ENTRETIEN John Atkins, le directeur des opérations du groupe semencier Syngenta, regrette la décision du gouvernement français prise fin juin d’interdire la vente de l’insecticide Cruiser OSR sur le colza. Il craint que ce choix ne fasse tache d’huile en Europe et attend la décision de l’Efsa prévu en décembre sur le sujet. Il répond aux questions de L’Usine Nouvelle.
L’Usine Nouvelle : Le gouvernement français a décidé fin juin d’interdire la vente du produit phytosanitaire Cruiser OSR, utilisée dans les semences de colza, s’appuyant sur une étude récente de l’Anses, mettant en avant des effets néfastes pour les abeilles. Comment réagissez-vous ?
John Atkins : Nous avons été extrêmement choqués par cette décision. Elle va à l’encontre du bon sens. Les études menées ont utilisé des doses de Cruiser OSR largement supérieures à celles rencontrées sur le terrain dans les nectars de colza. C’est un choix très politique à destination des apiculteurs sans prise en compte des limites des modèles expérimentaux utilisés dans l’étude. Cette décision va avoir pour conséquence de développer les pulvérisations foliaires et de complexifier la tâche des agriculteurs français, créant une distorsion de concurrence avec leurs voisins européens. Nous estimons que la filière agricole française va perdre 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013 à cause de cette décision et autour de 100 millions d’euros pour la filière de production de semences de colza.
Syngenta a déposé un recours qui a été rejeté le 27 juillet par le tribunal administratif de Versailles. Qu’allez-vous faire désormais ?
Nous entendons contester cette décision de retrait du Cruiser OSR par tous les moyens mis à notre disposition. Au-delà de cette décision, qui devrait nous coûter autour de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, c’est le principe que nous estimons choquant. Nous sommes convaincus que la principale cause de mortalité des abeilles n’est pas là, mais bien liée à des parasites comme le varroa. En Australie, il n’y a pas de varroa et les abeilles vont très bien malgré l’utilisation répandue de produits phytosanitaires y compris de la classe chimique à laquelle appartient Cruiser. Nous avons peur que cette décision fasse tache d’huile dans les autres pays européens. Mais nous faisons confiance à l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) qui devrait rendre son avis sur cette classe chimique et les abeilles en décembre.
Concernant l’organisation de Syngenta, vous avez lancé depuis plus d’un an le rapprochement des deux grandes activités du groupe : la protection des cultures et les semences. En quoi consiste-t-elle ?
Historiquement, nous avons toujours été beaucoup plus présents sur l’activité produits phytosanitaires. Aujourd’hui, les deux domaines phytosanitaires et semences sont étroitement liés, notamment à cause du développement de semences enrobées. D’où notre volonté de faire travailler les équipes ensemble dans une approche intégrée afin de proposer une offre la plus adaptée possible à une région et à des sols donnés. Dans un premier temps, les forces de vente ont été fusionnées, puis les équipes de recherche et développement rapprochées. Aujourd’hui, nous allons jusqu’a co-développer des systèmes intégrés de technologies, avec des partenaires extérieurs. C’est le cas au Brésil, où nous avons lancé un nouveau système PLENE pour l’implantation de la canne à sucre, avec des portions de canne, au lieu de boutures, permettant un meilleur rendement et l’utilisation d’une machine à planter plus légère, élaborée avec John Deere.









