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L'odyssée finale du TK Bremen

Par TEXTE : OLIVIER COGNASSE. PHOTOS : PASCAL GUITTET - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3268

Trois semaines pour faire disparaître ce vraquier de la plage d'Erdeven (Morbihan). C'est la mission confiée à Euro Demolition et à ses sous-traitants. Ils doivent rendre un site propre le 6 avril au plus tard.

Une mer plate sous un tapis nuageux. Quelques rais de lumière fouettent l'épave du TK Bremen échouée sur la plage de Kerminihy. Le vraquier de l'armateur turc Blue Atlantic Shipping Ltd subit les assauts de la cisaille qui grignote sa robe d'acier de 2000 tonnes. Drossé à la côte en pleine tempête Joachim, dans la nuit du 15 au 16 décembre, le TK Bremen termine son odyssée au pied de dunes classées Natura 2000. La découpe a débuté le 7 janvier. La moitié de la coque a déja été débitée.

L'accès au chantier depuis le bourg d'Erdeven tient du parcours du combattant. La société Sotrana a clôturé le site. À l'entrée, les gros bras de la SGS assurent le filtrage pour empêcher les badauds de pénétrer. « Tous les jours, nous sommes obligés de raccompagner et de verbaliser des curieux », déplore Olivier Mélo, le patron de cette entreprise lorientaise de sécurité. Les balades sur la plage patienteront. Euro Demolition s'emploie à faire disparaître l'épave du TK Bremen.

Cette entreprise néerlandaise a été désignée par l'assureur du navire, maître d'oeuvre de la déconstruction du vraquier. Les prestataires capables de détruire un tel navire se comptent sur les doigts d'une main en Europe. Il n'en existe aucun en France. Le gouvernement s'est engagé, fin 2010, à mettre en place une filière hexagonale de démantèlement des épaves de navire après le parcours chaotique de l'ex-porte-avions Clemenceau, parti en Inde, avant de finir dans un chantier britannique. On en est encore loin.

Deux mille tonnes d'acier à récupérer

Euro Demolition se charge du découpage de la coque avec une grue munie d'une cisaille capable d'exercer une pression de 15 tonnes. Une partie de sa mission est déléguée à des entreprises locales, notamment les Recycleurs Bretons qui s'occupent de la gestion et du traitement des déchets et hydrocarbures. Son patron, Pierre Rolland, se félicite d'avoir été sélectionné : « Notre réactivité a été appréciée. Nous avons été capables de nous mobiliser entre Noël et le jour de l'An pour assurer la dépollution du navire. »

Lors de son naufrage, le TK Bremen a laissé échapper plus de 50 tonnes de carburant. Les Recycleurs bretons ont pompé ce qui restait dans les cuves du navire. Une zone de travail et des chemins ont été aménagés sur la plage pour faciliter l'évacuation des déchets. « Le travail n'est jamais fini. Il reste toujours des résidus à enlever lors de la déconstruction. Il faut nettoyer et dégraisser les cuves lorsqu'elles sont accessibles après la découpe de la tôle », précise Jacques Marchand, le responsable du chantier pour l'entreprise brestoise.

Les Recycleurs Bretons récupèrent tous les éléments intérieurs, comme le bois. Mais c'est surtout l'acier qui les intéresse. L'entreprise se paiera en partie sur la vente des 2 000 tonnes d'acier. Les plaques qui jonchent la plage sont découpées en petits morceaux par la grue d'Euro Demolition pour faciliter leur transport. Elles seront acheminées vers le port de Lorient pour embarquer à destination d'aciéries espagnoles et peut-être portugaises. « Il y a quelques semaines, le cours de l'acier était plus élevé », regrette Pierre Rolland.

Dès que des traces d'hydrocarbures sont repérées à la surface des vagues, un Zodiac est mis à l'eau, afin de récupérer les fuites de fioul. Euro Demolition compte terminer la déconstruction le 1er février au plus tard. Quand le navire aura totalement disparu, il restera à remettre en état l'ensemble du site. Et à prier sainte Anne d'Auray, dont le sanctuaire est tout proche, pour éviter une nouvelle catastrophe.

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