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L'indépendance de L'Oréal, l'autre enjeu de l'affaire Bettencourt

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Trio. Liliane Bettencourt entourée de Lindsay Owen-Jones (à gauche) et son successeur
Jean-Paul Agon, actuel patron du groupe L’Oréal.
Trio. Liliane Bettencourt entourée de Lindsay Owen-Jones (à gauche) et son successeur Jean-Paul Agon, actuel patron du groupe L’Oréal.
© Villard/SIPA

L'affaire Bettencourt n'est pas qu'une affaire de famille! Après avoir éclaboussé l'État, elle risque de troubler la tranquillité de l'un des plus grands groupes de cosmétiques au monde. D'autant que Nestlé n'a jamais caché son envie de mettre la main sur cette pépite.

Je ne veux même pas y penser ». C'est ainsi que Liliane Bettencourt, troisième fortune de France et propriétaire de L'Oréal, a répondu au 20 heures de TF1, le 2 juillet, à la question de savoir si le numéro un mondial des cosmétiques pourrait pâtir de « l'affaire ». Y penser, il le faudra pourtant bien. Car la tempête judiciaire et médiatique soulevée par les soupçons de fraude fiscale n'éclabousse pas seulement Éric Woerth, le ministre du Travail. À plusieurs titres, L'Oréal est pris dans la tourmente. La famille Bettencourt est l'actionnaire principal du groupe avec 31 % du capital. Ensuite, L'Oréal est un fleuron industriel connu dans le monde entier. Enfin, et surtout, le français est l'allié depuis 1974 de Nestlé, second actionnaire avec 29,8 %. Et on a toujours prêté au groupe suisse l'envie de mettre un jour la main sur cette pépite des cosmétiques. Au siège de L'Oréal, on se refuse à tout commentaire, puisqu''il s'agit d'un « conflit entre actionnaires qui n'a pas d'incidence sur la stratégie ». « C'est un conflit privé. Toute cette affaire reste circonscrite aux frontières françaises », insiste un cadre dirigeant, visiblement mal à l'aise. Le feuilleton est pourtant loin d'être terminé. Les histoires autour de l'actionnaire numéro un posent toute une série de questions pour l'avenir de L'Oréal.

Plus de 35 ans d'alliance

26 mars 1974: Nestlé prend 26,4 % de L'Oréal via la holding Gesparal ; la famille Bettencourt prend 4 % de Nestlé
3 février 2004: nouveau pacte d'actionnaire ; Gesparal fusionne avec L'Oréal et Nestlé en possède 29,8 %
29 avril 2009: renouvellement du pacte jusqu'en avril 2014

1. Nestlé peut-il prendre le pouvoir ?

En théorie, non. Les deux groupes sont liés par un pacte d'actionnaires jusqu'en 2014 contenant une clause de préemption où chacun doit d'abord proposer à l'autre ses actions s'il veut les vendre. Par ailleurs, l'accord interdit à Nestlé d'augmenter sa participation dans L'Oréal du vivant de Liliane Bettencourt, cela jusqu'à six mois après son décès. Et on voit mal la fille d'Eugène Schueller, le fondateur du groupe, se séparer d'une participation dont elle a l'usufruit (elle contrôle les droits de vote). En revanche, si un tribunal la déclarait en état de « faiblesse », le subtil équilibre du pacte d'actionnaires pourrait être bouleversé. La fille de Liliane, Françoise Meyers, qui détient la nue-propriété sur les actions et qui est en conflit avec sa mère, pourrait-elle succomber aux sirènes de Nestlé ? Le pacte d'actionnaires avait été conclu en 1974 sous l'égide du PDG de l'époque, François Dalle, pour protéger le groupe d'une éventuelle nationalisation. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et le contexte a totalement changé. Le mari de Françoise, Jean-Pierre Meyers, qui est vice-président du conseil d'administration de L'Oréal, serait favorable, selon certaines sources, à un rapprochement avec Nestlé, dont il est administrateur depuis 1991. Quant au directeur général actuel, Jean-Paul Agon, il est contraint à la neutralité, tentant de ménager la chèvre et le chou.

2. Est-ce dans l'intérêt de Nestlé ?

À l'heure où tous les géants de la grande consommation sont engagés dans des politiques de recentrage, Nestlé va-t-il évoluer à contre-courant ? Certes, les deux groupes se connaissent bien : trois membres de Nestlé siègent au conseil d'administration de L'Oréal, dont Peter Brabeck, le président. Et la famille Bettencourt possède quelque 3 à 4 % du groupe suisse. En reprenant L'Oréal, le suisse ferait une croix sur d'autres opportunités (Hershey, Danone...) dans un secteur où ses rivaux se renforcent (notamment Kraft). « Nous n'avons pas de plan pour changer le statu quo » a récemment réaffirmé Paul Bulcke, directeur général de Nestlé depuis 2007, à propos de la participation de Nestlé dans L'Oréal.

Le groupe de cosmétiques est considéré comme un placement de « père de famille ». Racheter la participation des Bettencourt dans L'Oréal, estimée à environ 15 milliards d'euros, n'est toutefois pas un problème pour Nestlé. Peu endetté, le Suisse devrait boucler, d'ici la fin de l'année, sa sortie d'Alcon (ophtalmologie) pour près de 23 milliards d'euros.

3. Y-a-t-il des synergies industrielles ?

Nestlé a fait du bien-être et de la santé ses axes prioritaires de développement. En théorie, les synergies avec la cosmétique devraient être nombreuses. Mais pour l'instant, l'alliance entre les deux industriels n'a pas donné beaucoup de fruits. Nestlé et L'Oréal ont attendu 1981 pour créer leur première joint-venture, Galderma, dans la dermatologie. Cette filiale commune a pris son véritable envol au milieu des années 1990. Trois unités de production sont progressivement construites, en Haute-Savoie, au Canada et au Brésil. Galderma réalise 900 millions d'euros de chiffre d'affaires.

L'union la plus évidente entre L'Oréal et Nestlé ne voit le jour qu'en 2002 avec les laboratoires Innéov, à mi-chemin entre les produits de beauté et l'alimentaire. Les deux géants croient au nouveau concept de « cosmétique orale ». Le succès de cette seconde joint-venture tarde toujours à venir. Après huit ans d'existence, Innéov ne réalise que 60 millions d'euros de chiffre d'affaires et n'est toujours pas rentable. Rien que sur la France, elle affiche des pertes de 11 millions d'euros en 2008 ! Il reste donc tout à faire entre les deux groupes.

P.D, A.C et G.L-B.

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