L'industrie provençale veut exploiter le potentiel maritime

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2958

« Connaissance, maîtrise et sécurité de l'environnement marin et des systèmes navals », tel est le thème du projet de pôle de compétitivité porté par une DCN omniprésente. Le dossier devra toutefois lever réticences et scepticisme dans un pays où les ressources maritimes restent à valoriser.

La mer présente-t-elle d'autres attraits que touristiques ? En Paca, beaucoup ont fini par craindre que le littoral méditerranéen ne soit condamné à ne devenir qu'un immense espace dédié au bronzage et à la plaisance. Pour preuve : la fermeture des chantiers navals de La Ciotat et La Seyne-sur-Mer, et les déboires de la DCN ou de la réparation navale marseillaise au milieu des années 1990. Cette inquiétude semble apparemment injustifiée, à voir l'impressionnante mobilisation des entreprises et chercheurs des filières marines et sous-marines pour bâtir une candidature cohérente aux pôles de compétitivité.

Des acteurs de premier plan

« En trois mois, 103 sociétés (19 500 emplois, 2,96 milliards d'euros de chiffre d'affaires) et une cinquantaine de centres de recherche, écoles et universités se sont rassemblés pour la constitution de ce dossier », explique Bernard Planchais, directeur de DCN Services à Toulon, à la tête du comité de pilotage. « La réflexion a débouché sur l'identification de 202 projets de développement, pour des montants variant de quelques dizaines de milliers d'euros à plusieurs millions. Nous en conservons 17 qui en fédèrent 110. Cette dynamique a amené des acteurs qui ne se connaissaient pas à se parler et à imaginer des opportunités de travailler ensemble. Il nous faut mutualiser les moyens existants, pas les créer. Labellisation ou pas, c'est déjà un premier succès ».

La mise en relation a été facilitée par l'association Toulon Var Technologies (TVT), mandatée par le Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire du 14 septembre 2004, pour faire émerger un pôle de compétitivité Sciences et technologies marines et sous-marines. « Ce pôle ne possède pas d'équivalent en Europe, souligne Patrick Valverde, directeur de TVT. Même la Norvège ne propose pas une filière aussi complète ».

Leader dans des activités à forte croissance comme la sécurité ou l'offshore, la Provence compte en effet des acteurs majeurs du secteur : outre la DCN, elle accueille sur son territoire Thales, l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), la Marine Nationale, la DGA (Délégation générale pour l'armement), ainsi que plus de 330 PME de toutes tailles sur un périmètre réduit, essentiellement entre Marseille et Toulon (Cisia Ingénierie, Systémique, Optis, Foselev Marine, Vibria...).

Une dizaine de ces sociétés compte plus de 100 salariés. En technologies marines et sous-marines (robotique, sonars, communication acoustique en milieu sous-marin, études et architecture navale) des entreprises comme la Cnim, ECA (groupe Finuchem) et Cybernetix fabriquent des robots, Moteurs Baudouin, des moteurs marins, la Comex réalise des interventions sous-marines, Bourbon exploite des remorqueurs et des navires de services offshore.

Des atouts technologiques...

Le génie océanique et côtier (simulation, hydrodynamique, off-shore, océanographie côtière) et l'environnement (océanologie, aquaculture, climatologie...) regroupent des sociétés plus petites, à l'image de Pyroalliance, Seres, Principia, Geocéan, Acri, Single Buoy Mooring, Ocean Net, Océanide... Certaines se distinguent internationalement depuis longtemps. ECA, avec son premier robot sous-marin autonome en 1980. La Comex, en battant le record mondial de plongée en eau profonde en caisson en 1992. Geocean en mettant au point la technique de ramassage du pétrole présent dans les cuves du Prestige. Elle a conçu également un système de captation de sources d'eau douce en mer et intervient dans plusieurs pays dont les populations manquent d'eau. Ce sont aussi trois entreprises de la région, France Telecom Marine, Acsa et Comex, qui sont intervenues après la catastrophe de Sharm el Sheikh. Paca abrite les moyens d'intervention de la Comex, la base logistique de la flotte Ifremer-Insu et de nombreux sites d'essais et de calcul (canaux à houle, souffleries...).

