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L'industrie du recyclage n'en peut plus de ses stocks

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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Par mauvais temps, l'industrie privilégie-t-elle la récup ? Voire. Aujourd'hui soumis à un double choc du fait du recul de l'activité, les recycleurs accumulent les dépôts dans l'arrière-boutique.

Le long de l'autoroute de Poitiers, un petit revendeur  collecte des ferrailles mises au rebut : une affaire qui marche plutôt bien. Mais aujourd'hui la ferraille s'entasse. Un baromètre des plus concrets de ce que vit  la filière aujourd'hui. Au cours du dernier trimestre de l'année 2008, la production industrielle française a connu un repli de 10%. Le secteur du recyclage a été doublement touché : d'une part, les déchets industriels sont la première source d'approvisionnement des recycleurs, qui transforment ces déchets en matières premières. D'autre part, les grands secteurs industriels sont leurs premiers clients : les matières recyclées constituent entre 40 et 60 % des matières premières industrielles. Volumes et prix se sont effondrés simultanément dans la plupart des secteurs.

«Parler de développement du recyclage sans évoquer la politique industrielle est-il bien raisonnable ?»
«  Le recyclage 'est un outil de politique environnementale mais on ignore trop souvent que pour que le recyclage fonctionne, il ne suffit pas de s'appliquer à bien collecter et à bien trier, il faut également et surtout qu'il existe un marché capable d'absorber les matières premières que produisent les professionnels du recyclage  » déplore Claude Platier de la Fédération des Entreprises du Recyclage (Federec) . «  Le Grenelle  prône le développement du recyclage mais il n'y a pas de développement possible du recyclage sans croissance de la production industrielle. » Difficile de se fixer des objectifs gouvernementaux de recyclage à deux chiffres en effet (voir encadré), tout en laissant l'industrie se débiner au bout du monde.  « Aujourd'hui, l'industrie papetière installée sur le territoire français est en crise : les annonces d'arrêts de machines se succèdent depuis trois ans. Or ce secteur est alimenté essentiellement  par  des matières produites par les entreprises de recyclage .  La fermeture de l'usine de Gandrange qui consommait près d'un million de tonnes de ferrailles par an est désormais sans appel. Parler de développement du recyclage sans évoquer la politique industrielle est-il bien raisonnable ?»

Les objectifs ambitieux du Grenelle

En France, 64,3% des papiers cartons mis sur le marché ont été collectés en 2008, selon les papetiers utilisateurs de papiers recyclés Revipap, contre 63,5% en 2007. C'est tout de même loin derrière l'Allemagne, qui présentait un taux de récupération de 72,9% en 2007. Les taux de collecte et de recyclage vont devoir encore augmenter dans les années à venir : l'industrie papetière française et européenne a pris l'engagement via la European Declaration on Paper Recycling de porter le taux de recyclage des papiers à 66% en 2010.
Grenelle. En France, la loi de programme relatif à la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement fixe également de nouveaux objectifs et notamment celui d'augmenter le recyclage matière et organique afin d'orienter vers ces filières un taux de 35 % en 2012 et 45 % en 2015 de déchets ménagers et assimilés contre 24 % en 2004, ce taux étant porté à 75 % dès 2012 pour les déchets d'emballages ménagers.

Le papier ne prend pas l'eau

Le secteur des papiers-cartons est un des rares à avoir sauvé la mise au dernier trimestre 2008. Les volumes commercialisés ont progressé d'un petit 1 %. « Si les ventes ont augmenté de 1%, c'est surtout grâce aux exportations » explique Claude Platier. «  Globalement l'ensemble des matières premières recyclées doivent faire face au problème suivant : on en produit plus que les industries installées sur le territoire ne peuvent en absorber. Le seul recours est donc le marché international . » La production papetière française a vertigineusement chuté en volume, tout comme les prix. La Chine a , fin 2008 et début 2009 sauvé la mise  des recycleurs, grâce à l'amorce de constitution de stocks par les utilisateurs asiatiques de fibres recyclées en prévision des fêtes du Nouvel An. La demande de l'industrie papetière chinoise, la plus moderne au monde, a quelque peu perduré au-delà de ces fêtes.


La réduction des capacités de recyclage dûe à la fermeture de certains sites suite à la défaillance de Matussière et Forest, un grand groupe papetier français, a rendu la fin d'année difficile. Car du côté des arrivées de papier à recycler en amont, le flux n'a pas faibli : la collecte sélective est régie par des contrats (et financée par le contribuable) selon lesquels les repreneurs s'engagent à écouler une quantité fixée d'avance, même si du côté de la sortie, plus personne n'achète.  Résultats, les stocks de fibres recyclées ont grossi et les prix ont fortement baissé. Ainsi, le prix de la tonne des journaux-magazine par exemple variait entre 57 et 60€/la tonne en février 2009 contre 100€/t en février 2008. Tous ces stocks risquent aussi de retarder la hausse des prix du papier recyclé au moment du redémarrage de l'activité, et de se détériorer : nombre des matières premières recyclées dont le papier craignent l'humidité, corollaire d'un stockage non prévu qui perdure.

