L'industrie pharmaceutique française pèche toujours par manque de compétitivité

Par  - Publié le
Médicaments
© D.R. - Leem

Selon une étude du cabinet Roland Berger, la compétitivité de la production pharmaceutique en France n’a pas vraiment progressé en un an. Malgré les cris d’alarme.

Ce mardi 15 octobre, le cluster Polepharma tenait, à Dreux, son rendez-vous annuel de l’industrie pharmaceutique. Le constat est maussade : le marché pharmaceutique français poursuit sa récession, et les investissements chutent dans les usines hexagonales… Une tendance confirmée par l’étude sur "La compétitivité de la production pharma en France", publiée ce mercredi 16 octobre par le cabinet Roland Berger.

En France, deux tiers des médicaments fabriqués ont été autorisés il y a plus de douze ans ou sont des génériques. Et le retard se poursuit dans la production de l’innovation. En 2012-2013, sur les 53 nouvelles molécules autorisées par l'Europe, seulement quatre ont été enregistrées sur un site français ! C’est certes mieux que le zéro pointé de 2011. Mais loin d’être satisfaisant.

Les bons élèves ? Les laboratoires danois Lundbeck et américain Lilly, le façonnier Cenexi et le leader français de la pharmacie Sanofi, qui produira à Compiègne l’auto-générique de son médicament Rilutek (l'auto-générique est proposé par le laboratoire lui-même lorsqu'un médicament est touché par l'expiration de son brevet, NDLR). "Sanofi est le contributeur clé de la production pharmaceutique en France avec 19 usines, estime Patrick Biecheler, associé en charge de la santé chez Roland Berger. La production de l'auto-générique permet de défendre le maintien de l'équilibre charge-capacité et la compétitivité de son site." Source d’inquiétude, la concurrence sur la fabrication de ces nouveaux médicaments est avant tout européenne… Des leviers "insuffisamment explorés".

Notre première concurrente ? L’Europe

Dès lors, comment retrouver notre attractivité ? En octobre 2012, un colloque organisé par le syndicat de l’industrie pharmaceutique (Leem) et L’Usine Nouvelle faisait état de différentes pistes pour, d’une part, mieux défendre l'industrie en France pour préserver les volumes de production de médicaments traditionnels et l’emploi et, d’autre part, investir dans les industries d'avenir, notamment la bioproduction.

Un an plus tard, "quelques actions ont été amorcées mais la plupart des leviers restent insuffisamment explorés", se désole Patrick Biecheler. Côté défense de l’industrie, quelques mesures ont été prises suite au Comité Stratégique de la Filière Santé organisé le 5 juillet 2013 avec le gouvernement. Exemples : valoriser par un pictogramme les étapes de conditionnement effectuées en Europe (mais cela reste sur la base du volontariat !), simplifier les procédures d'exportation des médicaments, ou encore promouvoir la filière de la bioproduction. Problème, "la dispersion et la fragmentation des initiatives dans le champ des biotechnologies font courir un risque de saupoudrage et de non-atteinte d'une taille critique" compétitive, souligne l’étude. Même si deux centres d'excellence se structurent en France autour de Cell for Cure (groupe LFB) en thérapie cellulaire, et du Généthon en thérapie génique.

Le tournant des biosimilaires toujours pas pris 

Quid de l’avenir ? "Le positionnement de la France sur la production de biosimilaires (les copies des médicaments issus des biotechnologies ayant perdu leur brevet, NDLR) n'a pas été accéléré, et ce en dépit des enjeux majeurs à venir liés à l'échéance de plusieurs brevets de principaux produits hospitaliers", souligne l’étude. Quant à la transformation de nos sites historiques de production chimique en "usines de demain", il reste du travail à faire... "Des partenariats entre laboratoires et façonniers permettront d'accompagner la nécessaire consolidation des sites, afin de capitaliser les effets d'échelle et d'expérience des champions exerçant sur le territoire domestique", propose le cabinet. Avant de préciser : "L'appui de la puissance publique apparaît clé pour accompagner l'indispensable mutation des usines". Restent à convaincre acteurs publics et privés de travailler ensemble, alors que le plan de financement de la Sécurité Sociale les a, à nouveau, divisés...

Gaëlle Fleitour

La cession des usines pharmaceutiques s’accélère

C’est un pan passé sous silence par l’étude de Roland Berger, finalisée en juillet 2013. Mais ces dernières semaines, le transfert de compétences et de sites des groupes pharmaceutiques vers les façonniers s’est dramatiquement accéléré. Fin août, le numéro un mondial de la pharmacie, l’américain Pfizer, cédait au façonnier français Fareva son usine d’Amboise (Indre-et-Loire). Il y produisait le célèbre Viagra, dont le brevet vient d’expirer. La fin de la présence industrielle de Pfizer en France. Un mois plus tard, le laboratoire anglais GSK finalisait la vente de l’usine de Notre-Dame de Bondeville, spécialiste des médicaments dans la thrombose. Le repreneur ? Le sud-africain Aspen, le plus grand fabricant pharmaceutique d’Afrique, et fournisseur de médicaments de marque ou de génériques à plus de 150 pays à travers le monde.

 

Imprimer

Partagez l’info :

Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin envoyer à un ami

Effectuer une autre recherche

Rechercher
Recevez nos newsletters

Identifiez-vous