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L'Usine de l'Energie

L'industrie au secours des déchets nucléaires

Ludovic Dupin

Publié le

Afin de diminuer le volume des déchets nucléaires issus du démantèlement des installations françaises, l'Andra a lancé un appel d'offres auprès de PME, de grands groupes et du monde de la recherche pour développer des nouvelles technologies.

Tunnel à Bure - Crédits : Pascal Guittet

Le débat autour du stockage géologique des déchets nucléaires les plus radioactifs dans la Meuse (Projet Cigeo) masque la question plus large de la gestion de la totalité des déchets nucléaires moins contaminés. 

Le démantèlement du parc nucléaire français, de l'EPR en construction à Flamanville en passant par les laboratoires du CEA ou encore des usines d'Areva va générer une quantité énorme de déchets de faible et moyenne activité, ainsi que des déchets non radioactifs. 

DEVENIR LEADER DU DÉMANTÉLEMENT

Pour mener à bien ces opérations, il sera nécessaire que les exploitants de sites nucléaires et l'Andra disposent d'outils efficaces de caractérisation des déchets, de tri et de conditionnement. Pour cela, l'agence a lancé, fin 2014, un appel d'offres pour des projets industriels et académiques. Le but est d'adapter des outils du monde industriel "classique" (aéronautique, automobile...) au monde nucléaire. L'Andra a reçu 29 projets, dont 12 viennent d'être sélectionnés. A titre d'exemple, on retrouve des projets comme :

CAMRAD (Supaero, Université Jean Monnet Saint-Etienne, le CEA, Areva, Optsys et l'IRSN) : Création d’une caméra haute-résolution durcie (résistante aux radiations).

DCND (CNRS, Institut d'Ingénierie et de Mécanique de Bordeaux -Talence, Université Toulouse III ) : Système permettant de contrôler la structure des bétons sans les détruire.

MAUD (CEA, Ateliers Laumonier, Université de Poitiers) :  Création d'un appareil d’autoradiographie pour mesurer finement de faibles radioactivités.

Cher stockage
L'Andra facture aux exploitants le stockage des déchets nucléaires et communique en toute transparence ses tarifs. Ainsi, le stockage d'un mètre cube de déchets de très faible activité coûte 500 à 600 euros/m3. Un mètre cube de déchets de faible et moyenne activité et à vie longue (plus de 300 ans) coûte 5 à 7 000 euros/m3. Enfin, l'incinération de liquides coûtent 17 à 20 000 euros/m3. Les sommes peuvent paraître modeste à l'échelle du nucléaire. Mais rappelons que chaque année, l'Andra stocke environ 42 000 mètres cubes de déchets...
Tous ces projets seront financés à hauteur de 40 millions d'euros pendant quatre ans. Un deuxième appel d'offres sera lancé en novembre 2015. L'Andra, ayant reçu beaucoup de projets liés à la caractérisation des déchets lors de la première phase, espère désormais voir émerger des projets autour des thèmes du tri ou du conditionnent des matériaux.

Elle souhaiterait aussi plus de sujets purement académiques afin d'envisager des technologies de rupture. "Notre but final est de réduire les volumes de déchets et les coûts. Mais aussi de favoriser l'émergence des technologies au sein de PME/PMI pour que la France devienne un leader du démantèlement", explique Bruno Cahen.

La gestion et le tri de ces matériaux est important pour ne pas saturer trop rapidement les centres de stockage de l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs)  qui "sont des ressources rares", rappelle Frédéric Plas, directeur R&D.

Selon le dernier inventaire, les opérations de démantèlement vont produire 2,1 millions de mètres cubes de déchets de très faible activité... Soit plus de trois fois le volume disponible dans le centre de stockage de l'Aube, d'une capacité de 650 000 mètres cubes.

En l'état, il faudrait donc construire deux autres sites pour accueillir l'ensemble des déchets qui seront produits en France. L'Andra souhaiterait n'en construire qu'un et juge qu'en mettant en place le recyclage et la valorisation de certains déchets comme les bétons (comme remblais) ou les aciers (pour fabriquer des colis nucléaires), il serait possible de ramener le volume de déchets à 1,3 million de mètres cubes.

L'Autorité de Sûreté nucléaire (ASN), hostile jusqu'alors au concept de valorisation des déchets de démantèlement, est prêt désormais à étudier ces pistes "à condition d'assurer la traçabilité et l'innocuité des matériaux",  explique Bruno Cahen, directeur industriel de l'Andra

Ludovic Dupin

galerie photo Diaporama

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