L'impuissant club des 5
Par PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3234
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Les Brics forment un attelage hétéroclite. Leur point commun, c'est la volonté de peser sur la scène internationale. En vain.
La luxuriante île tropicale de Hainan en Chine du Sud accueillera un sommet inédit le 14 avril. Celui des Brics rassemblant les chefs d'État du Brésil, de Russie, d'Inde, de Chine avec un nouveau venu, Jacob Zuma pour l'Afrique du Sud. Les quatre premiers Bric se sont déjà réunis en 2009 à Iekaterinbourg et en 2010 à Brasilia. Fait cocasse, ces puissances « non occidentales » avaient ainsi matérialisé un concept inventé par un Britannique travaillant à Wall Street.
C'est en effet Jim O'Neil, chef économiste de Goldman Sachs qui, en 2001, avait théorisé la poussée des grands émergents. Pays qui pèseront la moitié du PIB mondial en 2050. Depuis, la crise s'est déchaînée et le découplage entre l'Occident assommé et ces nouvelles puissances s'est affirmé. Bien sûr, chacun des Brics recèle ses fragilités économiques, sociales ou politiques (comment l'oublier à l'heure des révoltes arabes), mais tous ont surfé sur la tourmente financière sans heurt. Leurs champions industriels sont plus forts et ont soif de conquête. Leurs leaders n'hésitent pas à offrir leur aide aux pays européens en détresse comme la Chine avec la Grèce. La brésilienne Dilma Roussef a fait de même avec Lisbonne fin mars.
Pour revenir au sommet, la vérité est que les deux précédents, hormis les photos mettant en valeur le turban de l'indien Singh, n'avaient débouché sur rien. Car les Brics forment un attelage hétéroclite aux intérêts souvent divergents. Ainsi, le Brésil, la Russie et l'Afrique du Sud sont ravis de la flambée des matières premières quand l'Inde et la Chine la détestent. Au plan démographique, la Russie et la Chine sont des pays vieillissants, quand leurs compères affichent des pyramides des âges à la base plantureuse. En matière monétaire, le real, le rouble et le rand sont convertibles au contraire du yuan et de la roupie (d'ailleurs, Dilma Roussef partage les inquiétudes de l'Occident sur la faiblesse de la monnaie chinoise).
On pourrait parler aussi de démocratie et cruellement comparer les régimes, ou évoquer les tensions entre l'Inde et la Chine. Mais arrêtons là. Le trait commun à ce cénacle, c'est la volonté de peser sur la scène internationale. Bref, d'acter la revanche de l'histoire en allant au-delà des signes que sont déjà la création du G20, le rééquilibrage des votes au FMI, le semblant de front commun à Copenhague ou la réelle dynamique des échanges « Sud-Sud ». Pourtant, les réunions d'avant sommet n'ont offert que des platitudes. La Chine a prévenu : pas question de parler du yuan ou de réforme du conseil de sécurité de l'ONU à laquelle tiennent Brasília et Delhi. Pour marquer les esprits, nos Brics se fendront sans doute d'un texte sur la Libye. Il faudra bien plus pour constituer un bloc pesant à l'OMC ou sur le système monétaire international.

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