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L'industrie ferroviaire roule à plein régime

Par GENEVIÈVE HERMANN - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3158

Les usines d'Alstom et de Bombardier ne connaissent pas la crise. Leurs sous-traitants leur fournissent des ensembles de plus en plus complexes. Ceux de l'automobile tentent de s'y diversifier.

L'activité va bon train sur le site de Petite-Forêt (Nord) d'Alstom Transport, centre d'excellence pour les métros, tramways et autres trams-trains fabriqués par le groupe. Pour la deuxième année consécutive, les portes de l'usine sont restées ouvertes cet été. Et des bungalows pallient le manque de place suite à la vague d'embauches de 2007 et 2008. Une centaine d'ingénieurs et cadres travaillent dans ces préfabriqués. Avec la centaine de recrutements prévus cette année, leurs rangs vont encore grossir. A la fin de l'année, Alstom emploiera 1 450 salariés à Petite-Forêt, contre 1 122 début 2008. Le site produisait alors quinze voitures chaque mois. Depuis juillet, il en sort trente.

A une vingtaine de kilomètres de là, chez Bombardier Transport, c'est la même effervescence. Sur toute l'année 2009, son usine de Crespin (Nord) aura construit 540 voitures et 1 420 bogies. Soit dix fois plus qu'il y a dix ans. Le carnet de commandes assure une activité à plein régime jusqu'en 2012 avec les autorail grande capacité (AGC), commandés à 700 exemplaires par 21 régions françaises, les automotrices de transport régional à deux niveaux, TER 2N NG, et le Francilien, destiné au réseau SNCF d'Ile-de- France, commandé à 172 exemplaires avec une prochaine levée d'option de 200 unités supplémentaires.

Une forte demande de cadres et d'ingénieurs

Crespin, dans le Valenciennois, est devenu le premier site ferroviaire français. Bombardier y emploie 2 000 personnes, dont 300 intérimaires, et 150 consultants pour les études, les méthodes et l'ingénierie. Comme Alstom à Petite-Forêt, le constructeur est de plus en plus friand de cadres et d'ingénieurs. Il y a quinze ans, les deux concurrents se contentaient de construire des trains. Aujourd'hui, ils les conçoivent et sous-traitent les deux tiers de la fabrication à des fournisseurs. Deux fois plus qu'il y a dix ans. « Une heure travaillée dans nos ateliers en entraîne deux dans les entreprises industrielles locales », indique Frédéric Ferrand, le directeur d'Alstom Transport Petite-Forêt.

L'activité des 80 sous-traitants que compte la région progresse. A Trith-Saint-Léger, près de Valenciennes, GHH-Valdunes a construit 4 % de roues de plus entre 2007 et 2008. Toujours dans le Valenciennois, où sont concentrés 6 000 des 10 000 emplois du ferroviaire de la région, Stratiforme prévoit une croissance annuelle de 2 % de son chiffre d'affaires jusqu'en 2012. Ce transformateur de matériaux composites conçoit et construit des cabines de conduite équipées et des ensembles d'aménagement d'intérieur. Il emploie 35 de ses 160 salariés en R et D et s'implique dans des projets de recherche labellisés par le pôle de compétitivité I-Trans, basé à Valenciennes.

Deprecq, une PME de 47 personnes spécialisée dans la tôlerie, table sur un chiffre d'affaires de 5,5 millions d'euros en 2009, contre 2,8 millions en 2006 et 4,8 millions en 2008. Le groupe Mäder, le leader européen de la peinture ferroviaire, dont le siège est à Lille, envisage une progression en 2009 de plus de 5 % de son chiffre d'affaires dans le secteur ferroviaire. « Le parc d'activités et de services Trans-Avenir, situé à deux pas de nos halls de montage, est aux trois quarts plein un an après la fin des travaux d'aménagement », se félicite Eric Petit, le directeur du site Bombardier de Crespin. Il devrait compter, à terme, près d'un millier d'emplois.

Les critères de sélection se renforcent

Compin Interiors, une société de 1 000 personnes dont la taille a triplé en trois ans, y a implanté une unité qui réalise des équipements pour l'aménagement intérieur des trains. Sirail y monte des faisceaux électriques et les Ateliers de l'Ostrevant y emploient une vingtaine de salariés handicapés. Tous ces fournisseurs ont développé leurs compétences et livrent des ensembles de plus en plus complexes. Quitte à sous-traiter à leur tour les pièces de base à des pays à faible coût de main-d'oeuvre. Gare à ceux qui n'arrivent pas à évoluer dans ce sens. Les constructeurs commencent à renforcer leurs critères de sélection. La manne du ferroviaire ne profitera pas à tous.

Les fournisseurs spécialisés dans les équipements de fret en sont déjà exclus. Placée en redressement judiciaire jusqu'en décembre 2009, l'entreprise douaisienne Arbel Fauvet Rail, le dernier fabricant français de wagons fret, en sait quelque chose. Nombreux sont pourtant les équipementiers automobiles qui voudraient se reconvertir dans le ferroviaire. Ils ont, toutefois, peu de chance d'y parvenir. Comme le souligne Héric Manusset, le délégué général de l'Association des industries ferroviaires Nord - Pas-de-Calais - Picardie), « leur métier n'a rien à voir avec les nôtres. Les flux de production sont très différents, de même que le niveau d'automatisation. »

Ce n'est pas un hasard si la seule diversification probante n'est le fait ni d'un mécanicien ni d'un électricien ni d'un peintre. Mais revient à un logisticien, à savoir Toyota Tsusho Europe SA. En avril, alors qu'il travaillait déjà pour Bombardier, il inaugurait une plate-forme de sous-traitance à 300 mètres d'Alstom Transport. Son objectif : réaliser à terme la moitié de son activité dans le ferroviaire. La bonne santé du secteur s'accompagne d'une pénurie de salariés qualifiés : plus de 120 postes seraient manquants dans le Nord-Pas-de-Calais. Une aubaine pour les spécialistes de l'intérim, comme Adecco, qui ne traite plus que des contrats à la semaine dans l'automobile.

Un manque de personnel qualifié

« En partenariat avec le pôle emploi de Valenciennes, nous avons construit deux parcours de formation sur les métiers de la soudure et du câblage ferroviaire. Nous les avons testés sur seize chômeurs », indique Alexandre Wojciechowski, responsable de marchés à la direction régionale d'Adecco. Les équipementiers n'ont pas l'air intéressés pour l'instant. Mais qu'Alstom et Bombardier décrochent encore des contrats et le manque de personnel se fera encore plus sentir. Les deux constructeurs sont confiants. Ils n'interviennent ni dans le fret ni sur la grande vitesse, les deux secteurs du ferroviaire aujourd'hui en baisse d'activité.

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