L’IRSN préconise des noyaux durs pour les réacteurs nucléaires
Par Ludovic Dupin - Publié le
Dans le cadre des stress test post-Fukushima, l’IRSN juge les réacteurs français sûrs et aucun ne mérite d’être fermé. Mais pour répondre à un accident non-imaginé jusqu’alors, comme celui du Japon, l’expert invite à surprotéger les fonctions vitales de secours.
Alors que les politiques s’affrontent sur la question de l’avenir du nucléaire tricolore, les experts français sont encore plongés dans les conséquences de l’accident de nucléaire de Fukushima de mars dernier. L’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (l’IRSN) a remis ce jeudi 17 novembre un rapport de 500 pages à l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Ce document évalue les rapports remis par les exploitants nucléaires français (EDF, Areva, CEA) sur la capacité de leurs installations à résister à des agressions extérieures d’une puissance supérieure aux marges de sûreté prévues à la conception des installations nucléaires.
Pour être capable de répondre à l’inimaginable, la principale préconisation de l’IRSN est la mise en place de "noyaux durs". Ces noyaux durs seraient des structures dimensionnées pour résister à des agressions extérieures d’une puissance bien supérieure aux aléas de références (en plus des marges de sécurité) ou à la combinaison d’adressions extérieurs. Ces lieux abriteraient les matériels nécessaires à éviter une catastrophe en cas d’accident sur la centrale comme des pompes, des générateurs, des réserves de fuel, des tuyauteries… Ils protégeraient aussi les personnels de conduite de l’installation dans des postes de contrôle délocalisés. Aujourd’hui, la sûreté de ces lieux est plutôt sous-dimensionnée par rapport à celle des principaux bâtiments des réacteurs.
Concrètement, un poste de contrôle aujourd’hui est plus fragile à un séisme que le bâtiment réacteur, ou alors il n’est pas protégé des gaz toxiques si une installation chimique explosait à proximité. Autre exemple, les filtres à sable, qui limitent la diffusion de césium dans l’atmosphère en cas de perte de confinement, sont sensibles aux tremblements de terre. Le réacteur EPR en construction à Flamanville est naturellement mieux protégé que les anciennes tranches françaises et la mise en place de noyaux durs y serait d’autant plus simple que la construction est en cours, juge Jacques Repussard, le directeur de l’IRSN.
Risques naturels
L’IRSN fait également d’autres recommandations moins importantes. D’une part, il relève des écarts par rapport au référentiel de sécurité sur beaucoup de sites. Ces écarts sont inévitables mais, l’expert français, juge que les exploitants doivent travailler sur les procédures de remise et de maintien en conformité des sites. Ce qui implique de revoir des paramètres socio-économiques. Comprendre : des besoins en hommes et en investissements.
D’autre part, l’IRSN juge également que certains sites ne "paraissent pas en ligne avec les risques naturels" de type séismes et inondations au regard de la connaissance acquise. Ainsi, les références sismiques devraient être revus à Civaux (Vienne), au Bugey (Ain) ou à Fessenheim (Haut-Rhin). Les risques d’inondations doivent aussi être rediscutés autour de certains réacteurs comme ceux de Saint-Laurent (Loir-et-Cher). En plus, des dangers naturels, les sites nucléaires de Gravelines (Nord), Saint Alban (Isère) et du Tricastin (Drôme), doivent mieux prendre en compte les risques liés à la présence d'installations industrielles telle que des usines chimiques aux alentours.
Valeur d'avis
L’ensemble de ces propositions n’ont, pour l’heure, valeur que d’avis. C’est maintenant à l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) d’en tirer ses propres conclusions avant de remettre un rapport à l’union européenne début 2012 et un autre au premier ministre "lorsque celui-ci le demandera", explique le président André-Claude Lacoste. Ce dernier juge que l’idée de noyaux durs est intéressante mais la conséquence de leur mise en place sur le reste des installations doit encore être jugé.
André Claude Lacoste a largement insisté sur le fait que la remise de ce rapport ne marque pas la fin d’un travail mais seulement son début. L’analyse des conséquences de l’accident de Fukushima pourrait prendre une décennie. De même si, l’ASN décide, début 2012, d’imposer à EDF la construction de noyaux durs sur ses 19 centrales, cela demanderait beaucoup d’études d'ingénierie avant même le génie civil. Un travail qui prendrait plusieurs années.
1 réaction
Péèf | 17/11/2011 - 16H58
La notion de noyau dur devrait aller beaucoup plus loin que les besoins correspondant aux risques nucléaires. Combien de gymnases, de collèges, de casernes de pompier, tous destinés à devenir des refuges pour la population ou servir de centre d'appui sont bâtis avec une légèreté coupable et sur des terrains inondables.

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