L'outre-mer, des économies en voie de paupérisation

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3136

La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont les régions de l'Union européenne ayant enregistré les plus forts taux de chômage en 2007. Les Antillais doivent également faire face à une hausse générale des prix, avec des revenus trop bas.

« Un énorme gâchis ! » Tous deux emploient les mêmes mots et dressent un constat identique : la crise en Guadeloupe aurait sans doute pu être évitée. Ou, à tout le moins, être solutionnée beaucoup plus tôt. Elle est UMP. Il est socialiste. Brigitte Girardin a été la ministre de l'Outre-mer, entre 2002 et 2005, dans les gouvernements Raffarin. Axel Urgin est l'ancien directeur de cabinet des ministres socialistes de l'Outre-mer Jean-Jacques Queyranne et Christian Paul, entre 1999 et 2002, dans les gouvernements Jospin.

Brigitte Girardin et Axel Urgin déplorent l'attentisme du gouvernement, qui a mis quinze jours avant d'écouter les revendications du collectif LKP. Et ils fustigent le lâchage du secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo. Celui-ci s'était engagé, le 8 février, à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, à ce que l'Etat règle l'ensemble des charges sociales sur les salaires compris entre le Smic et 1,4 fois le Smic. Ce qui entraînerait une hausse de 200 euros des bas salaires, comme le réclamait le LKP. Yves Jégo a finalement été désavoué par le Premier ministre, François Fillon.

Brigitte Girardin avait tenté de tirer la sonnette d'alarme avant même que n'éclate le premier signe avant-coureur, fin novembre, quand la Guyane s'était mobilisée contre le prix élevé des carburants. Le 28 octobre, dans le quotidien « France-Antilles », l'ex-ministre dit avoir « le sentiment que l'outre-mer n'est plus une priorité » pour le gouvernement. Sollicitée par des chefs d'entreprise antillais, elle déplore le plafonnement de la défiscalisation et la baisse des exonérations de charges sociales prévus dans le cadre du budget 2009.

Véritable pénurie d'emplois

Brigitte Girardin assure qu'« il aurait fallu booster » les deux principales dispositions de sa loi-programme, votée en 2003, au lieu de les limiter. Cela a brisé la confiance au plus mauvais moment. La défiscalisation et la baisse des exonérations de charges sociales sont « deux outils qui compensent des handicaps » propres aux économies ultramarines. A savoir, l'étroitesse de leurs marchés, des pays voisins aux faibles coûts salariaux, des frais de transport élevés depuis la métropole, des monopoles de marché...

« La crise intervient alors que l'outre-mer fait face à une paupérisation accélérée, constate Axel Urgin. La hausse des prix, supérieurs d'environ 40 % à ceux de la métropole, n'a pas été compensée par une hausse des revenus disponibles, qui sont inférieurs d'environ 50 % par rapport à la métropole. ». Les fonctionnaires perçoivent, eux, un salaire majoré d'au moins 40 %, au titre de la vie chère. Le salaire médian de la Guadeloupe reste inférieur de 1 000 euros par rapport à la moyenne nationale.

Beaucoup de jeunes, parfois surqualifiés, sont en concurrence pour occuper de rares emplois sous-qualifiés. La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont les régions de l'Union européenne ayant enregistré les plus forts taux de chômage en 2007, selon l'office des statistiques Eurostat.

La Réunion (802 000 habitants) a connu en 2007 un taux de chômage de 25,2 % ; la Guadeloupe (405 000 habitants), de 25 % ; la Martinique (402 000 habitants), d'un peu plus de 22 %, et la Guyane (221 000 habitants), de 21 %. On comprend mieux pourquoi près d'un million de personnes originaires des départements d'outre-mer préfère vivre en métropole...

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