L'OPEN BIC VOGUE À LA CONQUÊTE DES ÉCOLES DE VOILE
Par YVES DOUGIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3012Le dériveur léger de Bic Sport devrait amariner les adolescents avides de sensations et détrôner l'Optimist
Une coque en polyéthylène thermoformée de 2,75 mètres de long pour 1,14 mètre de large, 45 kilos, une voile unique de 4,5 mètres carrés, transparente, qu'il suffit d'enfourner sur un mât de verre époxy, comme pour une planche à voile. Le plan de l'Open Bic est simple et efficace. Ce dériveur, conçu et dessiné par l'architecte naval italien Daniele Vitali et fabriqué depuis quelques semaines par Bic Sport, devrait redonner envie aux enfants de faire de la voile. La plupart des spécialistes y voient là le futur concurrent de l'Optimist. Même si la filiale vannetaise du fabricant français de briquets se défend de vouloir faire de l'ombre à ce symbole du nautisme, à la barre duquel plusieurs générations de marins ont goûté leurs premières risées, la menace semble pourtant bien réelle. Et pour cause : cette « caisse à savon » insubmersible, dessinée par Clark Mills en 1947 et utilisée pour l'initiation des enfants dans les écoles de voile du monde entier, a pris un sacré coup de vieux.
Sa vieille carène ventrue a de plus en plus de mal à rivaliser avec les sensations qu'offrent les coques plates modernes, inspirées de la planche à voile, ou encore du kitesurf propulsé par un cerf-volant. Notamment chez les adolescents, qui, passées les premières années de découverte, abandonnent la voile classique pour la glisse. En lançant son dériveur, Thierry Verneuil, le P-DG de Bic Sport (18 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2005), a bien compris l'intérêt que celui-ci pourrait susciter auprès de cette population, cible de reconquête de la Fédération française de voile et des clubs de régates. La carène « planante » de l'Open Bic, dessinée pour déjauger dès qu'il y a un peu de vent, donne au marin des sensations de glisse comparables à celles des dériveurs de course. La sécurité en plus : son cockpit autovideur permet d'évacuer l'eau dans toutes les positions, même lorsque le bateau est retourné et facilite sa remise à flot. L'absence de panneau à l'arrière rend aisée la remontée à bord. Et constitue un autre plus face à son aîné, dont la hauteur de flanc complique la manoeuvre. « L'Optimist devrait garder sa place encore longtemps dans les écoles de voile, notamment pour l'initiation des jeunes enfants, assure toutefois Benoît Tréguilly, responsable de la communication chez Bic Sport. En revanche, l'Open Bic pourrait prendre le relais chez les adolescents qui souhaitent passer à autre chose et les adultes débutants », poursuit-il.
La Fédération française de voile ne s'est pas encore prononcée officiellement sur le sujet. Elle voit toutefois dans l'Open Bic un moyen intéressant d'enrayer la baisse, lente mais régulière, du nombre de licenciés. Mais Bic Sport ne souhaite pas tout miser sur les écoles de voiles, et compte bien faire de son "dernier né" un petit dériveur familial, transportable et multipassagers. Seule limite : le poids total à bord ne doit pas dépasser 90 kilos. Le site industriel de Vannes, réaménagé en conséquence, a déjà commencé de produire. Le réseau mondial de distributeurs spécialisés de la marque, dont 60 % du chiffre d'affaires se fait à l'export, est prêt pour les premières livraisons. Le bateau devrait faire ses premières mises à l'eau cet été.

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