L’industrie européenne vue du Canada
Le 04 décembre 2009
Le Canada présentait une délégation très fournie sur le salon Pollutec Horizons qui vient de fermer ses portes au parc des expositions de Paris-Nord Villepinte. L’occasion pour ses industriels de porter un regard sur le Vieux-Continent.
Invités d'honneur de Pollutec Horizons lesindustriels canadiens recevaient à tour de bras sur leur salon. Parmi eux, plusieurs spécialistes de l’assainissement avaient comme une impression de retour aux sources. « Toutes les sociétés canadiennes ont commencé en revendant des technologies européennes il y a une vingtaine d’années », analyse Patrice Gouin, directeur du développement des affaires de Berlie-Falco, une entreprise qui travaille avec les grands noms de l’assainissement en France : Veolia, Suez Environnement et Saur. « Mais quand les Européens ont stoppé leur ingénierie pour se restructurer, on a continué à innover. Alors aujourd’hui, on revient », ironise-t-il.
« Partout dans le monde, nous sommes davantage confrontés à des industriels canadiens qu’à des européens », semble confirmer Marlène Bonneville, vice-présidente en charge de la certification chez Bionest, un spécialiste de l’assainissement non collectif. Et avec des profils très différents, c’est un peu David contre Goliath. De ce côté-ci de l’Atlantique, la gestion des eaux usées est gérée par des branches de groupes très concentrés. De l’autre, des acteurs sont ultra-spécialisés et totalement indépendants. Conséquence ou simple hasard ? « Les industries européennes sont toutes parties dans la même voie alors que nous proposons des technologies très différentes », note Marlène Bonneville.
Des réglementations différentes
D’autres facteurs semblent pousser les entreprises canadiennes à se développer sur le vieux continent. D’abord, la nécessité de trouver des débouchés en dehors du marché américain. « Aux Etats-Unis, les villes ont fermé leurs portes aux entreprises étrangères », regrette Patrice Gouin. Ensuite, la réorientation stratégique de sociétés européennes qui préfèrent désormais se spécialiser dans le support et l’ingénierie. Conséquence, ce sont leurs anciens distributeurs sur le continent nord-américain qui viennent vendre ici leur propre technologie sur laquelle elles peuvent d’ailleurs toujours toucher des royalties !
Les évolutions très différentes reflètent aussi sans doute un contexte législatif tout à fait différent. « Si la réglementation n’est pas là, on a beau dire que l’environnement est important, le marché ne se développe pas de la même manière. Et au Québec en particulier, les normes de rejets de particules en suspension sont par exemple beaucoup plus exigeantes », insiste Marlène Bonneville. Pour elle, pas de doute : si le marché français est à nouveau en plein développement, c’est justement parce que la réglementation évolue. Note un peu plus positive pour notre ego européen, « nous sommes très performants au niveau technique et chimique, mais il nous manque des compétences organisationnelles », juge Patrice Gouin.
Reste à savoir si Pollutec Horizons était la meilleure façon pour les Canadiens de conquérir le marché européen. A la recherche de clients et de partenaires technologiques, un exposant juge le salon très institutionnel, considérant qu’on y croise trop d’étudiants qui viennent déposer leur cv à la recherche d’un stage ou d’un emploi. « Pendant les deux premiers jours, on essaie d’être sympas. Mais à force, c’est assez usant ! », insiste-t-il. Vice-président d’Alberta Wind Energy Corporation, spécialiste dans les déploiements éolien, Marc Stachiw semble plus satisfait. Sa société n’est pas implantée localement et ce petit voyage d’études est une bonne entrée en matière.
Olivier Descamps

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