La ferraille s'entasse

Pour la ferraille par contre, le signal prix fonctionne pleinement. Préparer et transporter les ferrailles en camion coûte aujourd'hui plus cher que ce que les ferrailleurs peuvent espérer en tirer en les vendant. Ils les entreposent en vue de jours meilleurs. «Les ferrailles et les métaux ont deux débouchés principaux : le bâtiment et l'automobile.  Deux secteurs particulièrement affectés par la crise. » explique Claude Platier.  « Alors,  on observe le Sud-Est asiatique  avec beaucoup d'attention car il est vraisemblable que  c'est de là que la machine économique  repartira » affirme-t-il.  Mais en attendant que les prix remontent, les stocks s'amassent à grande vitesse.


Pour l'aluminium, « c'est la surabondance, les stocks s'accumulent partout »,  note-t-il. Les ventes d'aluminium ont baissé de 30 %. Deux affineurs de matières premières recyclées ont, dans ce domaine, cessé leur activité.

Au dernier trimestre 2008, les volumes de ferrailles commercialisés sont en repli de 22 % par rapport à ceux du dernier trimestre 2007. Au global, la production d'acier en France a, dans le même temps, enregistré un repli de 20 %, et la production de la filière électrique - qui utilise exclusivement les ferrailles en tant que matières premières - a cédé près de 13 %. Les pays traditionnellement consommateurs de ferrailles recyclées en France pour leur production d'acier (Espagne, Italie, Luxembourg, Belgique, Allemagne) ne sont plus preneurs non plus. « Il n'y a que sur le cuivre où l'on observe de petits mouvements de marché », se console Claude Platier.

Le textile est le roi de la fripe

L'activité dominante du textile, c'est la friperie. C'est en effet le secteur qui a donné de l'animation à la filière recyclage textile. « Ce n'est pas nécessairement un signe positif sur l'état de santé global de l'économie », commente, Claude Platier. Pour l'effilochage, qui sert à l'insonorisation automobile : c'est la catastrophe. Pour les chiffons d'essuyage, utile aux usines de mécanique pour essuyer les pièces, idem.

Le verre compte sur la bouteille 

Le secteur du recyclage du verre est un des rares à n'avoir pas été entraîné dans la débâcle économique. Les volumes commercialisés ont augmenté de 1 %. « C'est un marché très particulier.» L'industrie du verre est en effet dominée deux acteurs : Saint-Gobain et Owens-Illinois. Seule variable d'ajustement : la demande des deux principaux  verriers installés sur le territoire. Par chance pour les recycleurs, qui collectent le verre des collectivités locales et les vendent aux verriers, l'industrie de la bouteille a produit un peu plus et constitué des stocks en prévision d'une reprise de la consommation au printemps.  Le calcin n'a pas non plus d'horizons d'exportation Contrairement à d'autres matières premières recyclées,  le verre ne trouve pas preneur en Chine. « Il faudra attendre que les Chinois consomment du vin engrande quantité et ce n'est sans doute pas demain la veille. », conclut, pragmatique, Claude Platier.

Les palettes font feu de tout bois

Le recyclage des palettes constitue le créneau essentiel du recycalge du bois.. Mais les ventes sont en chute libre en raison du ralentissement de l'activité économique. Et la tempête qui a frappé la forêt landaise au début de l'année, mettant à terre 300  000 hectares de bois devant trouver au plus vite des débouchés, pourrait contribuer à peser lourdement sur le prix du bois,  affectant  un peu plus encore l'activité du secteur.

Le plastique pas fantastique

Pour les plastiques, la situation est assez semblable à celle  du papier. La plasturgie européenne a subi de plein fouet l'effondrement de l'activité dans les secteurs de l'automobile et du bâtiment. « Les prix élevés du pétrole ont été un facteur psychologique non négligeable de soutien du recyclage des matières plastiques : ce facteur s'est aujourd'hui évanoui. . Au plan international, la demande chinoise  est le principal facteur d'animation du marché mondial  » explique Claude Platier.  Deux moteurs  qui tournent désormais au ralenti.  


«Le monde est en train d'affronter sa première crise mondialisée». conclut Claude Platier.  «Pour que la machine économique se remette en route, il est sans doute difficile de compter sur une reprise globale mais on aura bien du mal à voir l'économie mondiale reprendre des couleurs sans le réveil de la Chine et des Etats -Unis qui sont par ailleurs les deux plus grands pays consommateurs de matières premières recyclées au monde.» 

Ana Lutzky

Suez et Veolia font face

Pour affronter la tempête, Suez, qui réalise 59 % du chiffre d'affaires de sa division propreté grâce à ses clients industriels, envisage des fermetures temporaires de centres de tri, une réorientation des activités (incinérer les déchets de papier-carton, plutôt que les recycler, privilégier la valorisation énergétique quand le prix de l'électricité augmente) et une réduction des investissements. Son concurrent, Veolia, projette d'adapter son effectif dans le traitement des déchets, notamment en réduisant les contrats d'intérim. L'entreprise poursuivra également la restructuration de Sulo, l'entité propreté allemande, entamée en 2008.

CAMILLE CHANDÈS

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