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L'Insee anticipe une stagnation de l'économie jusqu'en juin

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PARIS (Reuters) - L'Insee anticipe une stagnation de l'économie française au moins jusqu'en juin prochain, une prévision qui fragilise le scénario du gouvernement pour 2012 à quelques mois de l'élection présidentielle.

Dans sa note de conjoncture publiée jeudi soir, l'institut de la statistique estime en outre que le chômage, à 9,3% de la population active en métropole, pourrait atteindre 9,6% à cette date et franchir le seuil de 10% sur la totalité du territoire.

"A l'automne, les tensions sur les dettes souveraines se sont étendues au secteur financier dans la zone euro et des indices sont apparus récemment d'un durcissement des conditions de financement des agents privés", résume Sandrine Duchêne, chef du département de la conjoncture de l'Insee.

Plusieurs experts ont mis en garde ces dernières semaines contre un éventuel retour d'un "credit crunch" (resserrement du crédit) susceptible de paralyser l'économie comme en 2008.

La Banque centrale européenne a promis de fournir des liquidités aux banques de la zone euro mais pas aux Etats et les tensions sur le marché interbancaire ne sont pas retombées, alimentant un durcissement des conditions de crédit et la contraction de l'activité.

Conséquence de la propagation de la crise de la dette à l'économie réelle, les économistes de l'Insee s'attendent à ce que la zone euro "marque le pas" cet hiver dans le cadre d'un "court épisode récessif" marqué par la faiblesse de la demande intérieure.

Un rebond pourrait intervenir à partir du deuxième semestre 2012 grâce au dynamisme des autres grands pôles économiques mondiaux, Etats-Unis et Chine en tête, mais reste à confirmer.

L'Insee souligne que le produit intérieur brut français devrait reculer de 0,1% au premier trimestre avant de progresser de 0,1% au deuxième.

MOTEURS EN PANNE

Avec un acquis de croissance de 0% pour 2012, et sur la base des prévisions actuelles de l'institut, il faudrait que le PIB s'inscrive en hausse de 1,3% aux troisième et quatrième trimestres pour que la croissance française s'établisse à 1% sur l'ensemble de l'année, comme prévu actuellement par le gouvernement.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime pour sa part à +0,3% l'évolution du PIB français l'an prochain tandis que la Commission européenne prédit une hausse limitée de 0,6%.

Paris s'est néanmoins engagé à ramener son déficit budgétaire à 4,5% du PIB en 2012 et à 3% en 2013. Pour y parvenir, le gouvernement pourrait être contraint d'annoncer de nouvelles mesures de rigueur, impopulaires en pleine campagne électorale, à moins d'attendre l'été au risque de susciter la désapprobation des agences de notation et ce alors que la France semble en passe de perdre sa note de crédit 'AAA'.

"Les deux moteurs de la reprise française depuis deux ans, l'investissement et l'emploi, sont en train de caler, ce qui conduit à affaiblir la demande", dit Sandrine Duchêne.

"Il faudra donc du temps pour faire redémarrer la machine, ce d'autant que nous sommes dans une phase d'incertitudes très fortes, proche de celle que nous avions observée en 2008 et 2009", ajoute-t-elle, une allusion à la nervosité des investisseurs sur les marchés.

L'Insee prévoit 61.000 destructions de postes dans l'emploi marchand sur les six premiers mois de 2012 - après 14.000 au deuxième semestre 2011 - en réaction à la baisse attendue de l'investissement des entreprises et aux difficultés croissantes de leur accès au crédit.

La consommation des ménages, soutien traditionnel de l'économie et stable ou en baisse depuis plusieurs mois, ne devrait augmenter que de 0,1% par trimestre au premier semestre, d'après le scénario de l'institut.

La seule "bonne nouvelle" pourrait se situer du côté de l'inflation, attendue par l'Insee à environ +1,4% sur un an en juin. Elle atteignait 2,5% en novembre, tirée par la hausse des prix de l'énergie et de l'alimentation.

Matthias Blamont, édité par Yves Clarisse

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