Les agriculteurs comptent pour 3,5% de la valeur ajoutée française. C’est peu, en apparence, mais sans eux, une partie de l’industrie disparaîtrait en un clin d’oeil…
La France change mais elle demeure une nation de paysans. Elle est faite d’un million et demi d’agriculteurs, et de 65 millions d’amoureux de la campagne et du terroir. Pas étonnant que le Salon de l’agriculture, qui ouvre ses portes ce samedi, figure en tête des événements les plus fréquentés (plus de 1000 exposants et 700000 visiteurs sont attendus). Pour mesurer la vraie part agricole qui est en nous, penchons-nous sur la chaîne de valeur. Les lignes qui suivent, afin de fixer les idées, sont truffées de chiffres... rarement cités, jamais rassemblés. En amont, il y a les fournisseurs. Dans les champs et sous les toits des hangars de France se cachent les produits de toute une filière: semences (plus de 2 milliards d’euros en 2008), engrais (4 milliards et demi), produits phytosanitaires tels que fongicides, herbicides et insecticides (3 milliards), aliments pour animaux (8 milliards et demi), machines agricoles (5 milliards), énergie (4 milliards)... Ces fournisseurs des paysans français « alimentent » ainsi un marché de près de 27 milliards d’euros. Au passage, on peut noter que ces industriels, lorsqu’ils sont cotés, se valorisent à prix d’or (vert): selon le gestionnaire d’actifs américain BlackRock, ils pèseraient plus de 500 milliards de dollars (370 milliards d’euros) de capitalisation boursière au plan mondial !
En aval, il y a les clients, c’est-à-dire les industriels de l’agroalimentaire. Selon leur fédération, l’Ania, le marché hexagonal représente 165 milliards d’euros, générés par 10000 sociétés, petites et moyennes pour l’essentiel. C’est simple: l’industrie agroalimentaire est la première industrie du pays. Elle fournit 6 milliards d’euros d’excédent à notre balance commerciale, quand l’automobile est responsable de 3 milliards et demi de déficit.
Au milieu de cette chaîne de valeur, il y a les agriculteurs, bien sûr, ceux-là mêmes qui viendront exposer leurs plus beaux « actifs » au salon de la porte de Versailles, à Paris. Ils apportent au produit intérieur brut 70 milliards d’euros, soit 3,5% du total de la valeur ajoutée française. C’est peu, en apparence, mais sans eux une partie de l’activité industrielle disparaîtrait en un clin d’oeil.
Leur défi commun ? Produire plus et mieux. Autrement dit, nourrir les locataires de plus en plus nombreux de la planète, tout en prenant soin d’elle. Aidés de leurs fournisseurs et de leurs clients, les agriculteurs de France et d’ailleurs y parviendront. S’agissant du vivant, la science et la technologie n’ont pas fini de nous épater. Les arguments de ceux qui prévoient l’apocalypse alimentaire ressemblent à s’y méprendre à ceux, avancés voici plus de deux siècles, par Thomas Malthus. Dans ses anticipations sur la démographie ou sur la productivité de l’agriculture, l’économiste et pasteur britannique ne s’était-il pas fourvoyé? Il s’était même carrément «planté».
Laurent Guez
Directeur de la rédaction


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