L'Inde, nouveau laboratoire à OGM
Par A BOMBAY, ANNE-GAELLE RICOH - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3181Favoriser les cultures transgéniques et constituer une véritable filière des biotechnologies, c'est le pari indien. Sur ce marché où Monsanto est en tête, les rendements du coton ont augmenté. Des légumes et des céréales OGM sont en développement.
Le gouvernement indien fait mijoter Mahyco Monsanto Biotech. Début février, le Comité d'autorisation du génie génétique (GEAC) avait approuvé la production d'une aubergine transgénique, mais face à la levée de bouclier des ONG et d'une partie de la société civile, le ministre de l'Environnement a repoussé la décision. Franchir le pas n'est pas aisé, car il s'agirait du premier aliment 100 %OGM produit et commercialisé en Inde. Pour l'intellectuel Ganesh Devi, militant de l'agriculture bio depuis plus de vingt ans, « on ne peut pas encore évaluer les risques pour la santé, et comme la plante ne produit pas de semences viables, le paysan devra acheter des graines chaque année, ce qui le rend dépendant du semencier ».
Mahyco Monsanto Biotech est un joint-venture à 50/50 entre Monsanto et le semencier indien Mahyco (dont l'américain détient 26 %). Il a développé le Brinjal Bt (génétiquement modifié). Cette aubergine, produisant elle-même une toxine tuant certains parasites, permettrait aux paysans indiens d'augmenter leurs rendements et donc leurs revenus. Les pro-OGM estiment que les cultures transgéniques permettront de lutter contre la malnutrition. Les semenciers indiens développent ainsi des variétés de riz, de tomates, de pommes de terre...
LE SECTEUR COMPTE DÉJÀ PLUS DE 150 ENTREPRISES
Le gouvernement pense que les OGM feront l'agriculture de demain et a donc choisi de les promouvoir. Aujourd'hui, le secteur des biotechnologies agricoles compte plus de 150 entreprises. Certains semenciers produisent leurs propres hybrides comme Mahyco Monsanto Biotech et Syngenta, d'autres achètent les licences comme Rasi Seeds (deuxiè-me vendeur d'OGM en Inde) ou Nuziveedu Seeds. En 2002, les autorités ont délivré à Mahyco Monsanto Biotech, la première et exclusive autorisation pour la commercialisation de semences de coton OGM.
Au-delà des entreprises privées, des initiatives publiques sont menées pour développer des variétés OGM. Le National Botanical Research Insti-tute a mis au point deux variantes de coton Bt brevetées et vendues sous licence à sept semenciers indiens. Ce Swarna Bharat Biotechnics (SBBPL), qui pèse un tiers du marché OGM, est un concurrent sérieux pour Mahyco Monsanto Biotech, d'autant que ses semences sont vendues 30 % moins cher que celles du géant américain. En outre, 70 % des redevances à Monsanto sont transférées aux Etats-Unis alors que celles du SBBPL restent en Inde.
Pour les autorités et les grands semenciers, ce sont tous ces efforts qui ont permis à l'Inde d'augmenter ses rendements et de se hisser à la troisième place des exportateurs mondiaux de coton. Pour beaucoup d'associations de paysans ou environnementales, les OGM sont responsables de la vague de suicides chez les agriculteurs endettés.

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