L’industrie innove contre les infections nosocomiales
Par Gaëlle Fleitour - Publié le
Dans le cadre de projets nationaux de lutte contre les infections nosocomiales, des entreprises de l’électronique, du cuivre ou de la métallurgie conçoivent des produits sur mesure pour les établissements de santé.
Pour combattre les infections nosocomiales - ces infections contractées durant et après une hospitalisation et à l’origine d’au moins 3 500 décès chaque année en France - les établissements de santé se mobilisent. Et, dans leur sillage, des entreprises… traditionnellement loin de l’univers de la santé, trouvent de nouvelles applications à leurs savoir-faire.
Ainsi, pour assurer le déploiement en France d’e-SIN, le premier outil national collaboratif et électronique pour signaler des infections nosocomiales, l’Institut de veille sanitaire (InVS) a fait appel à Elypsia, une société marseillaise filiale du groupe de services informatiques Scala, spécialisée dans l’accompagnement de solutions métiers dans le domaine d’e-business.
Développée depuis 2008 avec de nombreux acteurs de santé (Ministère, Agences régionales de Santé, centres de lutte contre les infections nosocomiales, hôpitaux…), cette application mettra en contact plus de 4 500 utilisateurs et permettra aux établissements de santé de réaliser, à partir de janvier, leurs signalements en se connectant sur un site internet sécurisé. D’ici là, un calendrier de déploiement est prévu par région. Et les éventuels bugs seront gérés par l’InVS et Elypsia.
Au même moment, le Centre Hospitalier de Rambouillet innove aussi. Au sein des services de réanimation et de pédiatrie, poignées de porte, barres de lits, mains courantes, plaques de propreté ont été labellisés Antimicrobial CopperTM. Une marque lancée en 2010, qui distingue les produits et surfaces de contact en cuivre ou alliages de cuivre à l’efficacité antibactérienne prouvée. Depuis quinze ans, des études scientifiques réalisées en laboratoire et en milieu hospitalier auraient démontré les qualités antibactériennes du cuivre. L’hôpital espère donc éradiquer 90 à 100 % des bactéries présentes sur ces surfaces de contact, y compris les bactéries multi-résistantes, et diminuer le taux d’infections contractées.
Un savoir-faire français industriel, technique voire artisanal
Une première en France, alors que d’autres établissements sont déjà équipés aux Etats-Unis, en Afrique du sud, ou encore au Japon. Pour le promoteur de l’expérimentation, Olivier Tissot, directeur du Centre d’information du cuivre (l'organisation professionnelle des producteurs et des transformateurs de cuivre), pas question de recourir au savoir-faire étranger. "Notre objectif était de montrer qu’on pouvait réaliser l’équipement avec des industries françaises, sur le territoire: à part quelques pièces venus d’Allemagne, les matériaux et les demi-produits ont été fabriqués en France. C’est le fruit d’une activité industrielle, technique voire artisanale."
Car durant plusieurs mois, trois types d’entreprises ont participé au projet. Quatre industriels de la métallurgie du cuivre - Wieland, KME, Griset et Le Bronze Industriel - ont fabriqué les demi-produits: laminés, profilés, barres et tubes. Egalement sollicités : des spécialistes de la transformation en produits finis, comme Inoforge. Spécialiste de la pression à chaud, cette société a fabriqué, à partir de barres de béton ou de cuivre, des pièces sur mesures: des bouchons en laiton utilisés pour les barres de maintien, mais aussi des boutons en cuivre de tiroirs ou de portes de meubles. Son astuce : opter majoritairement pour des alliages avec un fort pourcentage en cuivre, pour conserver les propriétés antibactériennes… tout en ayant un vieillissement plus esthétique que du cuivre oxydé !
Enfin, des fabricants de produits finis se sont eux aussi adaptés au cahier des charges du projet.La société Pellet, spécialisée dans les barres d’appui pour les équipements sanitaires, a fourni des alliages de cuivre… non chromés, tandis que le spécialiste de la robinetterie en laiton ATV a conçu un prototype pour éviter l’eau stagnante, qui favorise le développement bactérien. Enfin, l’Atelier du cuivre, une métallerie d’art, a réalisé des pièces sur mesure, comme les revêtements des lits de réanimation.
Le montant total du projet n’a pas été révélé, car certains développements ont été offerts par les entreprises. Mais Olivier Tissot se félicite: "Cette installation a le mérite d’exister, et nous pourrons très bien la reproduire ailleurs, car nous avons acquis un savoir faire au bénéfice de l’ensemble du milieu de la santé." Il dit avoir été contacté par d’autres hôpitaux. De son côté, le ministère de la Santé attend des études complémentaires pour se prononcer sur l’équipement en cuivre des hôpitaux français à grande échelle.

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