quatre pôles de compétitivité de la région », énumère Gérard Posa, le directeur de la Fondation Lyon 1.
Création de passerelles
Avec près de 28 000 étudiants en sciences, médecine et pharmacie, l'université Claude Bernard a créé dès juillet sa fondation partenariale pour resserrer ses liens avec le tissus économique.
Intérêt de l'accord : pour l'université, des fonds et des possibilités d'insertion professionnelle pour ses étudiants. Pour l'entreprise, l'accès à des futurs diplômés et la création de passerelles avec les enseignants-chercheurs. « C'est très utile pour nous de voir comment les enseignants et les étudiants utilisent nos technologies. Cela nous aide aussi à comprendre les diplômes et les profils issus de l'université pour notre recrutement », explique Eric Le Marois, le directeur éducation de Microsoft
France.
Selon les termes du partenariat signé, Microsoft informera les étudiants de Lyon 1 des stages et emplois disponibles dans l'entreprise, ainsi que des opportunités de doctorat ou de travaux de recherche post-doctorat en son sein. Le groupe américain mettra aussi gratuitement à disposition ses logiciels ainsi que la plate-forme de formation aux nouvelles technologies IT Academy. Il devrait également développer pour l'université de nouveaux outils pédagogiques.
"Aucune influence sur l'enseignement"
Faciliter ce type d'échange entre privé et université, c'est justement l'un des aspects de la loi sur l'autonomie des universités adoptée en août. Le texte élaboré par Valérie Pécresse, la ministre de l'Enseignement supérieur, prévoit, entre autres, la création de fondations patrimoniales chargées de drainer des fonds privés complémentaires pour les universités.
Une mesure que critiquent les étudiants [voir ci-contre], craignant une orientation de l'université au service des entreprises. Une crainte que rejette Lyon 1. « On doit faire preuve de pédagogie. Si on peut aider les étudiants en difficulté grâce aux fonds privés, je ne vois pas le problème. Bien sûr, si ces même fonds privés ne servaient qu'au décorum de l'université ou se substituaient à l'Etat, cela serait choquant. Mais ce n'est pas le cas. Nous souhaitons qu'une partie des fonds privés retourne aux étudiants», rassure Gérard Posa.
L'accord ne comporte « aucune influence ni sur l'enseignement, ni sur la recherche » de la part de l'entreprise, affirme de son côté Microsoft. Aucune influence mais des « propositions ». « On va apporter du contenu pédagogique avec IT Academy mais les enseignants seront libres de les utiliser ou non. C'est la même chose pour les logiciels libres, l'université pourra les utiliser si elle le souhaite », reprend Eric Le Marois.
Dans les grandes écoles, Sciences Po ou l'école polytechnique ont déjà signé des accords similaires avec Microsoft.
Solène Davesne
Etudiants : vers une sortie du blocage ?
C'est peut-être le début de la fin de la crise. Alors que les étudiants bloquent depuis trois semaines une trentaine de campus pour réclamer l'abrogation de la loi Pécresse sur l'autonomie des universités, la ministre de la Recherche a fait hier des avancées.
Elle s'est engagée à publier une « circulaire » garantissant que la préinscription à l'université n'entraînera pas de sélection à l'entrée. Elle a également annoncé un « plan pluriannuel » pour la réforme de l'encadrement de la licence. Pour éviter l'instauration d'un système à plusieurs vitesses, la ministre s'est engagée à uniformiser les intitulés des diplômes universitaires.
Le Premier ministre, François Fillon, a aussi annoncé cette semaine une hausse de 50 % du budget annuel des universités en cinq ans. Ce dernier sera porté à 15 milliards d'euros en 2012 contre 10 milliards actuellement.