L'oracle de l'Arkansas
Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
Présent dans les centres urbains, comme dans l'Amérique profonde, Wal-Mart est, pour cela, l'un des meilleurs baromètres qui soit.
Son quartier général se situe à Bentonville, une bourgade de l'Arkansas. Pourtant Wal-Mart est la plus grosse entreprise aumonde. Chaque jour, elle réalise plus de un milliard de dollars de chiffre d'affaires : 401 au total en 2008. Son bénéfice opérationnel est supérieur au PIB de la Côte d'Ivoire. Elle emploie 1,8 million de salariés et plus de 180 millions de chalands fréquentent ses magasins. Alors que les Etats-Unis ont vu leur PIB se contracter de 6,2% au quatrième trimestre, alors que lemoral des consommateurs y est au plus bas, alors que Barack Obama vient de présenter un budget en déficit de 1750 milliards de dollars, les ventes du géant de la distribution ne fléchissent pas. Il faut s'y intéresser pour au moins trois raisons.
C'est d'abord, bien sûr, l'attitude des Américains face à la crise. Présent dans les centres urbains, comme dans l'Amérique profonde, Wal-Mart est, pour cela, l'un des meilleurs baromètres qui soit. Outre-Atlantique, le groupe qui a inventé le discount donne le « la » sur de nombreux marchés, y compris celui de la pharmacie, avec lequel il a lancé une gamme de génériques à 4 dollars. Au quatrième trimestre 2008, la consommation a chuté de 4,3% au Etats-Unis. Le distributeur a, lui, vu ses ventes bondir de 6%. Le signe que l'Amérique est entrée dans l'ère de la frugalité. Autre icône du « Value for Money », McDonald's voit aussi son modèle tenir bon. Ces deux entreprises figurent parmi les rares valeurs épargnées à Wall Street.
Wal-Mart, c'est ensuite une certaine Amérique qui est en train de s'effacer. C'est la bête noire de tout ce que les Etats-Unis comptent d'altermondialistes et de « libéraux ». On ne dénombre plus les « Class Actions », les pétitions ou les boycotts le visant sur sa politique salariale, le droit des femmes ou ses méthodes d'achats. Le groupe est surtout célèbre par son antisyndicalisme forcené. Depuis quelques années, Wal-Mart multiplie les efforts, certains réels, pour redorer son blason en matière d'environnement ou de responsabilité sociale. Il pourrait être rattrapé par l'histoire et l'ambitieux agenda social de Barack Obama. Pour le président américain, les syndicats « ne sont pas une partie du problème », mais une « partie de la solution ». Il y a peu, « Newsweek » a fait sa couverture sur le titre: « Nous sommes tous socialistes », relevant en quoi les Etats-Unis allaient ressembler à la France. De quoi faire s'étrangler plus d'un conservateur. Ou d'un patron deWal-Mart.
Avec quelques autres comme Carrefour, Ikea ou Tesco, Wal-Mart c'est, enfin, le symbole de l'occidentalisation des modes de consommation à travers le monde. Unmonde qui, dans les pays émergents, se divise en deux. Les ménages pauvres, qui s'approvisionnent au jour le jour dans un commerce de détail plus ou moins informel ; et les centaines de millions de représentants de la nouvelle classe moyenne pour qui le commerce organisé représente l'accès à lamodernité. C'est sur cette classe moyenne que Wal-Mart a bâti son expansion depuis qu'il est -après un long isolationnisme- sorti de ses frontières. Ses ventes internationales (un quart du total, soit à peu près le chiffre d'affaires de Carrefour) croissent deux fois plus vite que lamoyenne. Derrière la résistance de ses courbes de ventes en Chine ou au Brésil, se lira bien plus que la santé de Wal-Mart. Il faut s'intéresser à Bentonville. On peut y lire l'avenir du monde.
Pierre-Olivier Rouaud

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