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L'industrie française attire les investisseurs étrangers

Par VALÉRIE MARCELLIN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2972

L'Hexagone demeure la première destination en Europe pour les implantations d'unités de production et de logistique. Mais son image tend à se détériorer.

"La France... malgré tout », tel est le titre du baromètre 2005 du cabinet américain Ernst & Young sur l'attractivité du site France. Un titre qui en dit long sur les forces et faiblesses de notre territoire. Malgré les 35 heures, les grèves, la lourdeur administrative, le poids des charges, l'Hexagone conserve en 2004 la deuxième place en Europe pour le nombre d'implantations internationales. Elle a même gagné 5 % de parts de marché, quand le Royaume-Uni, toujours premier, en perdait 17 %. De fait, l'écart entre les éternels rivaux s'est réduit à 2,5 points, contre 10 en 2000.

Comme en 2003, la France demeure leader en termes d'implantations d'unités de production et de centres logistiques. Une bonne nouvelle qui amène toutefois à s'interroger et à réagir. Tout d'abord, sa part de marché en ce domaine est tombée de 22 à 16 %, au profit notamment de la Pologne, de la Roumanie et de la Slovaquie. Deuxièmement, si l'automobile reste le premier secteur d'investissement (lire le tableau page 10), c'est grâce à la place prépondérante des équipementiers. Pour la partie « assemblage » en revanche, nous sommes devancés par le Royaume-Uni, la Russie, l'Allemagne et la Pologne. Dans le même temps, le poids des secteurs « technologiques » diminue de façon significative. Avec 51 implantations internationales, les logiciels occupent le deuxième rang, mais leur part a chuté de 40 % entre 2000 et 2004.

En termes d'emplois créés par les implantations étrangères, la France a également perdu du terrain, déclinant de la deuxième à la troisième place, avec 21 858 postes, derrière la Pologne et le Royaume-Uni. Malgré une prédominance dans l'industrie, notre pays se situe à la dixième place pour la création d'emplois par implantation. « L'Allemagne, par exemple, compte trois fois moins de projets que la France, mais des projets deux fois plus créateurs d'emplois », indique Marc Lhermitte, associé Ernst & Young, en charge du département attractivité et localisation.

Une forte demande d'achat d'entreprises patrimoniales

Autre interrogation, sur les cinq dernières années, 58 % des investissements étrangers en France concernent des extensions et 42 % des nouvelles implantations. Con- tre 73 % de nouvelles implantations et 27 % d'extensions au Royaume-Uni. Ce qui prouve d'une certaine manière que les investisseurs étrangers installés en France sont satisfaits. C'est le cas de Siemens, qui a annoncé un investissement de 400 millions d'euros sur la période 2005-2007 dans ses différents sites français et qui a, d'ailleurs, reçu le prix des meilleurs investissements internationaux en Europe, le 1er juillet à la Baule, dans le cadre de la troisième conférence des investissements internationaux.

Cela démontre également l'intérêt des investisseurs étrangers pour nos PME-PMI. « Nous avons une forte demande d'achat d'entreprises patrimoniales. C'est un signe de confiance dans notre tissu industriel. Quand un investisseur étranger acquiert une PME française, il est assuré d'acquérir un savoir-faire, des parts de marché, une bonne affaire en somme. Et souvent, l'achat est suivi d'une stratégie industrielle. La concurrence, notamment avec le Royaume-Uni, est plus rude sur les nouveaux projets », confirme Gérard Mermillod, directeur du réseau de l'Agence française pour les investissements internationaux. A l'inverse, le faible nombre de créations ex nihilo traduit une prudence, voire une défiance, envers le site France. D'ailleurs, 26 % des patrons interrogés déclarent avoir des projets de développement dans l'Hexagone, contre 45 % en 2002...

« La France industrielle tient le choc. Sur le combat tertiaire, les quartiers généraux, les centres de décision, on ne voit pas de progression. Là, se situe la fragilité », alerte Marc Lhermitte. La part de marché de l'Hexagone pour le tertiaire était de 17 % l'an dernier, con- tre 28 % pour la Grande-Bretagne. Un réel désavantage quand on sait que c'est dans les Q.G. que se décident les investissements de demain...

Le handicap du niveau des charges et des coûts salariaux

Autre point préoccupant, malgré le plan attractivité du gouvernement, qui comporte notamment une fiscalité spéciale pour les Q.G. de recherche, l'image de la France ne s'est pas améliorée. Plus des trois quarts des patrons étrangers estiment que la situation de l'Hexa- gone n'a pas évolué. « Les handicaps se durcissent et les atouts, bien qu'en hausse, pèsent de moins en moins », résume Marc Lhermitte. Le niveau des charges et des coûts salariaux, notamment, génère un taux d'insatisfaction de 74 %, con- tre 67 % en 2004. La flexibilité du travail passe d'un taux de 62 à 73 % et le niveau de la fiscalité de 61 à 66 %. Et près des deux tiers des dirigeants doutent que l'attractivité du site France progresse au cours des trois prochaines années.

Que faire pour convaincre les investisseurs étrangers ? A la Baule, les 30 juin et 1er juillet, les grands patrons, les politiques et les acteurs du développement venus de toute l'Europe, mais aussi du Japon et des Etats-Unis, ont tenté de répondre. Ils ont rappelé l'extrême nécessité de relancer l'agenda de Lisbonne qui prévoit de faire du Vieux Continent l'économie la plus compétitive au monde à l'horizon 2010. Ils ont répété la nécessité d'investir massivement dans l'innovation, dans la recherche-développement.

Sur ce point, la France, comme le montre le baromètre Ernst & Young, est de plus en plus reconnue pour la qualité de ses pôles d'innovation et de recherche (62 % de taux de satisfaction, contre 58 % en 2004). Nul doute que l'émergence des pôles de compétitivité renforcera cet atout. Mais cela ne saurait suffire. Il faut raisonner à l'échelle européenne si l'on veut pouvoir compter sur la scène internationale. « La connaissance est un facteur crucial quand on doit investir quelque part. Nous n'avons pas en Europe d'universités du type Stanford ou Columbia, de centres de recherche de la taille de ceux des Américains », regrette Erkki Ormalan, vice-président en charge de la politique technologique du finlandais Nokia.

Apostrophé sur les 413 millions de dollars investis par son groupe dans l'achat de la société améri- caine Abaqus, le patron de Dassault Systèmes, Bernard Charles, a tout de suite fait valoir qu'il s'agissait là « d'un savoir-faire unique », pour ajouter « qu'il y a un avenir en Europe pour la création de valeur ».

Avoir l'obsession de l'ouverture

En attendant que les beaux discours du gotha politico-économique réuni à La Baule se transcrivent dans les faits, la France a encore beaucoup à faire pour rester dans la course. « Nous devons avoir l'obsession de l'ouverture. Sur ce plan, les jeux Olympiques nous auraient apporter énormément. Tant pis. L'attractivité d'un territoire résulte aussi de l'addition de petites choses telles que la qualité de l'accueil à l'aéroport, le niveau d'anglais du chauffeur de taxi, etc. », rappelle Pierre Simon, président de la chambre de commerce et d'industrie de Paris. Vaste programme !

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