L'INDUSTRIE, C'EST AUSSI L'AFFAIRE DES RÉGIONS
Par PAR SOLÈNE DAVESNE - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3248
© PHOTO PQR/LE PROGRES / JUSTE PHILIPP E, D.R.
Omniprésentes pour amortir la crise, elles veulent jouer un rôle plus stratégique pour structurer les filières et accompagner la reprise.
Ce devrait être l'un des thèmes de la campagne présidentielle de 2012. En tout cas, le Parti socialiste, qui contrôle 24 des 26 régions, en a fait un axe de bataille : la politique industrielle doit être davantage organisée autour des régions. Les deux principaux candidats à la primaire socialiste, François Hollande et Martine Aubry, défendent la création d'une banque publique d'investissement, regroupant les outils financiers de l'État, de la Caisse des dépôts à Oséo, qui serait pilotée au niveau régional. Ils prévoient aussi de renforcer la décentralisation de certaines compétences économiques. « L'aide sectorielle fonctionne mieux lorsqu'elle est plus décentralisée », confirme un rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) remis début juin et qui plaide pour une refondation de la politique industrielle. « Pour les PME, les échelons locaux sont les plus à même d'inciter aux synergies », assure Gilbert Cette, l'un des auteurs.
« Dans des secteurs d'avenir comme la santé ou l'environnement, il n'existe pas une seule façon de faire, ni une seule norme. Mieux vaut donner aux régions la possibilité d'expérimenter et de valider des solutions adaptées à des situations différentes », assure Gilles Le Blanc, économiste au Cerna qui défend une poursuite de la décentralisation. Soutenir la trésorerie des PME au bord de l'étranglement, financer des formations aux salariés en chômage partiel, maintenir l'innovation... Pendant la crise, les régions étaient sur tous les fronts pour amortir au maximum le choc. Ainsi, Poitou-Charente est intervenue au capital de Mia, née de la division de l'équipementier Heuliez. La plupart d'entre elles ont renforcé ou développé leurs outils de garanties d'emprunts et d'avances remboursables.
Dénicher les champions cachés
« En cas de difficultés, tout le monde sait nous trouver. Mais on ne veut pas être que sur les urgences », reconnaît le directeur du développement économique de la région Alsace. La crise passée, les régions, qui disposent depuis 2004 de compétences élargies en matière de développement économique, veulent continuer à monter en puissance. D'autant plus que l'État, représenté par les directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (Dirrecte), a vu ses moyens d'actions réduits par la révision générale des politiques publiques (RGPP)... « Le dynamisme industriel passe par les régions. Le succès des pôles de compétitivité, très ancrés dans les territoires, le confirme », soutient Alain Rousset, le président de la région Aquitaine et de l'Association des régions de France. Une demi-douzaine de conseils régionaux, dont ceux d'Île-de-France et de Midi-Pyrénées, ont achevé la rédaction de leur nouveau schéma régional de développement économique, pourtant facultatif. « Cela permet de déterminer quels sont les outils les plus efficaces », souligne Gérard Vandenbroucke, vice-président de la région Limousin.
Priorité affichée par la quasi-totalité des régions : l'émergence d'entreprises de taille intermédiaire. Dans l'amorçage ou le capital-risque, les régions disposent de fonds. « L'intervention des régions est indispensable, car l'amorçage fait peur au secteur privé. L'engagement de l'Île-de-France est ainsi passé de 2,3 millions d'euros en 2001 à 7 millions en 2008 et devrait encore augmenter sur notre prochain fonds d'amorçage », explique Jérôme Snollaerts, le président du directoire de CapDécisif qui gère plusieurs fonds avec la région.
Le besoin en fonds propres des PME a aussi obligé les régions à développer des outils de capital investissement. L'Alsace a mis sur pied, en avril, un fonds de 50 millions d'euros abondé par la Caisse des dépôts, via le Fonds stratégique d'investissement (FSI), et le Crédit mutuel. « Cela bouche un trou de la raquette du financement proposé aux entreprises. Notre précédent FCPR ne faisait que 14 millions d'euros », précise Jean-François Jacquemin, le directeur du développement économique de la région. La crise a démontré la nécessité de renforcer le tissu de PME. « Les multinationales n'ont pas hésité à sabrer dans leurs effectifs, alors que les PME ont bien résisté », constate les élus régionaux. En Alsace, le taux de chômage est passé de 6 à 9 %.
Fonds d'investissement local
Les autres régions ne sont pas en reste. « C'est un atout antidélocalisation », assure Alain Rousset, le président de la région Aquitaine, qui a lancé en 2010 un fonds de co-investissement, qui intervient à parité avec des partenaires privés sur des dossiers jusqu'à 1,5 million d'euros. En Rhône-Alpes, un fonds similaire doté de 30 millions d'euros sera opérationnel en janvier 2012 (lire aussi page 15). Quant au Limousin, il vient de lever 25 millions d'euros en faisant appel à l'épargne populaire destinés à alimenter un fonds de co-investissement dans des entreprises locales.
Les régions se sont aussi engagées dans des programmes de structuration de filières industrielles sur leurs territoires. L'Aquitaine a développé un cluster autour des technologies des drones : la filière locale compte une vingtaine d'entreprises dont Thales. Pour aider les PME à grandir, elle vient de regrouper une soixantaine de ses chargés de mission dans un « mini-cabinet de conseil » pour les assister dans tous les domaines : innovation, conquête de marchés à l'export et financement. « On favorise de plus en plus les aides collectives, pour inciter les entreprises à se parler et à s'organiser », confirme le Limousin. En Midi-Pyrénées, le plan aéronautique 2011-2014 adopté en mai est doté de 130 millions pour favoriser les regroupements et permettre aux PME d'atteindre la taille critique sur les marchés mondiaux. Un campus est aussi prévu pour assurer la formation aux métiers du secteur. L'intervention des régions dépasse parfois l'aide aux entreprises. L'Alsace a ainsi décidé de verser une prime de 500 euros aux Alsaciens qui achèteraient un véhicule électrique. Argument : le soutien de la filière automobile électrique. Mais la démarche est quasiment de type gouvernementale...

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