Au total, 50 000 personnes vivent de l'industrie de la mer dans la région (119 800 en comptant le tourisme). Les systèmes navals représentent à eux seuls 5 000 emplois industriels, auxquels il faut ajouter les 20 000 salariés de la DGA et de la Marine. La labellisation génèrerait 3 000 emplois supplémentaires. Tous ces atouts font du dossier de pôle de compétitivité l'un des favoris au niveau régional, même si, avec onze dossiers de pôles candidats, Paca risque de minimiser l'impact potentiel de chacun d'eux. « Le travail de positionnement et de structuration était réalisé avant même l'appel à projets. Ce pôle bénéficie d'une lisibilité internationale avec des projets européens déjà montés », explique Régine Lorenzi, directrice de Méditerranée Technologies, structure chargée par le Conseil régional d'accompagner l'ensemble des pôles dans la consti- tution de leurs dossiers.

... mais des handicaps à faire tomber

Rien n'est acquis. « Le gouvernement français ne considère pas la mer comme une filière stratégique » s'inquiète Régine Lorenzi. Pour Hugues de Cibon, directeur marketing de la Mission de développement économique régional, « la visibilité internationale du pôle apparaît acquise, mais n'atteint pas celle du pôle régional sur les Solutions communicantes sécurisées qui peut s'appuyer sur des leaders tels qu'Atmel, STMicroelectronics, Texas Instruments, Philips Semiconducteurs, SAP ou HP ».

Certains acteurs industriels s'étonnent par ailleurs du rôle grandissant de la DCN dans l'élaboration du dossier. Pour eux, cette implication découlerait de sa volonté de ne pas laisser passer une opportunité de redorer son blason. « La DCN est un acteur de poids qui apporte crédibilité et dynamisme. Il faut reconnaître cependant qu'en entrant tardivement dans la réflexion, elle fait un peu tanguer le navire, résume Régine Lorenzi. Elle prend soin de ne pas évincer les PME déjà très impliquées, mais contraint les acteurs à modifier le positionnement du pôle. » Pour Bernard Planchais, l'investissement de la DCN répond à une ambition : « Il s'agit d'amener au niveau national l'industrie des métiers de la mer, au même titre que l'aéronautique. Nous réaliserons l'ingénierie des différents projets, label ou pas, insiste-t-il. La DCN doit pouvoir s'appuyer sur une base industrielle solide ». « Les PME comprennent l'intérêt de l'évolution de la DCN », renchérit Gérard Cerruti, président de l'Union patronale du Var.

Afin de multiplier les chances de voir le pôle retenu, Paca joue la complémentarité avec la Bretagne où DCN, Thales, l'Ifremer et Eca disposent également d'une base. « Une concurrence entre les deux sites aurait été handicapante, confie Hugues de Cibon. Les acteurs des deux régions évitent désor-mais ce risque ». « Répondre à l'appel à projets l'un sans l'autre ou se positionner frontalement paraissait inconcevable, insiste Christian Charles, directeur adjoint du technopôle de Brest-Iroise. La réunion des deux dossiers permettra sûrement de révéler tout le potentiel des activités liées à la mer. »

Directeur du centre de l'Ifremer de Brest, Gérard Riou regrette même l'absence d'une intégration plus profonde : « Par manque de temps, nous ne pouvions présenter un seul dossier, avec un mode de gouvernance commun », indique-t-il. Mais, il ne s'agit pas, selon lui, du handicap principal du pôle : « Contrairement à des dossiers articulés autour d'une technologie, la mer ne constitue qu'une thématique qui regroupe une grande diversité d'activités. Il devient donc difficile de bien faire comprendre ses enjeux ».

Bernard Planchais, lui, reste confiant et s'est déjà mis en quête de financement. Des capitaux-risqueurs - ACE Management et la Financière de Brienne notamment - ont été contactés. « Une labellisation accélèrerait l'arrivée de tels investisseurs », conclut-il.

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