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L'impérieux défi européen

Par Aurélie Barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3124

L'Europe rêve de clusters de classe mondiale. Seuls quelques pôles de compétitivité français peuvent prétendre à ce label. L'Etat et les régions auront-ils le courage de faire le tri, pour garantir aux meilleurs une véritable visibilité internationale ?

Qui l'eut cru ? Les pôles de compétitivité français, souvent critiqués, feraient école en Europe. « Ils sont un brillant exemple de ces clusters de classe mondiale dont l'Europe a besoin », a jugé Günter Verheugen, le vice-président de la Commission européenne, chargé de l'industrie et des entreprises, à l'occasion du 4e forum des pôles de compétitivité qui s'est tenu à Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes), les 13 et 14 novembre. Günter Verheugen venait y présenter la nouvelle politique de soutien à l'innovation de l'Union européenne, basée sur l'émergence de pôles technologiques de classe mondiale. Ces clusters seraient l'instrument anticrise idéal pour favoriser l'innovation dans les entreprises et accompagner la croissance des PME, notamment à l'international. Mais tout reste à faire. « Sur les 2 000 clusters répertoriés en Europe, moins de 10 % ont une spécialisation, une expertise et une taille critique suffisantes pour influencer le développement économique et l'innovation de leur région », concède Günter Verheugen.

Dans cette compétition, les pôles français sont loin d'avoir acquis la taille requise. A l'exception peut-être des pôles System@tic en Ile-de France (lire p. 24) et LyonBioPôle en Rhône-Alpes, qui vient de s'associer à des clusters de l'arc alpin (lire l'encadré p.22). Les 71 pôles hexagonaux sont surtout beaucoup trop nombreux. « On doit se battre pour l'excellence, pas pour la prolifération », martèle Jean-Noël Durvy, le directeur de la politique d'innovation à la direction des entreprises à Bruxelles. Mais, à la différence du Japon, qui avait servi de modèle et a réduit de dix-huit à une dizaine ses clusters, le gouvernement hésite à trancher pour ne pas froisser les susceptibilités régionales ou professionnelles. « Il faut se concentrer sur deux ou trois clusters par spécialité et par pays et limiter les investissements sur quelques pôles », reconnaît Luc Rousseau, qui dirige la Direction générale des entreprises (DGE) au sein du ministère de l'Economie, de l'Industrie et de l'Emploi.

A défaut de faire le tri, le gouvernement a introduit dans la feuille de route des pôles de nouvelles missions que seuls les meilleurs seront en mesure de remplir. En 2005, lors de leur création, les pôles s'étaient vus confier trois objectifs : organiser la coopération de leurs membres autour de projets de R et D, définir les besoins de qualifications et de formations au sein de leur filière et inciter les entreprises à se déployer à l'international. Les pôles version 2.0 devront aussi accompagner la croissance des PME, mobiliser des financements privés et construire des plates-formes technologique permettant de tester en grandeur nature les technologies développées dans les projets. Et l'Etat leur demande de s'engager sur un « contrat de performance » qui définit la stratégie à cinq ans, les objectifs fonctionnels (organisation, implication des PME), technologiques et de marché et des indicateurs annuels : nombre de partenariats internationaux, de brevets, d'emplois créés dans les centres de recherche, etc.

Ces contrats devront être présentés à la DGE avant le 30 mars 2009 et signés, après ajustement, d'ici au 30 juin. Presque une épreuve éliminatoire. « Il n'y a même pas 20 % des pôles capables d'écrire leur stratégie de développement dans un horizon de deux à trois ans », assure Fabrice Leroy, chargé de mission pôles de compétitivité à la DGE. De plus, les pôles savent déjà que les aides publiques vont décliner et qu'ils vont devoir trouver d'autres financements, privés ou auprès des collectivités territoriales. « Les 17 pôles mondiaux ou à vocation mondiale ont le potentiel pour devenir des clusters de classe mondiale, soit seuls, soit en se regroupant, comme les deux pôles mer », précise Luc Rousseau de la DGE. Premier de la classe, System@tic émerge « car il a une réelle approche marché, qu'il a déclinée en programme technologique prévisionnel. Et parce qu'il a déjà identifié les pôles étrangers avec lesquels il fait sens de travailler », juge Philippe Bassot, le vice-président du cabinet CM International, auteur avec BCG de l'audit des pôles de compétitivité réalisé pour le gouvernement et publié en juin.

BRUXELLES FIXE UN CADRE

En Europe, le cluster médical suédo-danois Medicon Valley, créé il y a déjà dix ans, a une longueur d'avance. Pour la garder, « nous organisons un échange d'ambassadeurs avec les douze autres grands pôles santé mondiaux. Un pilote est lancé avec le Japon », explique Stig Jorgensen, le directeur général de Medicon Valley. Une initiative à suivre. Les autres pôles européens en lice n'en sont, pour les plus avancés, qu'à tisser leur réseau. Pour les aider, Oséo Innovation et quatorze autres agences nationales d'aides à l'innovation testent un mécanisme de financement des PME en vue de faciliter les partenariats technologiques internationaux. Un pilote d'un an, lancé mi-2008, pourrait concerner, très vite, quelque 150 projets, l'idée étant de décrocher ensuite un financement de l'Union européenne, pour pérenniser le programme.

Mais pour l'instant, la Commission fait des recommandations aux Etats membres et se contente de créer un cadre. « Bruxelles n'a pas vocation à avoir une politique de clusters. C'est aux Etats et aux régions de la mettre en route », rappelle Jean-Noël Durvy à Bruxelles. « L'Europe montre seulement la voie en usant des outils communautaires, comme la définition de bonnes pratiques et des dépenses ciblées », a précisé Günter Verheugen, à Sophia-Antipolis. Etats, régions et entreprises devront se contenter des outils de financement européens existants, que ce soient les fonds structurels, le programme compétitivité et innovation ou les aides de la Banque européenne d'investissement. Certains Etats, dont la France, souhaiteraient au moins voir assouplir la règle qui les empêche de financer plus de cinq ans les structures de gouvernance de pôles. Ils devraient présenter une recommandation commune lors du Conseil de compétitivité qui se tendra le 1er décembre 2008.

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